mardi 16 décembre 2014

Fin de semaine Colis 22 vue dans le rétroviseur

Tout a commencé par une entrevue à Québec pour l’émission radiophonique La vie en BD. Marsi arrive sur les lieux à temps et étonnamment relaxe pour une entrevue à 18 h 00. Installé derrière une vitre, Raymond Poirier interviewe tout en gérant la console. Marsi prend place et sous invitation, enfile un casque d’écoute. Tout au long de l’entrevue de 10 minutes, mon conjoint se demande si c’est normal qu’il n’entende pas les questions dans les écouteurs. Heureusement, il arrive à lire passablement bien sur les lèvres de l’animateur. Par contre, cela a un effet sur ses nerfs ! Une fois que l’on raconte l’anecdote à quelques personnes qui connaissent cette station, il y a confirmation ; un des deux écouteurs ne fonctionnent pas ! Mais mon Marsi est un personnage et a passé par-dessus ce contretemps comme s’il était dans une case de bande dessinée (sourire).

En soirée, nous irons manger au Billig, une crêperie Bistro sur St-Jean qui est un petit paradis de la dégustation. Nous avons levé notre verre de cidre aux canneberges à nos 19 ans de vie commune.

Le lendemain, lever tôt pour des couche-tard afin d’arriver un peu à l’avance au Grains de soleil café. L’endroit est idéal pour une causerie. Des fauteuils (pas des chaises là !) parsemés en demi- cercle dans une pièce privée des plus joyeuses. Une odeur de café chatouille les narines et bientôt les papilles, en écoutant un MARSI heureux, détendu, éloquent. Je me prends plus comme une actrice qu’une spectatrice et rajoute mes gros grains de sel.

Une fois le micro fermé, car oui il en avait un, nous sommes déménagés à la librairie Vaugeois où une table attendait l’homme à la dédicace très détaillée, représentant généralement un vélo, un personnage, parfois un décor. Rien de moins. Et différente d’une personne à l’autre, un détail saisi se transformant parfois en anecdote rigolote.

Pas loin de quatre heures de dédicaces plus tard (je vous l’avais dit qu’il avait la dédicace généreuse), l’heure de la récompense a sonné : Marsi se choisissait un livre pendant que j’en avais choisi deux (qu’est-ce que vous pensez que je fais moi dans une librairie à part de contempler les va-et-vient des clients !), surtout qu’un concours court présentement chez Les Vaugeois pour leur quarantième année d’existence. Cette constance et cette endurance d’une librairie de quartier se soulignent à gros traits n’est-ce pas ! Profitez de ce concours, comme nous l’avons fait, un coupon de participation par livre. Ensuite, imaginez ce que vous feriez avec un budget de 400 $ de bouquins !

De retour dans notre havre de bonheur à Magog, la soirée s’est avalée le temps de le dire et nous étions déjà le lendemain, à l’heure de la dédicace chez Planète BD. Cette librairie est gérée par des passionnés, le premier en lice, François Mayeux, le sympa proprio qui est venu nous voir en sa journée de congé. Une grande table et des chaises nous attendaient, ainsi qu’un autre Simard, du prénom Rémy. J’ai hâte de lire son « Mes Dinky » pour en avoir tellement entendu parler entre les deux hommes (le proprio et RS, pas Marsi, penché sur une dédicace).

Englober autant de bandes dessinées d’un coup sec me donne un peu le tournis, je ne sais vraiment pas où regarder, pas loin d’être intimidé par l’ampleur du lieu où la vie se dessine en albums multicolores. Parfois, en ces endroits spécialisés, on sent un genre de « t’es pas dans le club, tu connais pas ça», on te regarde du haut d'une branche pointue. Chez Planète BD, nenni, il n’en est pas question, les connaisseurs veulent une seule chose, avoir sous les yeux des personnes pour partager leur plaisir.

Alors, je vous la conseille très vivement cette librairie et, d’ailleurs, nous, on s’est sérieusement demandé pourquoi nous n’y allions pas plus souvent car, habiter Magog n’est pas une raison suffisante pour s’en priver.

