mardi 29 novembre 2016

Journée de récolte

Anne-Brigitte Renaud, auteure & éditrice
Dimanche fut une excellente journée pour Marsi et moi. Il en faut de ces jours vécus comme des encouragements évidents, qui nous disent à voix haute que nous sommes sur la bonne voie.

Michèle Plomer, auteure & éditrice
C’est la littérature qui a remercié les artistes que nous sommes, par l’intermédiaire de deux éditrices et auteures : Michèle Plomer et Anne-Brigitte Renaud. Je vous explique comme cela s’est passé.
Ces deux femmes ont décidé l’an passé de se lancer dans la grande aventure de l’édition, mettre en livres des œuvres qui se démarquent aux Éditions qu’elles ont nommées « Chauve-Souris ». Comme on n’est jamais mieux servis que par soi-même, elles ont commencé par une œuvre de leur cru « Sueurs froides » et suivait cette année le premier titre d’une jeune auteure estrienne du nom d’Annie Lagrandeur.

Annie Lagrandeur - Auteure
Hier, c’était donc son lancement à la Maison bleue près du Parc Howard à Sherbrooke. L’Association des auteures et auteurs de L’Estrie niche dans ce bâtiment et c’est eux que l’on doit remercier pour cette superbe idée d’organiser des lancements brunchs à 11 h 00 les dimanches (relâche l’hiver). Mais ce n’est pas tout. En plus d’offrir les lieux, trois grandes pièces, on demande aux organisateurs de l’évènement d’inviter un artiste. C’est là que Marsi entre en scène puisqu’il a été l’invité de ces dames.

Nous avons naturellement assisté au lancement de « La charmeuse de vent », un premier roman né après un séjour en Chine et au Japon. « Annie Lagrandeur explore l’âme d’un jeune Québécois amoureux d’une Chinoise aussi difficile à saisir que le vent ». On remettait avec chaque exemplaire une plume… À la lecture, nous découvrirons probablement le sens de ce geste.

Marsi entouré de son ours et son orignal
Voici un porc-épic marsien !
Pour Marsi, cinq chevalets étaient installés dans la pièce d’entrée où cinq tableaux animaliers jetaient leur énergie paisible. C’est que depuis un an, mon bédéiste préféré se plait à faire naître des animaux à la plume, où les infimes détails côtoient les masses pleines. Comme je lui dis souvent, je crois bien qu’il a trouvé sa ligne ! Se crée un contact entre l’œuvre et celui qui la regarde car vous êtes plusieurs à adopter ces bêtes stylisées. Hier, la magie a opéré puisque quatre œuvres se sont vendues, voilà pourquoi je parle d’une journée de récolte pour nous.

Les yeux fermés sur leur monde intérieur.
Un perroquet - Un boa

Ça faisait bien du monde heureux hier.

mercredi 16 novembre 2016

Mission Katy Cosmik ou retour de Venise

Je suis un peu gênée... nerveuse en tout cas. Malgré la réputée citation; charité bien ordonnée commence par soi-même, je suis gênée de rouvrir Le Passe-Mot avec une de nos créations « Mission Katy Cosmik ». J’ai longuement réfléchi, trop, va s’en dire. Avec quel article renouer avec Le Passe-Mot, avec vous mes lecteurs ?

J’ai vécu un mois et demi sabbatique et je vous l’ai fait vivre sans le moindrement vous en aviser. Je n’ai pas trouvé cela chic de ma part. Mais que voulez-vous, il arrive parfois dans cette vie pas toujours facile que nous nous sentions coincés, gelés, ou peut-être simplement lasses et épuisées.

C’est bien sûr ce qui m’est arrivé mais plus encore; j’ai subi une deuxième chirurgie en un an. Disons que j’en ai ma claque du médical ! Si encore le médical ne venait pas tempérer mon goût pour la lecture. Depuis un mois, je ne lis plus. J’ai recommencé hier soir. Bais oui, hier soir. Pour cela, j’ai dû me pardonner la dizaine de livres qui attendent d’être commentés et pour lesquels, ô calamité, je n’ai pris aucune note. Oui, aucune note, là j’avoue que ce n’est pas l’idée du siècle. Habituellement, j’aime faire passer une histoire romancée par le filtre du temps ; qu’est-ce qui m’en reste après 1 ou 2 mois ? Mais là, certains, ça fait 3 mois, si ce n’est pas 4.

