mardi 28 octobre 2014

Pourquoi cours-tu comme ça ? - Collectif

D’où m’est venue l’envie de lire ce petit bouquin sans prétention ? De ma collègue blogueuse, Jules se livre, pour son enthousiasme contagieux, pour les 8 auteurs des 8 nouvelles qu’on s’amuse à reconnaitre, sans compter l’attrait indéniable de la couverture, avec ses 8 illustrations de coureurs de tout acabit. Mais ce n’est certes pas parce que je cours ou que je veux courir. J’ai  de la difficulté à marcher, alors imaginez courir !

C’est rare que je m’aventure à vous dire par quel bout prendre un livre, mais je trouve intéressant, dans ces cas de nouvelles réunies sous un même thème, de commencer par la fin. Hé, hé, par là, je veux dire de lire avant tout la brève bio de l’auteur offerte à la fin de la nouvelle. J’ai préféré faire connaissance avec l’auteur, apprendre s’il court, ou non, si c’est récent ou si c’est un mordu de la cours avant la lecture de son texte. 

Autant l’angle des histoires est différent d’un auteur à l’autre, autant les motivations le sont. J’ai embroché les 8 histoires, et comme dans n’importe quel recueil de nouvelles, certaines m’ont captivés et d’autres m’ont laissé indifférente. Je ne m’en cacherais pas, j’ai sauté immédiatement sur la deuxième, Tandem celle de ma précieuse amie Julie Gravel-Richard. Je l’ai lue à haute voix pour Marsi avec toute l’émotion que peut générer une nouvelle puisée à même le sentiment filial et la menace du cancer qui plane au-dessus d’une famille. Le fait que le regard soit celui du fils vis-à-vis la mère, laquelle on s’empresse d’identifier comme l’auteure est pour le moins remuant, quand on sait qu’elle est au prise avec un tumeur au cerveau (réf. : Soleil en tête). Si j’ai eu un tort c’est d'avoir commencé par la plus forte, à mon avis. Je vous laisse découvrir si vous, ne fréquentant pas l’auteure, vous serez du même avis que le mien.

Celle de Patrick Dion La course en Juillet entre de plein pied dans ce fléau social : l’intimidation quand tu es différent, même juste un tout petit peu. C’est habilement mené et le message passe. Avec London Calling, Michel Jean nous entraine dans la course en forêt, c’est la nouvelle qui m’a le plus donnée envie de courir. J’ai aimé l’image de cette femme sauvage qui s’enfuit comme un couguar en pleine nature. Courir après l’amour, c’est du Nathalie Roy tout craché ! La fin fait plaisir à une lectrice, le propre des œuvres de l’auteure. J’ai dû relire celle de Marie Josée Turgeon, au titre intriguant « La gomme à la cannelle », nouvelle sympathique qui se lit facilement revisitant la prémisse que courir fait avaler les plus éprouvantes peines d’amour. Ma deuxième préférée « Asphalte » de Florence Meney pour l’audace d’être littéraire jusqu’au bout. On sort du ton badin de joyeuse chronique. La fin me fait encore sourire, une image qui me poursuivra et m’attraperait sûrement si je courais assidument.

Plusieurs ont aimé l’humour de « Je suis mouillée de partout » de la comédienne Jacinthe Parenteau, qui m'a malheureusement perdu en chemin du top chrono. Je n’ai peut-être pas tenu la route parce que je n’ai pas suivi la suggestion de l'auteure de consommer sa lecture en écoutant Claptone – No Eyes feat – Jaw Exploited. La dernière, « Errances » a un ton différent, celui de l’histoire vécue. Une réponse prise au pied de la question « Pourquoi courir ? ». Vous serez d’autant plus intéressé si ce comédien, Patrice Godin qu’on ne voit pas assez sur nos écrans, vous intrigue. De tous les coureurs, c’est le mordu entre tous, courant des marathons de 42,5 kilomètres. Je vous assure que ça impressionne. 

