vendredi 19 août 2016

Volet adolescence aux Correspondances d'Eastman

G. Catherine Desmarais
D. Amélie Boivin-Handfield
Les Correspondances d’Eastman ont tenté une première approche auprès des adolescents avec le volet « Raconter entre deux âges », animé par Amélie Boivin-Handfield.

Le format se présentait en 3 parties :

1. Entrevue avec Catherine Desmarais, auteure de la série Cendrine Senterre publiée aux Éditions Michel Quintin. Jeune femme qui habite Sherbrooke, professeur de littérature au CEGEP de Drummondville, elle a puisé dans sa propre adolescence pour son personnage d’adolescente. Celui-ci a connu l’anorexie, entre autres sujets typiquement « ado ». Le troisième tome est dans la couveuse, c’est dire que le personnage de Cendrine a su captiver les jeunes. Je n’en doute pas car l'auteure a le cœur jeune, c’était évident lors de la brève entrevue. Une demi-heure, ça passe ultra rapidement.

Jean-Vincent Roy
2. Exposé de l’historien Jean-Vincent Roy qui poursuivait le but de tout nous montrer sur les procédés créatifs de production dans le monde du jeu vidéo. Il a échangé à peine cinq minutes avec l’animatrice et, ensuite, il a débuté son enseignement, vidéo et baguette en main, le souffle court, tellement il se pressait de nous expliquer les schémas. Cet univers aurait mérité minimum une heure. Ce fut dérisoire pour l’assistance et souffrant pour notre historien. Il est dommage que l’entrevue n’ait pas duré toute la demi-heure. Ses anecdotes d'historien qui oeuvre pour rendre hommage à la véracité des jeux étaient suffisamment riches pour la remplir. Nous avions affaire à un métier inusité et on aurait dû s’y arrêter.

Un homme lucide est un homme qui voit même les yeux fermés
3. Entrevue avec Patrick Sénécal : Le dessert. Et il s’est savouré longuement. La rencontre devait durer une demi-heure, elle s’est prolongée au-delà d’une heure. Un cadeau que l’on a voulu offrir à ses fans, j’imagine. Je me suis dit, pas besoin de prendre de notes, c’est bref une demi-heure… eh bien, aujourd’hui, je dois me soumettre à ma mémoire.

Ce qui m’a frappé est son implacable lucidité qui l’entraine inexorablement sur une voie critique. Voici, en quelques mots, l'effet que m'a fait l'homme.

J’avoue, ô calamité, n'avoir jamais lu un de ses romans, seulement certaines nouvelles, que j’ai toujours trouvées excellentes d’ailleurs. Pourquoi ne pas le lire ? Par peur d’avoir peur, d’être dégoûtée, d’être bouleversée. Aujourd’hui, je suis prête à le lire. Après l’avoir entendu, je suis rassurée. La violence de ses romans n'est pas un moyen facile et sensationnel d'attirer certains lecteurs. C’est pourtant tentant la facilité. Par exemple, il a une facilité à écrire des scènes de meurtres où il y a de la violence. Bonne raison alors de mettre la pédale douce. Il n’accepterait pas que ça devienne un défoulement, à commencer pour lui et ensuite pour les autres. Il prime la loyauté à l’égard de son histoire, c’est elle qu’il doit honorer. En tout cas, il m'en a convaincu. Faut dire qu’il est saprément convainquant ! Probablement parce qu’il est honnête. Je ne l’ai jamais senti là pour leurrer ou beurrer épais.

Je vous jure... qu'il a ouvert les yeux pendant l'entrevue !
Il ne fait pas dans la dentelle, c’est un homme direct qui ne glousse pas de plaisir quand on le complimente. Par exemple, l’animatrice qui se faisant une gloire de bien le connaître, se demandait comment cela faisait-il qu’il n’y avait pas plus de films tirés de ses romans. D’après elle, le succès financier était absolument certain en additionnant tous ses lecteurs fans. Eh bien, non, c’est l’auteur qui a mis le pendule à l’heure. Qu’est-ce que 2,000 lecteurs fans… et iront-ils tous voir le film ? Ne nous emballons pas, il reste un risque financier, nous ne sommes pas aux USA.