Comment vais-je les aborder ? Je ne peux pas présenter une critique en bonne et due forme, non. Je donnerai mes impressions. C’est différent, des impressions. Une critique doit inclure l’ensemble de l’œuvre, les impressions peuvent exposer le plus, ou le moins frappant. J’irai ainsi pour les dix prochains titres, après je reprendrai ce que je juge comme de bonnes habitudes ; prendre des notes et faire un effort d’englober l’œuvre.

Avec des impressions, il se peut que certains commentaires soient courts. Ça peut paraitre injuste. Quand on aime une œuvre, de dire qu’on l’a aimée en peu de mots passe très bien, cependant quand on ne l’a pas aimée, le communiquer en peu de mots peut être vu comme un manque de respect. Je le conçois, de là mon malaise et de là les excuses que je présente ici sans ambages.

Ouf… Je me sens un peu soulagée. J’ai descendu la barre, vous savez cette barre que l’on se place haute parfois ? Nous, les dévoués blogueurs bénévoles devons vérifier où est placé cette barre pour arriver à continuer. À persister dans le plaisir.

C’est quand même impressionnant de voir que Le Passe-Mot a roulé sans moi pendant un mois et demi. Avec presque autant de visiteurs, c’en est troublant et même touchant. La bestiole vit sans sa nourricière, n’est-ce pas beau !

Je suis de retour. Je ne dirai pas pour de bon, car on ne sait jamais ce que le mauvais a à dire. Il s’exprime comme il veut et comme il peut.

N’empêche que Mission Katy Cosmik, l’œuvre de Marsi et de moi (oui, oui, mon nom y est) est sur les tablettes des librairies et même ce vendredi et samedi, nous serons côte à côte au Salon du livre de Montréal.

Kiosque Québec/Amérique-Stand 260

Vendredi : 13 h à 14 h
Samedi : 11 h à 12 h

J’espère que vous viendrez nous voir. Nous jaser ça.

dimanche 2 octobre 2016

Télésérie d'Hugo Léger

Pour ceux qui ne s’en souviennent pas, du même auteur, j’avais placé « Le silence du banlieusard », premier de mon top 10 en 2013. C’est dire que j’avais des attentes face à ce titre.

Vous savez combien nous, les Québécois, sommes friands des téléséries. Hugo Léger s’approche de cette réalité, à sa façon, par le biais du vedettariat. Un homme simple et pas seul, avec une conjointe qu’il aime, tombe en amour de la vedette d’une télésérie très populaire. C’est un peu gênant pour lui, il se prend au jeu au point tel qu’il cache de sa conjointe pour savourer sa vive émotion, face à face avec son téléviseur. Il aime tout de cette vedette, qui incarne à l’écran une procureure, et s’imagine qu’ils ont des atomes crochus. On le voit fortement entiché, pas loin d’être hypnotisé.

Cet homme pratique le métier rare et inusité de comportementaliste canin. Son travail l’amènera à côtoyer cette vedette sacrée de l’écran.

J’ai beaucoup aimé le début de l’histoire lorsque l’homme est ensorcelé par les images envoûtantes d’un écran. L’amour qui paralyse, qui donne un choc ramène à une émotion que nous avons déjà presque tous déjà éprouvée : l’idolâtrie. Qui n’a pas à tout le moins déjà voué un amour démesuré et déconnecté pour une personne loin de soi : chanteur, animateur, comédien, magicien ? Être un fan, n’est-ce pas cette émotion mais en plus mesurée ? Cette partie du roman contient sa part de magie et de mystère, lesquels j’ai appréciés.

J’oubliais de vous parler d’une audace de l’auteur : il a entrepris de nous décrire chaque épisode de la télésérie. Nous lisons donc une télésérie. Gros défi qu’il s’est donné puisque regarder du fictif à l’intérieur du fictif est un concept amusant mais qui ne tient pas nécessairement en haleine. Le lecteur ne perds jamais de vue, que ce qu’il lit est fictif et ne se laisse pas obligatoirement obnubilé comme le personnage de Xavier Lambert.