* * *
Je reprends la programmation régulière du Passe-Mot avec ces recensements de romans québécois dès demain. Je veux donner un sprint final de mes 6 romans déjà lus et non commentés. J’adore me casser la tête avec mon palmarès de fin d’année !

mardi 9 décembre 2014

Le silence du banlieusard de Hugo Léger

C’est un grand jour pour moi lorsque j’ai un coup de cœur, par contre, il y a un inconvénient à ce plaisir du « pendant », le « après » est dur. Le prochain livre est compliqué à choisir, je dois m’en aller vers du complètement différent, encore en état de choc.

Le silence du banlieusard est mon coup de cœur 2014 et avec le peu de jours qu’il reste à écouler, il devrait rester en tête. C’est la première fois que je ferme une couverture en me disant, que l’on aime ou non le sujet, nous sommes en présence d’un petit chef d’œuvre. Aucun chatouillement de doute.

Au premier abord, tout semble anodin ; titre, premiers chapitres, style. Nous sommes en présence d’un père, d’une mère et d’une ado habitant un plain-pied (bungalow) dans une banlieue quelconque. On apprendra à connaître le personnage central, le père, par l’absence. Il est ce genre d’homme en apparence tellement effacé, tellement commun qu’il pourrait ne pas exister que la vie ne s’en porterait pas plus mal.

Hyper méticuleux, son énergie se canalise dans le matériel, c’est par celui-ci qu’il prend forme dans l’existence. Sa maison est une carte postale, il passe ses week-end à l’entretenir, sa messe est de déambuler entre les rangées du quincailler qui devient son ami à force de le côtoyer. Un exemple d’événement crucial dans leur vie serait l’achat d’un SPA hyper sophistiqué. Leur vie est meublée de ces décisions qui nous incombent pour réussir une routine de plus en plus confortable. Pourquoi sortir ou voyager, prendre des risques quand son chez soi offre tout, est le leitmotiv de Luc qui, une fois sa femme choisie, a casé une fois pour toutes la relation. Une vie sous verre, sous contrôle, où même les émotions sont mesurées et rangées à leur place. Le temps est réglé au quart de tour, la perte de trois minutes dans son horaire le bouleverse plus que les émotions de son adolescente.

Vous voyez un peu le portrait ? C’est ce côté lisse des apparences qui va aller en s'effritant peu à peu, pas à pas, et qui m’a fait penser à un effeuillement (strip-tease) en règle. Luc va finir par se dénuder pour nous présenter son corps, son cœur et son âme à nus.

Du jour au lendemain, lui, aussi prévisible qu’un métronome, disparait. C’est par l’absence que la présence de cet homme va devenir intense, que nous découvrirons l’envers du décor d'une bourgeoisie parfaite en tout point.

L'attitude « banlieusard » est un état d’esprit, que l'on peut retrouver en plein centre-ville, ce que Hugo Léger a su démontrer d’une manière exemplaire. Le portrait de cette famille m’a permis de saisir ce que les gens puisent dans la matérialité où leur sens de la vie rime avec la possession du matériel. L’être se confond avec l’avoir. 

Voici qui était pour le banlieusard mais il y a également le silence qu’on entend entre chaque ligne et chapitre de cette histoire. Le silence se remplit peu à peu. Les chapitres défilent et révèlent la réalité avec une progression maîtrisée. Autant le portrait du banlieusard est précis et rangé, autant la structure du roman l’est. Le style se décline sans jamais un mot de trop ce qui m’apparait renforcer le portrait familial bien rangé. L’effeuillement se fait pièce par pièce, chapitre après chapitre jusqu'à ce que l'on découvre, qu'au cœur des apparences, nichent des émotions et donc, des frustrations. Plus on tait une frustration, plus elle prend d'ampleur.

On constate également les répercussions graves de ce genre de silence qui rime de près avec indifférence, laquelle peut apparaitre cruelle aux yeux d'un enfant en bas âge. La relation parentale se dévoile être plus importante qu’on n’ose le croire et le voir. Cette démonstration sera poussée loin par l'auteur.

Ces êtres silencieux, on finit un jour ou l'autre par les entendre crier.
En tout cas, c'est à souhaiter.

Et pour bonifier le tout, l'intrigue s’apparente au suspense des polars ; où est volatilisé Luc, cet être qu’on pouvait prévoir à une parole et à un geste près ? Où a disparu ce robot de père/mari ? Le suspense nous tient captifs jusqu’à la fin.

jeudi 27 novembre 2014

Yiosh ! de Magali Sauves

Je peux difficilement résister à un texte qui me plonge dans l'univers hassidique. Cette fois encore, je m’en félicite, cette curiosité m’a permise de découvrir un roman captivant.