Justement, c’est un homme qui ne s’emballe pas. Il écrit par nécessité, sinon il exploserait, c’est la conclusion que j’ai tirée. Il écrit du matin jusqu’à environ 15 h 30 mais lorsqu’il enseignait en même temps, les heures qu’ils attrapaient au fil de la vie devenaient extrêmement précieuses. Il a un souvenir clair de ce temps-là. Je gagerais qu’il a conscience d’être chanceux de vivre de son art au Québec. Mais précisons. Il y a, oui, une part de chance mais, surtout, il y met du sien. Vous pensez que sa longue expérience et son assurance lui permettent de relâcher sa vigilance ? Eh, que non ! Il pond quatre versions de son œuvre. Et à chaque version, c’est le tour de telle ou telle personne de la lire. Par exemple, sa femme (dans la salle), très précieuse critique, lit la deuxième version. Elle connaît son œuvre, elle connait l’homme et est dotée d’un sens psychologique probablement développé vu sa profession de psychologue. Son rythme ? Une publication par année, ce que son éditeur respecte.

J’ai beaucoup apprécié cette rencontre à la consonance vraie et généreuse. Presque chaque personne dans l’assistance a pu poser sa question. Je suis cependant déçue que Patrick Sénécal n’ait pas été invité sous la tente Québecor à un Café littéraire. Je détache les syllabes « lit-té-rai-re ». Pourquoi a-t-il été relégué au volet adolescence ? Ses lecteurs sont loin d’être seulement des adolescents ou même la jeune vingtaine. Il rejoint tous les âges et son art n’en est pas un à part. Je souhaite qu’il soit réinvité. Il en a long à dire, est un auteur extraverti et franchement articulé. On ne s’ennuie pas une seconde en sa présence.
N.B. : Je tiens à préciser que je ne vous ai rendu qu’un cinquième de tout ce qu’il nous a donné à cette soirée cadeau.  

mardi 9 août 2016

Les cocasseries des Correspondances d’Eastman (en vrac)

Voici cette petite récréation avant la poursuite de mes comptes-rendus de Cafés littéraires. Je vous ai colligé des cocasseries en vrac.

Marsi - Photo Martine Doyon
Patrick Sénécal
Photo : Karine Davidson-Tremblay
Un bédéiste fait dans l’horreur
Pendant que j’étais à l’activité « Raconter entre deux âges », volet pour les adolescents, entre deux rencontres, je suis allé rejoindre Marsi qui était à dessiner dans notre auto. Il me dit tout de go, une dame est venue me voir et m’a demandé si j’étais Patrick Sénécal. J’ai tout à coup bien regardé mon chum réalisant que, en effet, il ressemble à notre spécialiste de l’horreur. On peut d’autant plus s’y méprendre que Patrick Sénécal était attendu pour la troisième rencontre*. *J'en parlerai sous peu

L’Apocalypse en retard
Après le Café « Apocalypse du paysage », ce fut la Grande entrevue avec Jocelyne Saucier. Vers la fin, à la période des questions, une averse s’est mise à tomber tellement fortement que même en gueulant dans le micro, plus personne ne s’entendait. Je me suis mise à rire en même temps que certaines autres personnes. Je ne sais pas si, comme moi, elles ont pensé que le grand succès de cette auteur est « Il pleuvait des oiseaux » et que nous étions au cœur du thème « Habiter le paysager ». En tout cas, la sensation était nette et limpide : nous habitions le paysage et il pleuvait des cordes.

Épreuves
J’ai voulu faire dédicacer « La fiancée du facteur » à Denis Thériault, cet auteur dont je tire une fierté de me prendre pour son ambassadrice. Je lui ai présenté mon exemplaire de presse qui était une épreuve hors commerce, où il est étampé à l’intérieur « Épreuves ». Il en n’avait jamais vu l'apparence, étant en Angleterre quand ils sont sortis. Il a comparé avec le vrai exemplaire et l’a trouvé très bien fait. Vous imaginez combien j’étais contente de lui montrer une nouveauté, les rôles étant enfin inversés !

Première fois
Lors du Café « Apocalypse du paysage », j’étais assise à côté d’une dame, une bibliothécaire. C’était sa première fois. Elle avait choisi le forfait du dimanche parce qu’il y avait une de ses écrivaines préférées : Jocelyne Saucier. Je suis toujours émue de rencontrer des personnes qui en sont à leur première fois, elles affichent une candeur, n’ayant aucune idée de ce qui les entend : une dépendance à vie. D’ailleurs, j’ai été reçu par une bénévole pour réclamer ma cocarde de presse et elle s’est empressée de me dire « C’est votre première fois, n’est-ce-pas ? ». Oui, c’est la douzaine fois que c'est ma « première fois ».