Une lecture en douceur qui peut réconforter ou encourager ceux qui courent déjà et, qui sait, fera courir ceux qui se demandent encore au sujet de leur entourage : « Pourquoi cours-tu comme ça ? »

Pourquoi cours-tu comme ça ?
Nouvelles sous la direction de Marie-Josée Turgeon et Michel Jean, auteurs de 2 nouvelles.
6 autres : Patrick Dion, Julie Gravel-Richard, Nathalie Roy,  Jacinthe Parenteau, Florence Meney, Patrice Godin
Illustrations de la couverture : Jasmin Guérard-Alie
Vous voulez les voir ?




samedi 18 octobre 2014

Extraordinaire de David Gilmour

Danielle Laurin a intitulé sa critique « La mort en direct ». C’est fort, j’aurais aimé  y penser. Pour trouver les mots justes, ça aide d’avoir beaucoup aimé un livre. Ce fut son cas, tandis que moi j’ai moyennement aimé. Pourtant un frère au chevet de sa demi-sœur, une mission au fond de sa poche (des pilules) et une promesse à tenir : l’assister à quitter cette vie dont elle ne veut plus est un excellent sujet de roman.

Pourquoi ne veut-t-elle plus de sa vie, là est toute la question. Une possible réponse  ; elle est en fauteuil roulant suite à un accident. « S’est-elle habituée à vivre péniblement ? » est une question importante mais ce n’est pas l’unique. Une seule réponse serait trop simple pour que cet échange de confidences chuchotées en pleine nuit remplisse 176 pages. Sa vie a été remplie ; mère de deux enfants marginaux et rebelles, un fils dont elle ne vient pas à bout, un divorce, un amant, un exil, mais surtout ce fameux accident d’une banalité sans nom, littéralement s’accrocher dans les fleurs du tapis. En résumant sa vie, je réalise que ce qui la distingue vraiment sont les conséquences de son accident qui lui a enlevé l’usage de ses jambes.

Ce qui donne la saveur à l’histoire, ce ne sont pas tant les bribes de sa vie, comme ce dialogue nocturne en sourdine. Le ton de confidence de ce tête-à-tête donne nettement l’impression au lecteur d’avoir une part active à cette préparation à la mort. Une question résonne dans la tête du lecteur, à l’unisson à celle du frère : est-elle sûre de vouloir mourir ? Il est facile de s’imaginer qu’une personne veuille tout abandonner sous un coup de tête, ou en perdant la tête sous l’effet d’alcool ou de la drogue, mais en pleine possession de ses moyens, c’est perturbant.

Elle communique posément, s'exprime avec une grande lucidité, ce qui va raviver l'affection du frêre qui la découvre juste avant de la laisser partir. Va-t-il refuser de participer à son départ, essayer de la convaincre de continuer, lui donner des conseils, lui apporter de l’aide pour mieux vivre à l’avenir ? Non, pas du tout, ne pas satisfaire son ultime désir lui donnerait l’impression de ne pas suffisamment l’aimer.

Je vais tenter d’expliquer pourquoi je ne suis pas plus emballée, malgré la maîtrise du dialogue et l’ambiance rendue impeccablement. J’ai trouvé le message si gros, qu’il tire la situation et ses personnages, quand cela devrait être l’inverse. Un professeur aurait donné à ses étudiants ce devoir : démontrer que l’euthanasie est un geste propre, respectueux et nécessaire, « Extraordinaire » aurait alors obtenu une note extraordinaire. Je n’aime pas voir le message à ce point, au même titre que je n’aime pas voir les ficelles des marionnettes ou la bouche du ventriloque.

J’aurais préféré voir des élans de vie ressortir de ce moment crucial où quelqu'un décide de quitter sa vie. Par exemple, j’aurais imaginé des sursauts de doute venant du frère, qu’il soit un peu torturé, ou voir le déchirement de la sœur qui laisse une vie et sa fille derrière elle. Rien de plus humain, il me semble. Surtout qu’à un certain moment, ils ingurgitent une grande quantité d’alcool fort, cela aurait pu avoir un effet, celui de ramollir au moins un des deux, lui donnant la nausée, ou de l’anxiété.