C’est pour Alexandra, une adolescente de 15 ans rebaptisée Ziva et expatriée pour fuir l’univers de prostitution maternelle, que l’on nous ouvre grand la porte d’une résidence de juifs hassidim d’Outremont. On nous ouvre également la porte de l’école et même celle de la chambre à coucher du couple habituellement fermée à double tour (littéralement dans l’histoire).

Sous le regard extralucide de cette jeune fille, le lecteur découvre les en-dessous d'une hiérarchie implacable et la rigidité des règles. L’ado affrontera cet univers avec un courage surhumain, acceptant de combler les lacunes de la dame de la maison, perturbée par un mari rude et autoritaire. Elle assurera des tâches accablantes entrainées, non seulement par la demi-douzaine d’enfants, mais par la complication causée par les innombrables interdits. J’en ai pour exemple la cuisine qui a presque tout en double pour ne pas que se touchent certains aliments. Si encore, on séparait la nourriture uniquement mais on sépare les femmes des hommes, ceux-ci ne mangeant pas à la même table. Même pendant la cérémonie du mariage, les époux sont séparés.

Alexandra avait pleine liberté en sa Russie natale et se retrouve encadrée par un agenda débordant de tâches à accomplir, tout en veillant de près à son éducation religieuse pour le moins complexe. Elle apprend ses nouvelles règles de vie en même temps que le lecteur, ce qui ajoute à l'intérêt du récit. Assez rapidement, elle découvrira un lourd secret concernant cette famille, qui tente de projeter une image de normalité. Elle deviendra quasiment une enquêtrice, prenant en note des indices et suivant un fil qui l'amènera à découvrir un pot aux roses qui est loin de sentir la fleur.

Je donnerais comme plus grande qualité à ce roman la crédibilité procurée par une connaissance approfondie du sujet, tant du point de vue du fonctionnement de la famille hassidique, que des us coutumes que l'auteure passe au crible. J’ai déjà lu quelques bouquins sur le sujet, c’est cependant la première fois que j’arrive à vraiment plonger dans leur quotidien. On découvre qu'au-delà de leurs gestes routiniers, il y a leurs travers. Autrement dit, là où il y a de l’homme, il y a de "l'hommerie", qu’il soit lustré d’un vernis hassidique, catholique ou athée, c’est du pareil au même ; chaque être est mu par l’ambition d’être admis dans un groupe et mieux encore, compris et aimé. On pourrait aussi dire aimé, parce que compris.

Outre cette accessibilité indéniable à ce monde fermé, qui confère à l'histoire un intérêt jusqu’à la dernière ligne, il y a des points qui me sont apparus ne pas tenir la route au niveau psychologie du personnage. Je me suis demandé si une adolescente transplantée d’une terre où elle avait trop de liberté auprès de sa mère, à celle où elle n’en a plus aucune, réagirait d’une manière aussi soumise. Surtout que personne ne la soutient, pas même son frère de qui elle est coupée. La jeune fille fait preuve d’une lucidité qui dame discrètement le pion à tous, jusqu’aux rabbins de la communauté hassidique. Elle qui vient de vivre un drame traumatisant dans son pays natal, amplifié par le rejet de sa mère arrive à encaisser une adaptation exigeante, sans confident, sans soutien tout en faisant preuve d’une maturité remarquable. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle est faite forte !

Chacun des personnages est crédible ; le père rude et affairé, la mère dépendante et débordée, les grands-parents sages, l’amie « langue sale », le portrait des enfants coloré, il ne reste qu’à accepter le penchant héroïque de l’actrice principale, Alexandra. Il y a somme toute deux histoires dans une et à partir du moment où la mèche est éventée (réf. au pot aux roses), entre en scène une autre personne qui mettra, par sa vulnérabilité excessive, le côté héroïque d’Alexandra en relief.

Le style ne coule pas toujours de source, devant certaines phrases, j’ai butté jusqu’à me demander si c’était une traduction, par contre le rythme est excellent, les personnages captivants, l’intrigue solide. Ce que je peux vous assurer c'est qu'après cette lecture, vous comprendrez comment et pourquoi ses adeptes choisissent de ne pas sortir des traditions hassidiques. Roman palpitant.