Le fictif, c’est vrai
Jocelyne Saucier, oui j’y reviens à cette grande dame de la fiction. Elle en a profité pour préciser, pensant probablement à la vague d’autofiction, qu'elle affectionne la fiction à l’état pur. Durant l’entretien, elle a tenté de convaincre l’assistance que des familles de 22 enfants, cela existe en Abitibi. « Cela existe, vous savez ! », nous assurait-elle en nous regardant. Quand est venu le moment des questions, il y eut trois personnes qui, à tour de rôle, se sont présentées comme étant nées d’une famille de 20 enfants et plus. L’auteure a écarquillé les yeux autant que les oreilles. Elle n’est finalement pas tant dans la fiction qu’elle le pense avec Les héritiers de la mine.

Verte jalousie

J’ai l’habitude de montrer mes photos en primeur à Marsi. Je les fais dérouler quand tout à coup, je vois ses traits se figer… je le regarde et regarde ce qu’il regarde : la chemise de Tristan Malavoy. C’est que Marsi est un animalier, ou un St-François d’Assise comme vous voulez, alors il a commencé à dessiner une collection d’animaux à la plume*. Du premier coup d’œil, vous allez comprendre pourquoi il s’est tout de suite dit : « Je veux cette chemise ! ».*je vous montrerai sa collection un de ces jours
Cocasseries picturales
Qui a une fleur dans les cheveux ?
Claudia Larochelle
Deux têtes valent mieux qu'une
Qui applaudit qui ?
Kim Thùy et Denis Thériault
Je lis debout
Attachons nos cheveux pour ...
... mieux entendre

dimanche 7 août 2016

Chemins et sentiers - Café littéraire des Correspondances d'Eastman

Animation : Sarah Rocheville – Invités : trois poètes dont deux, Tristan Malavoy et Corinne Larochelle qui se sont lancés dans l’écriture d’un premier roman. Tandis que Jacques Boulerice fait son petit bonhomme de chemin depuis les années 80 et a une vingtaine d’œuvres à son actif.
Œuvres sous la loupe :
Le nid de pierres – Tristan Malavoy
Le parfum de Janis – Corinne Larochelle
Un autre jour – Récit de voyage sur des bancs publics – Jacques Boulerice et Madeleine Ghys

Sachez qu’il y a un ingrédient essentiel à un Café et c’est le grain qui le fait âcre ou doux, profond ou léger : c’est l’animation. Sarah Rocheville avait non seulement lu les trois bouquins mais les avait passés à la moulinette. Elle les avait creusés et j’ai surpris quelques étonnements dans la figure des écrivains, ce que j’aime beaucoup. Elle a également décrit les trois styles ce qui a amené une cocasserie que je vous raconte ci-dessous. Quand l’écrivain nous entretient de son œuvre, il a le contrôle, mais lorsqu’on le lui en parle, il devient vulnérable et j’aime la voir exposée sur la scène, cette vulnérabilité qui fait d’eux des artistes.

Corinne Larochelle était très à l’aise sur la scène, avait certainement le goût d’être là et nous a rapidement parlé de sa mère. Mais pas suffisamment. Je crois qu’il faut lire Le parfum de Janis pour saisir qui était cette mère dont elle a dû faire œuvre de se détacher à l’âge de 40 ans. Oui, c’est ça, 40 ans, c’est dire combien cela s’annonce ardue sur le corps émotif. Si on amène le paysage dans l’histoire, elle a eu besoin de s’exiler pour atteindre cette manœuvre délicate. La beauté des paysages l’a aidé. Va savoir. Il y en a pour qui c’est le choc de la misère qui leur sert de déclencheur, pas elle. L’animatrice s’est tellement enthousiasmée sur ce titre qu’elle m’a certainement transmis le goût de le lire. 

Je dois le dire tout de suite, Tristan Malavoy était très en forme. Il parlait avec aisance de son œuvre, allait au-delà des questions, nous avions l’impression qu’il se sentait chez lui. D’ailleurs, ses parents étaient dans l’assistance. Cela m’a fait un bien immense de le rencontrer en dehors de son rôle d’animateur. Son rôle n’est jamais loin de lui et ça se voit. Remarquez, c’est très subtil, mais c’est un réflexe intérieur présent. Il a été touché de retrouver, à travers les sentiers Le portage des mots (je n’ai jamais le temps d’y mettre les pieds) un tangible nid de pierres pour représenter son œuvre. On a également abondamment parlé du ventre de bœuf, cette terre moelleuse qui aspire, un paysage crucial dans son premier roman.