Delà, cette impression persistante d’assister à une démonstration qui appuie la non ingérence dans la décision ultime de mourir et que le suicide assisté est un geste noble. Le message, en parlant plus fort que les personnages, les a sclérosés au point où je les ai moins appréciés.   

Extraordinaire - auteur : David Gilmour* - Éditions : VLB
avril 2014, 176 pages
Traduit de l'anglais par Sophie Cardinal-Corriveau
*(polémique récente suite à une de ses déclarations intempestives)

mardi 14 octobre 2014

Vrac d'automne

Merci des éditeurs
On défend les auteurs bec et ongles, ils sont les enfants faibles du bout de la chaîne du livre. C’est vrai. Mais ce n’est pas une raison pour faire passer les maisons d’édition pour les gros méchants. Je ne me lance pas dans un plaidoyer, je veux seulement vous donner des visages reconnaissants à reconnaître :



Pierre Foglia – 10 livres… pis, vite !
Notre chroniqueur indestructible et mordant vient encore de trouver une manière de parler littérature et la parsemer de titres québécois. Il nous envoie à un devoir amusant tandis que lui l'a bien sûr fait.

D’auteur inconnu 
Le plus dur, c'est la couvaison. Bien que malaisé, sortir un oeuf n'est pas une tâche impossible. C'est après que ça se corse, quand il faut le reconnaître comme sien et vivre avec, quand il faut l'aimer, le bichonner, le rouler jusqu'aux sommets où trône l'éditeur et ensuite, lorsqu'il est enfin prêt à faire sa vie, le jeter dans la fosse aux critiques. Tout cela demande davantage d'inconscience que de talent. [...] La capacité de lancer un livre ordinaire aux côtés de chefs-d'oeuvre - qui sont tout de même rares - dépend de la dose d'humilité qui vous habite, autrement dit de votre façon de brider le narcissisme. Une fois qu'on a vraiment, mais vraiment tout donné, il faut fermer les yeux sur les défauts de fabrication et être content.
J’ai trouvé ce paragraphe si juste ! Mais je n’ai pas inscrit le nom de l'auteur, j’ai failli ne pas le publier à cause de cette omission. Ce serait dommage, alors je le publie avec l’espoir fou que l’auteur s’identifie. À moins qu'il était anonyme et que je ne m'en souvienne plus. 

Éloge de la littérature québécoise
Il n’y a pas que le douze août pour souligner la littérature québécoise, Karine Minier a initié Québec en septembre dont c’était la troisième édition. Laurence Valentin en a fait un bilan de 183 livres où vous pouvez piger des titres. Une initiative n'attend pas l'autre pour promouvoir nos livres québécois : « Québec-o-trésors ». Je compte y participer. Je vais en parler dans un billet exclusif à cette cause grandiose, par contre, si vous êtes pressés, allez-y joyeusement, je pense même que vous pouvez encore vous inscrire.

Une participante de Québec en septembre a écrit le 1er octobre un billet qui explique pourquoi elle aime la littérature québécoise, malgré ce qu’en dit « Le Monde ». J’ai beaucoup aimé et l’ai même pris comme un hommage ! J’espère que vous serez tenté de la lire, elle se nomme Argali.

Courte Échelle en mauvaise posture
Il faut savoir que je prépare à l’avance mes chroniques Vrac, je glane ici et là des nouvelles dignes d’intérêt. Celle-ci est maintenant dépassée, déjà. On parlait d’agonie, on la dit maintenant morte. Déjà. Après 35 années à servir notre jeunesse, La courte Échelle ne sera plus, que les enfants que nous avons été et ceux que avons enfantés aient son âme, si aucun sauveur ne se pointe. La faillite s’annonce d’envergure, puisque même la générosité du public ne serait pas suffisante.