Yiosh !
Auteure : Magali Sauves
Hamac Classique
296 p.

lundi 24 novembre 2014

Tournée tournis au Salon du livre de Montréal

Dédicace de Colis 22
Il faut que je vous raconte une histoire, la mienne, au Salon du livre de Montréal. Marsi et moi y étions, quelques heures vendredi soir et le samedi après-midi. En si peu de temps, il s’en passe des choses dans un Salon ! Ça me met littéralement à terre. Faut dire que je suis intense, chaque personne que je rencontre est précieuse, et on en rencontre une à la minute ! J’exagère à peine. Il y a les personnes que je vois rarement, les personnes que je vois pour une première fois, celles connues sois la grande Toile, celles de mon entourage amical. On change rapidement de niveaux de relation et on doit s’ajuster le temps de dire « allo ».

Il y a l’ambiance qui donne le tournis. Il y a du « trop » en abondance : trop de lumières, trop de rues en tapis, trop de numéros de kiosque, trop de jambes, trop de pieds, trop de roues. Une chose manque à l’appel, c’est de l’air, ce qu’on réalise pleinement lorsque l’on met le nez dehors! Et de l’eau, si on oublie d’en apporter une bonne ration. Et peut-être des bancs.
Première dédicace - Marsi tremblait
Savez-vous ce que je préfère d’un Salon du livre ? Les souvenirs. Quand je revis les moments purs, intenses, sans mes maux de pieds. C’est alors que les mots me viennent aisément, ceux que j’aurais aimés dire, ceux que j’aurais aimés sourire.

Pourquoi y était-t-on ? Pour les dédicaces de Marsi au très achalandé kiosque de La Pastèque. Nous avons eu la surprise de réaliser combien Miam miam Fléau n’est pas un album qui est passé à la moulinette de l’oubli. Même le Brâne de Partie de pêche de Glénat Québec a été présenté à Marsi, s’exécutant de son mieux sur du papier glacé. Mais le plus surprenant, pour moi en tout cas, a été que certains lui présentent « La Pastèque 15 ans d'édition ». Tous les morceaux sont venus s’assembler autour du petit dernier, Colis 22. J’en ai conclu que l’on peut commencer à parler d’une œuvre.
Avec Rémy Simard - Invité d'honneur
Je ne vous raconterai pas par le menu détail tout ce qui m’est arrivé et chaque main que j’ai serrée, mais j’ai une anecdote savoureuse, et même douloureuse, à vous raconter. Tout à côté du kiosque La Pastèque, il y avait celui de Radio-Canada où s’enregistraient des émissions en direct. Pour prendre du répit, je me suis assise devant l’émission « Les éclaireurs ». Au quart de l’émission, Philippe Desrosiers, l'animateur a posé une question à l’assistance « Quels livres vous font voyager? ». J’ai fouillé dans mon sac à main, trouvé un stylo et une facture de stationnement où j’ai écrit «Ce qui me fait voyager sont les romans de Michèle Plomer, HKPQ et Dragonville 3 tomes ». Croyant bon de situer l’œuvre, j’ai rajouté sur ma minuscule facture « Aller et retour de la Chine à Magog ». Eh bien, croyez-le ou non, la chroniqueuse a donné comme titre « Aller et retour de la Chine à Magog » ! Comme c’était en direct, j’ai opté pour ne pas la reprendre, surtout que j’étais en état de choc, mon tibia ayant heurté l’estrade dans ma précipitation d’apporter le petit papier. (Si vous êtes curieux, rendez-vous sur la bande du haut, à la minute 26 : 36 sec.).
Auteurs de Pourquoi cours-tu comme ça ?
Autre anecdote cocasse. Nous devions dîner avec Julie Gravel Richard qui terminait sa dédicace au kiosque « Stanké » pour le collectif « Pourquoi cours-tu comme ça? ». En arrivant, nous réalisons facilement que l’esprit d’équipe est à son apogée et que les auteurs ont le goût de casser la croûte ensemble. Ils avaient déjà une idée où aller, alors on part aussitôt. Marsi et moi, nous nous joignons à l’escouade d’auteurs et à un moment donné, le rythme s’accélère. Je m’arrête, dans ma tête en tout cas, pas le temps avec les jambes, et réalise que je suis à faire de la marche rapide avec une gang d’auteurs qui ont l’habitude de jogger. J’ai rigolé et déclaré, en blaguant bien sûr, que l’on ne m’y prendrait plus !
Jean-François Lisée, toujours très attendu
Je tenais à m’acheter un livre, coûte que coûte, Le Journal de Lisée - 18 mois de pouvoir, mes combats, mes passions. Numéro de kiosque en mains, je me mets à sa recherche, étant certaine à l’avance que je le chercherais longtemps, défaitisme oblige quand tu n’as aucun sens de l’orientation. Après avoir marché et même tourné en rond, je finis par dénicher le #246. Rires, bises, et dédicace de Jean-François Lisée, un homme charmant, je reprends ma marche en me laissant aller au gré des livres et des visages ouverts. Après une halte chez Québec Amérique, je finis par me retrouver, comme par hasard, devant Marsi. Il est sous mes yeux sans que j’ai eu à le chercher, toujours derrière le comptoir de dédicaces. Il y a deux personnes qui attendent, dont une qui le contemple dessiner tandis que Marsi se terre dans un silence monastique, puisqu’il ne peut dessiner et parler en même temps. Toute à ma satisfaction de ne pas avoir perdu trop de temps à le chercher, j’aperçois tout à coup la petite table de monsieur Lisée. C’est à ce moment-là que je réalise que La Pastèque et Rogers portent le même numéro de kiosque #246 ... puisqu’ils sont côte à côte !