Tristan Malavoy se questionne car il a l’impression de tomber quand il n’écrit pas. Pourquoi se casser la tête à écrire le paysage au lieu de le contempler ? Il doit insuffler de la vie à ses paysages intérieurs, sinon il se dessèche avec eux.

La cocasserie a éclaté dans toute sa splendeur. Je vous raconte. Sarah Rocheville, une animatrice qui se mouille jusqu’à l’os, a décrit chaque style, avançant entre autres à Corinne Larochelle : « Votre écriture n’est pas jolie ». Ça passe drôlement mais personne n’a rien dit. Elle le répète à Tristan qui sort un gros « Pardon ! » sur un ton faussement offusqué. L’assistance éclate de rire. Une fois au tour de Jacques Boulerice de parler, celui-ci prend les devants et annonce « Mon écriture n’est pas jolie ». Ce fut le délire de rire sous le chapiteau. C’est devenu la blague récurrente. L’animatrice s’est défendu le mieux qu’elle pouvait : c’est le plus beau des compliments à ses yeux. Tristan Malavoy a suggéré de changer le mot jolie pour fleurie.

Nous n’en sommes pas à la seule bévue, en autant que l’on nomme bévue ces étonnants accidents de parcours. La deuxième arrive directement de la bouche de Tristan Malavoy qui discourait sur ce qui est littéraire et ne l’est pas, avançant que personne ne veut écrire des « cartes postales » quand, tout à coup, Jacques Boulerice arrive avec un « quoique … » et montre les cartes postales qu’il avait entre les mains. 

L’œuvre de Jacques Boulerice est faite de 52 cartes postales. Elles ont été envoyées à 52 personnes en 52 semaines. Des photos de bancs publics les accompagnent. Cette œuvre très accessible, pourtant dans les beaux livres, m’attire. Monsieur Boulerice est un homme qui réagit par images, ce qui en fait un homme d’anecdotes. Les anecdotes qu’il a choisi de nous raconter venaient toujours combler ou compléter ce qui venait d’être dit. Je me souviens d’une phrase lourde de sens « On écrit pour s’assurer de la présence de l’autre » … N’est-ce-pas ?

Notre animatrice intense, tenant à approfondir le thème des Correspondances Habiter le paysage, revenait inlassablement avec cette question : Qu’est-ce que le paysage ? Les auteurs ont même eu l’audace de dire qu’il n’y a pas de paysage sans artistes. Heureusement, avec les questions et remarques de l’assistance, nous nous sommes entendus pour un paysage vaste (tout serait un paysage !) qui n’existe pas vraiment sans celui qui l’observe. On a également parlé d’encadrements. Nettement, l’écrivain encadre le paysage, décide du début et de la fin, le découpe et en fait un tableau. Je l’ai compris à peu près ainsi mais sûrement que d’autres l’expliqueraient mieux que moi.
En tout cas, ces questions méritent réflexion et voilà pourquoi Les Correspondances d’Eastman sont si intéressantes. Nous partons avec dans notre mallette plein d’idées avec lesquelles jongler. Et bien sûr, des propositions réjouissantes et des livres dédicacés.

lundi 1 août 2016

Les Correspondances d'Eastman 4 au 7 août !

Habiter le paysage, voici le thème de cette 14e Édition que l’on nomme cette année « Festival littéraire ». Je suis contente que l’on ose l’appellation « festival », car les années filant, c’est devenu une festivité complète où spectacles musicaux et théâtraux se rajoutent aux Cafés littéraires, ainsi qu’aux traditionnels jardins d’écriture.

Se rajoutent à chaque année des nouveautés, particulièrement le volet jeunesse et sa panoplie de formes : « La boite à piton », « La grande chasse au trésor », «L’heure du conte », « La bulle de lecture ». Les enfants bénéficient de l’équivalent des « cafés littéraires » qui prennent des allures d’atelier ou d’animation avec soit, Andrée Poulin, Marie-Charlotte Aubin, Claudia Larochelle ou bien d’autres. - Gratuit pour tous -

Soit dit en passant, toute activité est gratuite pour les enfants de 16 ans et moins.

Cette année, nouveau volet qui se différencie du Café littéraire avec sa formule plus courte de 40 minutes, ayant lieu samedi en fin d’après-midi. L’activité générale se déclinant en trois parties, animée par Amélie Boivin Handfied se nomme « Raconter entre deux âges ». À 17 h, « La littérature adolescente », cet univers narratif riche, à 17 h 40 « Raconter et mettre en scène dans le jeu vidéo » et on termine par « L’horreur au quotidien » à 18 h 20 avec Patrick Sénécal.