Marsi et son Colis
Colis 22 nous entraîne dans une enquête hors du commun menée par des personnages aux noms de planète. Entre un chien entêté, des faux appels à la bombe et une patronne insatisfaite, ils ont entre les mains ce colis très recherché pour lequel certains sont prêts à tuer. Curieux de savoir ce qui s'y cache?

Marsi dessine cet album comme on écrit un roman policier, parsemant chaque case de moult détails. Il nous raconte une histoire surprenante avec une fin inattendue où on suit avec plaisir ses personnages du quartier Saint-Sauveur au Château Frontenac. Son souci du détail dans les décors tout en noir et blanc et son talent de conteur lui permettent d'embarquer le lecteur dans son univers insolite.

En librairie (au Québec) le 21 octobre -  160 pages - noir et blanc - 19,95$

J'aime le résumé final que La Pastèque. Rempli de promesses !À noter que nous ne l'avons pas encore tenu entre nos mains.

mercredi 8 octobre 2014

Papillons d'Annie Loiselle

Un père meurt et les femmes autour de lui se libèrent, une à une, à commencer par sa propre femme, Augustine. La mort de cet éteignoir laisse en apparence la mère et ses trois filles indifférentes. En apparence seulement, car cette perte sera le point de départ pour leur envol de plus en plus haut au-dessus de la piste de la vie.

Au fil des pages, on réalise que le père subissait sa vie, attendant d’aller rejoindre son premier amour, Thelma, mère de sa fille ainée, Térésa. Par solidarité pour son père, celle-ci taira ses pulsions sexuelles pendant toutes ces années auprès de son mari amoureux, se terrant dans une bourgeoisie contraignante. Par loyauté, Augustine n’abandonnera pas l’homme qui l’a mariée, qui pourtant l’ignore et la rabroue, quitte à fermer la porte à un amour authentique. Incroyable, combien ces femmes font preuve de générosité. Et qu’importe qu’elle soit reconnue, encore moins récompensée. Malgré qu’elles ne reçoivent rien de ce malotru, ces femmes donnent.

Alyssa, l’enfant du milieu apparait plus libre par sa joie de vivre un peu rebelle, mais pas assez pour quitter son médiocre mari musicien qui se contente d’aventures et de défaites. Quand il voit sa femme s’éloigner, il réagit à l’avance comme un vaincu. La petite dernière, Anne semble la plus affranchie mais jusqu’à quel point son homosexualité est un choix ?

Je vous assure qu’il est de toute beauté d’assister à l’envol de ces femmes. Et c’est d’une crédibilité sans reproche. Grâce à la faculté de concision de l’auteure et aux images fortes de son style, nous assistons à l’ouverture progressive des ailes de ses splendides papillons. Il est facile pour le lecteur de reconnaitre de son vécu ou celui de ses proches.

Ce roman apparait comme une danse ; les couples se forment, se déforment, se reforment dans une chorégraphie habilement menée. Chacune a son histoire d’amour bien spécifique tout en restant liée une aux autres. C'est un condensé de la vie qui va directement à l’essentiel : l’amour.

Un autre point m’a plu, de ces histoires, on conclut que les hommes aiment sincèrement les femmes. Peut-être ai-je débusqué chez moi une lassitude face au constat que j'ai fait, les femmes sont couramment mal aimées dans les romans. J’ose espérer, que ce ne soit pas un reflet de société !

Vraiment un roman qu’il fait bon de lire, surtout avec le style fort en images d’Annie Loiselle : 
  • Elle a baissé les bras, levé les jambes et on lui a injecté les jumeaux dans le ventre.
  • Jacob vit de nuit pour ne plus se voir à la lumière du jour.
  • Elle avale trois boules de sorbet à la framboise pour refroidir son cœur brûlant.
  • Térésa, royale, avec ses cheveux quasi synthétiques qui ne bougent pas quand il vente.
Remarque : La couverture est irrésistible. J'ai dû aviser ma nièce de 11 ans, en pleine admiration et qui tendait la main pour le lire, qu’elle devra attendre une couple d'années.