Hum….. oui, je sais, c’est pas fort, fort. Heureusement, je me repère dans les bouts de lignes et les milieux de chapitres et je longe, sans trop me perdre, les couloirs sinueux du sous-texte. 
Que de monde ! Aux côtés de Marianne Dubuc
en dédicace de Le lion et l'oiseau ayant remporté le GG.

mardi 18 novembre 2014

Le Nain de Francine Brunet

Un premier roman qui m'a emballée ! Lu dans le cadre de La Recrue, j'ai titré ma critique que voici : "Cirque humain captivant".

Les premiers romans tentent souvent de déballer idées et personnages accumulés durant une vie. Chez Francine Brunet, il n’y a pas d’exception à cette règle, les personnages diversifiés pullulent; bien sûr un Nain, un cousin épileptique, un dur à cuire manchot (Trois Gallons), une tante qui se déplace en rampant, une autre à la mémoire défaillante et, en bout de piste, une mère percluse de culpabilité d’avoir confié son fils Edmond à ses sœurs. Cette famille atypique serait déjà un roman en soi, mais s’ajoute à la trame narrative un mystère à La Tuque. Une maladie non identifiée court et les inspecteurs se penchent sur la question : est-elle liée au trafic de drogue qu’ils tentent de démanteler? Une Asiatique à la beauté d’une poupée de porcelaine arrive avec son expertise de médecin légiste en stage. Le pont entre la famille d’Edmond et l’équipe d’enquêteurs est Fernande Pouliot, l’infirmière plus que parfaite, si dévouée qu’on se sent des fainéants à ses côtés. Comme elle est la soignante des tantes d’Edmond, une relation particulière se développera entre lui et elle. L’intrigue policière est intéressante et j’avoue avoir frémi devant le sadisme de Trois Gallons qui poursuit le but de se venger du Nain qu’il soupçonne de lui avoir lancé un sort.

Bien évidemment, avec autant de personnages, les intrigues affluent. Jamais une seconde de répit, encore moins d’ennui, si l’on aime les fresques baroques. J’ai été subjuguée par le personnage principal; heureusement, car on peut s’y perdre un peu. Mais du début à la fin, malgré les intermissions dues à l’enquête en cours, le point pivot est Edmond, cet être de petite taille, curieux, qui assimile tout comme une éponge. N’en doutez pas une seconde, il vous fera bondir de surprise en surprise. Malgré qu’il ait été couvé de près par ses tantes et de plus loin par sa mère habitant la maison d’en face et qu’il n’ait jamais mis les pieds dans une école, il tient un cahier dans lequel il écrit ce qu’il pense. On y reconnait clairement des chiffres, mais pour le reste, on n’y comprend rien.