J’avais évidemment hâte de savoir qu’est-ce qu’il arriverait à ce Xavier : allait-il quitter sa conjointe pour un sentiment issu hors de sa vie ? Est-ce que le fait qu’il soit tombé éperdument amoureux signifiait qu’il n’aimait pas vraiment sa conjointe ? Était-ce, comme la croyance populaire le veut, nous commettons un acte extraconjugale parce qu’il y a déjà une fissure dans notre relation ? J’avais à cœur ces questions et les possibles réponses m’interpelaient.

C’était sans compter que l’auteur ne m’amènerait pas nécessairement dans ces dédales, en fait, qu’il serait même tenté de les contourner.

Revenons au fait que notre homme est comportementaliste canin, ce qui l’amènera à fréquenter la fameuse vedette de son écran. Celle-ci deviendra un être de chair et d’os, faisant partie intégrante de son quotidien. Je vous avoue ma déception. C’est comme si la magie avait disparu d’un coup de baguette. La sublimation s’est volatilisée et nous nous sommes retrouvés au cœur d’une banale histoire de trio amoureux. Le questionnement perdait du coup beaucoup de sa subtilité.

Et c’est sans compter que je ne sois pas arrivé à croire au métier du protagoniste principal. Je n’ai pas vu Xavier Lambert, incarnant un comportementaliste canin. Pour un roman qui aborde l’apport et la portée du fictif dans nos vies, ce métier est resté pour moi une mise en scène avec tout le côté artificiel que laisse parfois le fictif quand le rendez-vous est manqué.

Un roman concept, auquel on ne peut reprocher le manque d’audace mais qui, malheureusement, survole le thème abordé.

mardi 6 septembre 2016

Ça peut pas être pire de Nathalie Roy

Vous voulez prolonger votre été ? Voici le titre idéal pour le faire.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je trouve à la couverture un aspect un peu vieillot, des années 60 ou 70. Je suis peut-être dans le champ mais c’est ainsi que je la perçois. Eh bien, ma surprise a été de réaliser combien ce roman est moderne.

Il s’agit de Valéry Aubé, jeune femme de 34 ans, qui vient de perdre son emploi dans le secteur de la mode, gérante de boutique pour tout vous dire. J’avoue avoir été contente de la voir se diriger ailleurs. Je n’avais pas vraiment le goût d’errer dans la fripe et les bijoux, de survoler pendant tout un roman le domaine de l’apparence. Oui, je l’avoue, j’avais peur de tomber dans la superficialité. Pour moi, avec tout ce qui fraye avec la chick lit, c’est un risque.

Nathalie Roy m’a encore surprise. Tous les ingrédients y étaient ; une fille sensible aux beaux mâles, une ambitieuse en vacances, une rigolote placée dans des situations qui ne la mettent pas à son avantage, sa meilleure amie de fille qui finit par apparaitre dans le décor. Une femme qui adore son père, déteste sa mère. Il me semble que les ingrédients peuvent mener à du assez convenu. Et pourtant ! J’ai été quelques fois déjouée et surtout j’ai cru à cette femme qui est sortie de son état de papier, devenant un être humain en chair et en os. S’est profilé progressivement un bel équilibre entre ses limites et ses élans, ce qui finit par rejoindre la plausibilité. L'auteure manie l’art de prendre un personnage, nous le présentant afin que l’on s’en fasse une amie. Tout faire pour qu'on s’y attache. Et comme dans la vie, cela se déroule progressivement, et donc, plausiblement.

On m’a parfois prise par surprise, ce que bien sûr, j’adore. Autant j’ai été surprise, autant j’ai reçu de confirmations de mon intuition et de mon sens de la déduction : kif-kif.  Mais de savoir de quoi il en retourne ne retire pas nécessairement le plaisir, c’est parfois rassurant et réconfortant dans notre monde où il arrive que la pelouse nous soit retirée de sous le pied.

Où se plante l’action de notre chère valeureuse Valéry ? À Magog. Bais oui, exactement où j’habite ! Par contre, elle habite cette ville touristique le temps des vacances. Elle vit une situation précaire. Elle a loué un chalet d’un vieil homme qui la connait depuis l’enfance. On est loin du grand confort ou du luxe, je vous l’assure.