Papillons, Annie Loiselle, Éditions Stanké, septembre 2014, 192 pages, disponible Epub 16.99 $

vendredi 3 octobre 2014

Chaque automne j'ai envie de mourir - Véronique Côté et Steve Gagnon

Je suis un peu mal à l’aise de vous parler de Chaque automne j’ai envie de mourir. Dans mon malaise, il y a c’est certain, l’inquiétude de ne pas lui rendre justice imputable à mon manque de mémoire devant les textes courts. Tout texte bref a la manie de se déposer sur moi aussi furtivement que l’aile d’un papillon. Vous devrez vivre avec ma lacune, je ne peux vous faire des résumés de ces quelques 37 textes.

Ce ne sont pas des nouvelles prises au pied de la définition, ce sont des textes brefs relatant les confidences de 37 auteurs différents. Où les a-t-on pêché ces auteurs ? Le concept était de faire  parler des personnes, principalement par la Toile, leur demandant de déposer ce genre d’histoire ou d’anecdote qu’habituellement on tait. Qu’on ne clame pas sur tous les toits, des secrets de bonne et même de mauvaise famille. L’exercice s’est fait dans l’anonymat le plus total.

À l’étape de l’édition, le langage a été uniformisé par le duo d’auteurs Véronique Côté et Steve Gagnon, tous deux comédiens. Ce n’est pas un hasard qu’ils soient comédiens, ces confidences ayant tout d’abord été déclamées, chuchotées bref, libérées devant un public dans le cadre du dixième festival du Carrefour international de théâtre en 2009. Fait inusité, ces représentations ont eu lieu dans les dédales des rues de la ville de Québec. C'est intéressant, après un travail de collecte de centaines de textes, on a remis au public ce qu’il avait eu la générosité de donner. Ces histoires des gens de la rue ont été remises à la rue. 

Des secrets dévoilés devant un public, déjà là, il y a un paradoxe intéressant. Ce n’est qu’en 2012 qu’on est passé au projet de les coucher entre les pages d’un livre. Bonne idée, que je me suis dit. En lisant l’avant-propos, j’avais l’eau à la bouche. Rapidement, j’ai réalisé combien les textes étaient diversifiés : les banalités côtoient les énormités. J’ai lu plusieurs textes à voix haute pour Marsi, mauvaise idée, ces textes n’ont rien de théâtral, en tout cas pas de ma bouche !

Il n’y a qu’une histoire qui m’a assez marquée pour m’en souvenir, c’est Cauchemars. La grande majorité sont déjà tombées aux oubliettes. Je suis tenté de conclure qu’un style parlé est moins mémorable pour moi. Il s’ancre moins. Pourtant, pendant ma lecture, j’étais boulimique, les avalant goulument une après l’autre mastiquant à peine les mots, en proie à une fébrilité de fouineuse. La curiosité d’écornifler son voisin, de plus en plus de voisins, est exacerbée à cette lecture.

L’uniformisation du ton est si réussie que j’ai fini par m’en lasser. Trente-sept histoires si variées, passant par tous les octaves des émotions servies par un seul et unique ton m’a eue à l’usure. Au deux tiers, un ton monocorde a remplacé les fluctuations que j’entendais pourtant au départ dans ma tête, ce qui a dérangé mon appréciation de la diversité.

Remarquez, c’est spécial de finir par se lasser de sa propre voix liseuse ! Peut-être que j’aurais aimé qu’on me lise ces textes, peut-être étais-je après tout la candidate idéale pour les entendre par d’autres voix.

À vous de tenter l’expérience.