J’ai vraiment eu un coup de cœur pour le style bondissant et mature de Francine Brunet. Il arrive parfois qu’on entende l’auteure écrire, ici l’auteure s’efface, l’histoire prime. Son style vole au-dessus des intrigues et des personnages, l’assurance est remarquable. Certaines phrases semblent sortir directement d’un tableau coloré où les personnages s’articuleraient devant elle, au gré de son inspiration. Aucun doute : je suivrai cette auteure au pas, j'avance sans l'ombre du doute, cette auteure a un talent pour raconter et une imagination débordante.

Le Nain
Francine Brunet
Stanké, 2014
236 pages

jeudi 13 novembre 2014

Les coulisses de Colis 22

Arrivée du Colis par le courrier postal
Je veux faire mentir l’adage que les cordonniers sont mal chaussés, non pas en rédigeant une critique de Colis 22 publié à La Pastèque (manque totale de recul !), mais en partageant une part des coulisses avec vous. Premièrement, pour tous les promeneurs du dimanche, pas habitués au Passe-Mot, le bédéiste Marsi est mon mari et son troisième album est en librairie depuis environ deux semaines.

Certains apparentent la sortie d’un livre à un accouchement et c’est d’autant plus comique que de BB à BD, la sonorité est semblable. Donc la BD de Marsi est enfin au monde et lorsque le BB a été déposé entre ses mains fébriles, il a eu un choc. Il a rapidement dit « Elle est belle » la couverture, sa peau de papier est lisse et veloutée au toucher, d’un format facile à tenir entre les mains et quand on l’ouvre, il ne manque pas une page ... (pas un doigt ...sourire). Bref, la BD était complète, l’encre était sèche.

Jusque là, tout allait bien, le premier contact était bon. C’est lorsqu’il s’est approché d’elle pour l'écornifler et la feuilleter qu’il a commencé à renâcler. Certaines teintes grisâtres, certains contrastes n’étaient pas identiques à ce qu’il avait toujours vu derrière son écran. C’est rare qu’un BB est identique à ce que l’on a rêvé, il nous déjoue, même chose pour une BD. Deux jours se sont écoulées où Marsi, le père de Colis 22 était un peu tourmenté ; est-ce que la BD était à la hauteur de ce qu'il rêvait mais surtout : serait-t-elle à la hauteur du regard des proches qui l’attendent depuis au moins trois ans, gestation extraordinairement longue. Et pire, qu'en sera-t-il des regards moins cléments des étrangers, de ceux qui ne connaissent pas les liens entre le père et sa création, et qui pourraient être sans pitié pour la moindre faille. 

Comme une réponse aux échos anxieux de Marsi, un son de cloche s’est fait entendre à la Radio de CISM,89,3 aux Herbes folles (émission archivée 27 oct) où Amélie Mathieu s'est montrée aussi surprise qu’admirative devant cette toute nouvelle BD, dont elle ne connaissait pas le créateur. L’envie de lire le premier de la famille Miam Miam Fléau s'est même fait pressante. Soupir de soulagement sortant du poitrail de l’homme, cela suffisait-il ;  s’enthousiasmait-elle pour des peccadilles ? Le père avait besoin de quelques autres confirmations avant de laisser tomber les épaules hautes et crispées. Elles sont venues, une à une et à chaque fois, toujours aussi appréciées :

« Honnêtement, cette année, dans la bande dessinée québécoise, je n’avais jamais vu une bande dessinée aussi détaillée. C’est de toute beauté. Il n’y a pas seulement le dessin qui est magnifique. Le récit m’a charmé dès ses premières lignes ». Michel Michaud, Affaires de gars

 « Le trait de Marsi a fait beaucoup de chemin depuis 2009. Ses dessins se situent aujourd’hui entre ceux de Frank Le Gall et de Bruno Heitz, et offrent des bonbons à tous les amoureux de la ville de Québec. Son choix du noir et blanc sied très bien à cette explosion contrôlée de détails et à l’esprit policier du livre ». BDmétrique

 « Un étrange polar sur deux roues, astucieuse bouffée d’absurde et d’inquiétant, à dévorer d’un trait, sans reprendre son souffle ». Marie Soleil Cool-Cotte sur Lili les Merveilles