Il sera également beaucoup question de vin, pas parce qu’on se saoule allègrement mais parce qu’on le fabrique méticuleusement. Professionnellement. Et notre Valéry s’en mêlera, son amie et des beaux mâles. Il y a vraiment de quoi s’amuser, se distraire, assimilant mine de rien quelques messages d’affirmation de soi. Belle quête de maturité.

Jusqu’à date, je n’ai pas encore été déçue par cette auteure. 

vendredi 19 août 2016

Volet adolescence aux Correspondances d'Eastman

G. Catherine Desmarais
D. Amélie Boivin-Handfield
Les Correspondances d’Eastman ont tenté une première approche auprès des adolescents avec le volet « Raconter entre deux âges », animé par Amélie Boivin-Handfield.

Le format se présentait en 3 parties :

1. Entrevue avec Catherine Desmarais, auteure de la série Cendrine Senterre publiée aux Éditions Michel Quintin. Jeune femme qui habite Sherbrooke, professeur de littérature au CEGEP de Drummondville, elle a puisé dans sa propre adolescence pour son personnage d’adolescente. Celui-ci a connu l’anorexie, entre autres sujets typiquement « ado ». Le troisième tome est dans la couveuse, c’est dire que le personnage de Cendrine a su captiver les jeunes. Je n’en doute pas car l'auteure a le cœur jeune, c’était évident lors de la brève entrevue. Une demi-heure, ça passe ultra rapidement.

Jean-Vincent Roy
2. Exposé de l’historien Jean-Vincent Roy qui poursuivait le but de tout nous montrer sur les procédés créatifs de production dans le monde du jeu vidéo. Il a échangé à peine cinq minutes avec l’animatrice et, ensuite, il a débuté son enseignement, vidéo et baguette en main, le souffle court, tellement il se pressait de nous expliquer les schémas. Cet univers aurait mérité minimum une heure. Ce fut dérisoire pour l’assistance et souffrant pour notre historien. Il est dommage que l’entrevue n’ait pas duré toute la demi-heure. Ses anecdotes d'historien qui oeuvre pour rendre hommage à la véracité des jeux étaient suffisamment riches pour la remplir. Nous avions affaire à un métier inusité et on aurait dû s’y arrêter.

Un homme lucide est un homme qui voit même les yeux fermés
3. Entrevue avec Patrick Sénécal : Le dessert. Et il s’est savouré longuement. La rencontre devait durer une demi-heure, elle s’est prolongée au-delà d’une heure. Un cadeau que l’on a voulu offrir à ses fans, j’imagine. Je me suis dit, pas besoin de prendre de notes, c’est bref une demi-heure… eh bien, aujourd’hui, je dois me soumettre à ma mémoire.

Ce qui m’a frappé est son implacable lucidité qui l’entraine inexorablement sur une voie critique. Voici, en quelques mots, l'effet que m'a fait l'homme.

J’avoue, ô calamité, n'avoir jamais lu un de ses romans, seulement certaines nouvelles, que j’ai toujours trouvées excellentes d’ailleurs. Pourquoi ne pas le lire ? Par peur d’avoir peur, d’être dégoûtée, d’être bouleversée. Aujourd’hui, je suis prête à le lire. Après l’avoir entendu, je suis rassurée. La violence de ses romans n'est pas un moyen facile et sensationnel d'attirer certains lecteurs. C’est pourtant tentant la facilité. Par exemple, il a une facilité à écrire des scènes de meurtres où il y a de la violence. Bonne raison alors de mettre la pédale douce. Il n’accepterait pas que ça devienne un défoulement, à commencer pour lui et ensuite pour les autres. Il prime la loyauté à l’égard de son histoire, c’est elle qu’il doit honorer. En tout cas, il m'en a convaincu. Faut dire qu’il est saprément convainquant ! Probablement parce qu’il est honnête. Je ne l’ai jamais senti là pour leurrer ou beurrer épais.

Je vous jure... qu'il a ouvert les yeux pendant l'entrevue !
Il ne fait pas dans la dentelle, c’est un homme direct qui ne glousse pas de plaisir quand on le complimente. Par exemple, l’animatrice qui se faisant une gloire de bien le connaître, se demandait comment cela faisait-il qu’il n’y avait pas plus de films tirés de ses romans. D’après elle, le succès financier était absolument certain en additionnant tous ses lecteurs fans. Eh bien, non, c’est l’auteur qui a mis le pendule à l’heure. Qu’est-ce que 2,000 lecteurs fans… et iront-ils tous voir le film ? Ne nous emballons pas, il reste un risque financier, nous ne sommes pas aux USA.