À souligner : Ce titre a reçu le Prix des abonnés 2013 de la Bibliothèque de Québec

Chaque automne j'ai envie de mourir
Véronique Côté et Steve Gagnon
Septentrion - Collection Hamac
Février 2012 - 192 pages.




lundi 29 septembre 2014

La patience des fantômes de Rachel Leclerc

Il y a de ces romans qui nous dépassent, celui-ci en est un. En partie. En lisant le commentaire de Danielle Laurin, je réalise de quelle manière j’aurais aimé recevoir ce roman publié en 2011.

S’il vient se glisser entre mes nouveautés « service de presse », c’est à cause du titre « La patience des fantômes » qui m’a toujours attiré et, en plus, je n’avais pas encore lu Rachel Leclerc qui en est pourtant à son quatrième roman chez Boréal, après une œuvre poétique primée. Et justement, les auteurs à connotation poétique donne une aura que j’aime particulièrement.

La patience des fantômes est une saga familiale étalée sur cinq générations, qui peut également être abordée comme un prétexte pour fouiller l’histoire de la Gaspésie sur une longue période. Je ne peux pas prétendre que l’histoire tourne autour de tel personnage, car chacun a autant d’importance un que l’autre. C’est une chaîne avec des maillons interalliés, malgré leurs différences et leurs différends. Je ne peux pas situer l’œuvre en parlant de flash back, puisque le passé a autant de présence que le présent. Pour trouver un point central, partons du narrateur, un écrivain qui se met en frais de déterrer les racines de son arbre généalogique.

La tournure laborieuse de la structure a fait bûcher l’auteure (rf. une entrevue), j’ai quelque peu peiné, mais pas suffisamment pour que mon attention tombe, toutefois la tension dramatique, oui. Autrement dit, j’étais assez accrochée aux personnages et au style pour passer au travers d’arrêts brusques, de départs qui s’étirent avec entre les deux un peu d’égarement dans la chronologie et la biographie des personnages. Mais on s’en sort, en revenant souvent à l’organigramme de la famille au début du roman.

Joseph-Joachim Levasseur est l’ancêtre ambitieux par qui il devenait possible aux prochains maillons de rouler sur l’or. Il était ingénieux, débrouillard, visionnaire. Il avait du flair, de l’audace et savait détecter les sources de richesse. Ceux qui suivent, que feront-ils avec l’héritage de cet ancêtre ? C’est cette histoire que nous raconte le petit-fils écrivain, en compagnie de sa nièce arrière petite-fille atteinte du cancer. Veux ou veux par, quand un écrivain trône, les processus d’écriture sont abordés de biais ou de plein fouet.
J’ai aimé les personnages, vrais, dans le sens que l’auteur est sans pitié vis-à-vis eux. Elle ne les flatte jamais. Aucune clémence, aucun accommodement, sans jamais les juger. Il faut quand même savoir le faire. En général, les femmes ont la vie dure à cause de l’absence de pouvoir mais les hommes ont la vie dure par la présence de ce pouvoir.

Une chose est sûre, cette histoire qui chevauche cinq générations contient assez de rebondissements pour captiver son auditoire. Aucun besoin de s’attarder à de la banalité.
Cette auteure joue de la note tragique sans fausser avec du mélodrame.

Des surprises, il y en a une bonne réserve, ne partez pas trop vite votre machine à deviner, vous ne vous en sortirez pas, épuisés avant l’éventement des secrets familiaux.

Lecture un peu ardue grassement récompensée.

mercredi 24 septembre 2014

La vie épicée de Charlotte Lavigne – Nathalie Roy

Eh bien oui, j’y suis à cette série culte. Je dis culte, malgré que ce premier titre soit sorti en 2011. Depuis, trois autres avec Charlotte, et récemment se rajoute un premier avec sa fille, Juliette. On aime ou on n’aime pas au Québec, euh… finalement, je crois que partout, c’est ainsi (sourire)

Le titre des tomes ? Peu importe, celui-ci s’adonne à être Piment de Cayenne et pouding chômeur, et personne n’en a cure, ce qui nous intéresse, c’est Charlotte Lavigne. Cette gaffeuse, cette maladroite, cette impulsive personne qui fait souvent le contraire du bon sens. Désolée, elle n’a pas cet instinct du gros bon sens, ce qui doit bien arranger sa mère narratrice, Nathalie Roy.