 « Son dessin démontre une attention aux détails assez phénoménale, mêlant encore une fois réalité et fiction. Pour le lecteur, c'est un bonheur de reconnaître des éléments de la culture populaire, des indices subtils ou de se faire ouvrir grand les portes du château (Frontenac) pour admirer son décor raffiné. Si la forme séduit, le fond ne cherche pas à véhiculer une morale, mais on ne peut s'empêcher d'y voir une belle réflexion sur le temps et l'entraide, le tout traversé d'un humour convivial ».
Les lectures de Topinambulle

Après toutes ces étoiles dans le firmament de Colis 22, l’auteur de ses jours respire mieux, les poumons se gonfle de fierté, mais pas trop tout de même, on ne sait jamais, il y a l'avenir qui reste à venir ...

lundi 3 novembre 2014

Wildwood de Johanne Seymour

Ça a tout l’air que j’ai l’art de choisir l’œuvre « récréation », celle qui bifurque de la voie habituelle. Je pensais rencontrer Kate McDougall, l’enquêteuse experte des cinq polars de Johanne Seymour, j’ai rencontré une adolescente de 16 ans, Michelle. Je ne regrette rien, il sera toujours temps de revenir au polar à l’état pur et dur.

Nous sommes en 1968, à Wildwood, en vacances. Les parents de Michelle consomment leurs trois semaines où, sorties d’une routine astreignante, ils reprennent contact avec la vie. Leur unique enfant a pris une décision, cette année, elle s’offre une aventure avec un lifeguard. Guillerette, l’ado a hâte de rejoindre ses amis américains. L’insouciance sera de courte durée, un meurtre sur la plage viendra teindre de noir cette expérience qui aurait pu être rouge pétant. Malgré que, en soi, les amours à l’adolescence, en vacances, c’est rarement simple.

L’auteur a vraiment réussi à recréer ces années où les Québécois trimaient dur pour s’offrir des vacances le moins cher possible (ils ont loué un logement), en autant qu’elles soient au bord de la mer. Les relations entre Michelle et ses parents sont criantes de vérité. C’est dans ses nombreux passages que je l’ai sentie la plus vraie. C’est une adolescente sage et responsable, qui se trouve ordinaire, elle a été élevée avec des principes sévères et pourtant, elle a le goût de s’offrir une aventure qu’il faut supposer sans lendemain. C’est le propre de l’adolescence de vouloir s’écarter du chemin que les parents tracent pour nous.

L’homme rêvé se présentera rapidement et son fantasme aura une possibilité de se concrétiser sans trainer.

En arrière plan se profilent les affres de la guerre au Vietnam, menace qui plane au-dessus de plusieurs jeunes. D'ailleurs, son fantasme en chair, en os et en maillot de bain, ce fameux lifeguard est revenu traumatisé du Vietnam, Michelle en découvrira progressivement l’ampleur. Son couple amis est également touché de près puisque le garçon sera bientôt appelé au front. Tandis que leur fille flirte avec cette gravité, de leur côté, les parents font tout pour se distraire et s'amuser. Leur seule contrariété sera de voir leur fille impliquée comme témoin important du meurtre d’une jeune femme.

J’ai aimé ce revirement de situation : voir les jeunes soucieux, plongés dans la résolution d’un crime sordide tandis que les adultes alimentent leur insouciance. Mes personnages favoris furent sans conteste les parents de Michelle, si bien campés. Les relations entre l’homme et la femme signent l’époque, l’homme portant les culottes, la femme tramant en-dessous pour adoucir les décisions du père trop sévère. Je n’insinue pas que je n’aie pas aimé Michelle, et son rêve de s’abandonner à l’amour, mais comme elle est la narratrice, il était délicat à certains moments de croire à son jeune âge, tellement la narration se décline sur un ton mature. Si elle a perdu son innocence, ce que l’auteure répète même si toute l’histoire le démontre, quand l’a-t-elle vécue ? Avant que l’histoire commence, faut-il croire. 

Ce qui m’a émue ne sont pas tant ses amours d’adolescente que sa relation avec ses parents, et particulièrement avec son père. Ça sent la blessure encore ouverte.

Somme toute, l’histoire vaut amplement la peine d’être lue. Elle offre autant une histoire d’amour entre jeunes gens qu’une histoire d’amour entre un père et sa fille, rajouté à cela une bonne intrigue policière. On ne s’ennuie pas.

J’ai déjà hâte à cette prochaine où je ferai connaissance avec Kate McDougall.

Wildwood de Johanne Seymour
sept 2014 - 248 pages - Libre Expression