Justement, c’est un homme qui ne s’emballe pas. Il écrit par nécessité, sinon il exploserait, c’est la conclusion que j’ai tirée. Il écrit du matin jusqu’à environ 15 h 30 mais lorsqu’il enseignait en même temps, les heures qu’ils attrapaient au fil de la vie devenaient extrêmement précieuses. Il a un souvenir clair de ce temps-là. Je gagerais qu’il a conscience d’être chanceux de vivre de son art au Québec. Mais précisons. Il y a, oui, une part de chance mais, surtout, il y met du sien. Vous pensez que sa longue expérience et son assurance lui permettent de relâcher sa vigilance ? Eh, que non ! Il pond quatre versions de son œuvre. Et à chaque version, c’est le tour de telle ou telle personne de la lire. Par exemple, sa femme (dans la salle), très précieuse critique, lit la deuxième version. Elle connaît son œuvre, elle connait l’homme et est dotée d’un sens psychologique probablement développé vu sa profession de psychologue. Son rythme ? Une publication par année, ce que son éditeur respecte.

J’ai beaucoup apprécié cette rencontre à la consonance vraie et généreuse. Presque chaque personne dans l’assistance a pu poser sa question. Je suis cependant déçue que Patrick Sénécal n’ait pas été invité sous la tente Québecor à un Café littéraire. Je détache les syllabes « lit-té-rai-re ». Pourquoi a-t-il été relégué au volet adolescence ? Ses lecteurs sont loin d’être seulement des adolescents ou même la jeune vingtaine. Il rejoint tous les âges et son art n’en est pas un à part. Je souhaite qu’il soit réinvité. Il en a long à dire, est un auteur extraverti et franchement articulé. On ne s’ennuie pas une seconde en sa présence.
N.B. : Je tiens à préciser que je ne vous ai rendu qu’un cinquième de tout ce qu’il nous a donné à cette soirée cadeau.  

mardi 9 août 2016

Les cocasseries des Correspondances d’Eastman (en vrac)

Voici cette petite récréation avant la poursuite de mes comptes-rendus de Cafés littéraires. Je vous ai colligé des cocasseries en vrac.

Marsi - Photo Martine Doyon
Patrick Sénécal
Photo : Karine Davidson-Tremblay
Un bédéiste fait dans l’horreur
Pendant que j’étais à l’activité « Raconter entre deux âges », volet pour les adolescents, entre deux rencontres, je suis allé rejoindre Marsi qui était à dessiner dans notre auto. Il me dit tout de go, une dame est venue me voir et m’a demandé si j’étais Patrick Sénécal. J’ai tout à coup bien regardé mon chum réalisant que, en effet, il ressemble à notre spécialiste de l’horreur. On peut d’autant plus s’y méprendre que Patrick Sénécal était attendu pour la troisième rencontre*. *J'en parlerai sous peu

L’Apocalypse en retard
Après le Café « Apocalypse du paysage », ce fut la Grande entrevue avec Jocelyne Saucier. Vers la fin, à la période des questions, une averse s’est mise à tomber tellement fortement que même en gueulant dans le micro, plus personne ne s’entendait. Je me suis mise à rire en même temps que certaines autres personnes. Je ne sais pas si, comme moi, elles ont pensé que le grand succès de cette auteur est « Il pleuvait des oiseaux » et que nous étions au cœur du thème « Habiter le paysager ». En tout cas, la sensation était nette et limpide : nous habitions le paysage et il pleuvait des cordes.

Épreuves
J’ai voulu faire dédicacer « La fiancée du facteur » à Denis Thériault, cet auteur dont je tire une fierté de me prendre pour son ambassadrice. Je lui ai présenté mon exemplaire de presse qui était une épreuve hors commerce, où il est étampé à l’intérieur « Épreuves ». Il en n’avait jamais vu l'apparence, étant en Angleterre quand ils sont sortis. Il a comparé avec le vrai exemplaire et l’a trouvé très bien fait. Vous imaginez combien j’étais contente de lui montrer une nouveauté, les rôles étant enfin inversés !