Aux premiers chapitres, j’étais un peu déçue et n’étais pas sûre de lire le deuxième. Le rendez-vous des clichés très chick lit : l’hyper superficialité du paraitre et le sempiternel trio, le couple homme-fille/homo-hétéro et la troisième roue du carrosse romantique, l’amie un peu chiante. Cette combinaison me donnait l’impression du déjà lu, malgré le rythme naturellement soutenu.

Ce qui m’a fait me rattacher est l’amour inconditionnel de Charlotte pour la cuisine. Tout passe et se règle non pas par la malbouffe mais par la « bonbouffe ». Et elle n’en parle pas communément, elle connait la cuisine sous son aspect inusité et gastronomique. Il y a en soi une chronique alimentaire qui s’insinue sous les anecdotes de vie de la chère Charlotte.

Charlotte a 33 ans et bien sûr qu’à cet âge, la femme entend sonner l'alarme de son horloge biologique à l’heure de l’homme-famille-foyer-progéniture. Son ami homo, Ugo est un homme parfait. Je plains Charlotte d'avoir à dénicher un homme qui accote cet ami attentif, tendre, altruiste, vif, intelligent, beau, aimant cuisinier autant qu’elle. Et qui l’aime autant qu’elle l’aime. Et, match plus que parfait, qui est boucher et lui fournit de savoureuses viandes. Bonne chance au coureur ! Aïsha est celle qu’on nomme « amie » mais qui ne l’est pas tant que ça. C’est connu, les filles, on s’écorche entre nous. La complicité et la solidarité, ce n’est pas toujours sans tâches et sans reproches.

Il y a un homme potentiellement mariable dans le décor de cuisine de Charlotte et j’ai nommé un Français chiant. Je le trouvais tellement froid et méprisant que j’appréhendais une séquence convenue ; la fille qui s’offre toujours le pire car elle ne s’aime pas. Mais j’ai été déroutée, ce qui me plait bien.

Avec son instinct sûr, l’auteure revient toujours à Charlotte à qui on finit par s’attacher pour ce qu’elle nous fait vivre, basé sur ce principe inexorable : on aime rire de l’embêtement d’une personne juste pour se dire que ce n’est pas à nous qu'il arrive. Elle a des réflexes catastrophiques, qu’en état de choc, chacun pourrait avoir mais que, bien sûr, n’étant pas dans un roman, on ne met pas à exécution. Mais elle, oui : « Ce n’est pas vrai, elle ne va pas faire le pire de ce que le bon sens commande au commun des mortels qui ne veut pas se mettre les deux pieds dans les plats » est la phrase que j’ai entendue le plus souvent dans ma tête.

Le style de l’auteure y est pour beaucoup pour l’envie d’avaler les maladresses du départ. Je reparle du départ, car ayant maintenant terminé le tome 2, je suis en mesure d'affirmer que certains réflexes convenus de chick lit se sont atténués et qu’une certaine originalité ressort, ce qui donne sa spécificité à cette série palpitante. Je reviens au style d’une spontanéité qui n'est pas niaise mais plutôt empreinte d’un vécu social qui se repère à certaines remarques. Le tome 2  le démontrera encore plus sûrement, sous le couvert des élans impulsifs "tête en l'air" de Charlotte Lavigne.

Tout ça pour dire que j’ai embarqué et que je me suis emparé du tome 2 avec excitation et vois d’un très bon œil de poursuivre la série. Assez improbable de ne pas se réjouir, de ne pas adopter Charlotte et ne pas en ressortir affamée, y compris au sens littéral du terme.