Première fois
Lors du Café « Apocalypse du paysage », j’étais assise à côté d’une dame, une bibliothécaire. C’était sa première fois. Elle avait choisi le forfait du dimanche parce qu’il y avait une de ses écrivaines préférées : Jocelyne Saucier. Je suis toujours émue de rencontrer des personnes qui en sont à leur première fois, elles affichent une candeur, n’ayant aucune idée de ce qui les entend : une dépendance à vie. D’ailleurs, j’ai été reçu par une bénévole pour réclamer ma cocarde de presse et elle s’est empressée de me dire « C’est votre première fois, n’est-ce-pas ? ». Oui, c’est la douzaine fois que c'est ma « première fois ».

Le fictif, c’est vrai
Jocelyne Saucier, oui j’y reviens à cette grande dame de la fiction. Elle en a profité pour préciser, pensant probablement à la vague d’autofiction, qu'elle affectionne la fiction à l’état pur. Durant l’entretien, elle a tenté de convaincre l’assistance que des familles de 22 enfants, cela existe en Abitibi. « Cela existe, vous savez ! », nous assurait-elle en nous regardant. Quand est venu le moment des questions, il y eut trois personnes qui, à tour de rôle, se sont présentées comme étant nées d’une famille de 20 enfants et plus. L’auteure a écarquillé les yeux autant que les oreilles. Elle n’est finalement pas tant dans la fiction qu’elle le pense avec Les héritiers de la mine.

Verte jalousie

J’ai l’habitude de montrer mes photos en primeur à Marsi. Je les fais dérouler quand tout à coup, je vois ses traits se figer… je le regarde et regarde ce qu’il regarde : la chemise de Tristan Malavoy. C’est que Marsi est un animalier, ou un St-François d’Assise comme vous voulez, alors il a commencé à dessiner une collection d’animaux à la plume*. Du premier coup d’œil, vous allez comprendre pourquoi il s’est tout de suite dit : « Je veux cette chemise ! ».*je vous montrerai sa collection un de ces jours
Cocasseries picturales
Qui a une fleur dans les cheveux ?
Claudia Larochelle
Deux têtes valent mieux qu'une
Qui applaudit qui ?
Kim Thùy et Denis Thériault
Je lis debout
Attachons nos cheveux pour ...
... mieux entendre

dimanche 7 août 2016

Chemins et sentiers - Café littéraire des Correspondances d'Eastman

Animation : Sarah Rocheville – Invités : trois poètes dont deux, Tristan Malavoy et Corinne Larochelle qui se sont lancés dans l’écriture d’un premier roman. Tandis que Jacques Boulerice fait son petit bonhomme de chemin depuis les années 80 et a une vingtaine d’œuvres à son actif.
Œuvres sous la loupe :
Le nid de pierres – Tristan Malavoy
Le parfum de Janis – Corinne Larochelle
Un autre jour – Récit de voyage sur des bancs publics – Jacques Boulerice et Madeleine Ghys

Sachez qu’il y a un ingrédient essentiel à un Café et c’est le grain qui le fait âcre ou doux, profond ou léger : c’est l’animation. Sarah Rocheville avait non seulement lu les trois bouquins mais les avait passés à la moulinette. Elle les avait creusés et j’ai surpris quelques étonnements dans la figure des écrivains, ce que j’aime beaucoup. Elle a également décrit les trois styles ce qui a amené une cocasserie que je vous raconte ci-dessous. Quand l’écrivain nous entretient de son œuvre, il a le contrôle, mais lorsqu’on le lui en parle, il devient vulnérable et j’aime la voir exposée sur la scène, cette vulnérabilité qui fait d’eux des artistes.

Corinne Larochelle était très à l’aise sur la scène, avait certainement le goût d’être là et nous a rapidement parlé de sa mère. Mais pas suffisamment. Je crois qu’il faut lire Le parfum de Janis pour saisir qui était cette mère dont elle a dû faire œuvre de se détacher à l’âge de 40 ans. Oui, c’est ça, 40 ans, c’est dire combien cela s’annonce ardue sur le corps émotif. Si on amène le paysage dans l’histoire, elle a eu besoin de s’exiler pour atteindre cette manœuvre délicate. La beauté des paysages l’a aidé. Va savoir. Il y en a pour qui c’est le choc de la misère qui leur sert de déclencheur, pas elle. L’animatrice s’est tellement enthousiasmée sur ce titre qu’elle m’a certainement transmis le goût de le lire. 

Je dois le dire tout de suite, Tristan Malavoy était très en forme. Il parlait avec aisance de son œuvre, allait au-delà des questions, nous avions l’impression qu’il se sentait chez lui. D’ailleurs, ses parents étaient dans l’assistance. Cela m’a fait un bien immense de le rencontrer en dehors de son rôle d’animateur. Son rôle n’est jamais loin de lui et ça se voit. Remarquez, c’est très subtil, mais c’est un réflexe intérieur présent. Il a été touché de retrouver, à travers les sentiers Le portage des mots (je n’ai jamais le temps d’y mettre les pieds) un tangible nid de pierres pour représenter son œuvre. On a également abondamment parlé du ventre de bœuf, cette terre moelleuse qui aspire, un paysage crucial dans son premier roman.

Tristan Malavoy se questionne car il a l’impression de tomber quand il n’écrit pas. Pourquoi se casser la tête à écrire le paysage au lieu de le contempler ? Il doit insuffler de la vie à ses paysages intérieurs, sinon il se dessèche avec eux.

La cocasserie a éclaté dans toute sa splendeur. Je vous raconte. Sarah Rocheville, une animatrice qui se mouille jusqu’à l’os, a décrit chaque style, avançant entre autres à Corinne Larochelle : « Votre écriture n’est pas jolie ». Ça passe drôlement mais personne n’a rien dit. Elle le répète à Tristan qui sort un gros « Pardon ! » sur un ton faussement offusqué. L’assistance éclate de rire. Une fois au tour de Jacques Boulerice de parler, celui-ci prend les devants et annonce « Mon écriture n’est pas jolie ». Ce fut le délire de rire sous le chapiteau. C’est devenu la blague récurrente. L’animatrice s’est défendu le mieux qu’elle pouvait : c’est le plus beau des compliments à ses yeux. Tristan Malavoy a suggéré de changer le mot jolie pour fleurie.

Nous n’en sommes pas à la seule bévue, en autant que l’on nomme bévue ces étonnants accidents de parcours. La deuxième arrive directement de la bouche de Tristan Malavoy qui discourait sur ce qui est littéraire et ne l’est pas, avançant que personne ne veut écrire des « cartes postales » quand, tout à coup, Jacques Boulerice arrive avec un « quoique … » et montre les cartes postales qu’il avait entre les mains. 

L’œuvre de Jacques Boulerice est faite de 52 cartes postales. Elles ont été envoyées à 52 personnes en 52 semaines. Des photos de bancs publics les accompagnent. Cette œuvre très accessible, pourtant dans les beaux livres, m’attire. Monsieur Boulerice est un homme qui réagit par images, ce qui en fait un homme d’anecdotes. Les anecdotes qu’il a choisi de nous raconter venaient toujours combler ou compléter ce qui venait d’être dit. Je me souviens d’une phrase lourde de sens « On écrit pour s’assurer de la présence de l’autre » … N’est-ce-pas ?

Notre animatrice intense, tenant à approfondir le thème des Correspondances Habiter le paysage, revenait inlassablement avec cette question : Qu’est-ce que le paysage ? Les auteurs ont même eu l’audace de dire qu’il n’y a pas de paysage sans artistes. Heureusement, avec les questions et remarques de l’assistance, nous nous sommes entendus pour un paysage vaste (tout serait un paysage !) qui n’existe pas vraiment sans celui qui l’observe. On a également parlé d’encadrements. Nettement, l’écrivain encadre le paysage, décide du début et de la fin, le découpe et en fait un tableau. Je l’ai compris à peu près ainsi mais sûrement que d’autres l’expliqueraient mieux que moi.
En tout cas, ces questions méritent réflexion et voilà pourquoi Les Correspondances d’Eastman sont si intéressantes. Nous partons avec dans notre mallette plein d’idées avec lesquelles jongler. Et bien sûr, des propositions réjouissantes et des livres dédicacés.