En plus des nombreux Cafés littéraires, dont un face-à-face avec le porte-parole Thomas Hellman, l’on trouve un souper littéraire avec Marie-Andrée Lamontagne, une classe de maîtres avec Sylvie Massicotte et trois grandes entrevues : une avec Marc Séguin, une autre Pierre Morency, une dernière avec Jocelyne Saucier. Quoi d’autre ? Ma foi, que dire d’un pique-nique littéraire avec Kim Thùy*, un thé littéraire avec Perrine Leblanc*, des sentiers de lecture avec Louise Warren*, ou Perrine Leblanc*. À noter que ces dernières activités sont gratuites avec le stylo* (précisions ci-dessous).

Pour l’activité la plus fréquentée, les Cafés littéraires sur la Terrasse Québécor, en plein air mais avec un toit, je vous jette quelques noms en pâture, nomenclature que vous irez bien sûr compléter sur le site des Correspondances : Denis Thériault, Tristan Malavoy, Élise Turcotte, Anaïs Barbeau-Lavalette, Samuel Archibald, Elsa Pépin … et plus … et plus … et plus ! Pensiez-vous que c’est tout ? Mais que non ! Après tout, je tente présentement de vous résumer un dépliant de 12 pages, double largeur ! 

Comme je vous le disais, il y a des activités gratuites, en autant que l’on se procure le très joli stylo à l’effigie des Correspondances au coût de 13 $ (11$ tarif réduit). Il vous permet d’aller écrire vos lettres dans les jardins sans vous soucier du papier, de l’enveloppe et de l’affranchissement. Bien entendu, ce stylo différent à chaque année, vous le conservez précieusement. Soyez certains que j’ai ma collection ! Toujours avec le stylo, il y a des activités d’écriture interactive, par exemple les cartes postales en haïsha, et une magistrale, le Poème Cordillère, une animation d’écriture avec des machines à écrire dans les jardins. Le but est de créer un long poème qui sera ensuite diffusé sur le web.

Votre dent culturelle est toujours aiguisée ? Il y a bien sûr les spectacles pour vous rassasier. Par exemple, samedi, notre poète nationale Hélène Dorion s’adjoint les Violons du Roy pour nous proposer des bribes de son œuvre. Il y avait bien jeudi soir où Marie-Thérèse Fortin chante Barbara, mais paraitrait-il que les billets se soient envolés. Rabattez-vous alors sur le spectacle de vendredi qui met en vedette notre Anne Hébert. Trois comédiennes visiteront sa vie, fouilleront sa mémoire et son œuvre. Suivra de près un spectacle interdisciplinaire avec Nathalie Watteyne et François Hébert. Il y aura du jeu et de la complicité dans l’air du Cabaret Eastman.

Mon doux, ai-je tout dit ? Bien sûr que non ! Même en visitant le site web, vous n’arriverez pas à saisir parfaitement de quoi il s’agit. Les Correspondances d’Eastman, c’est un évènement qui se vit, qui se sent par la peau du cœur et qui s’habite par les cinq sens.

Venez habiter le paysage. - Rendez-vous : village d’Eastman du 4 au 7 août.   

P.S. : Ah oui, j’oubliais… il y a des expositions, une harpiste dans la nature, la clôture d’un concours, le Salon des artisans, le portage des mots, oh misère, c’est trop… trop… trop… pu capable ! :-)

mercredi 27 juillet 2016

L'affaire Guillot de Maryse Rouy

J’en suis au troisième tome des chroniques de Gervais d’Anceny, nous commençons donc à être de bons vieux chums (!). C’est que l’on s’attache tout doucement à cet oblat qui, cette fois, a déserté son monastère dès la première page. Nous commençons à suivre sa mission et pas n’importe laquelle : par le prévôt de Paris, il est chargé d’apporter une missive de la part du roi et destinée au pape d’Avignon. Bref, il sert de pont au roi et au pape !

Cette affaire fera languir notre oblat, plutôt du genre impatient, puisqu’arrivé à Avignon, il devra attendre longuement des nouvelles d’un moine qui doit lui remettre un pli dans le plus grand des secrets. N’oubliez pas, ce sont des chroniques et, en tant que telles, il va de soi de relater des scènes par petites touches qui finissent par former un tout. Autrement dit, nous arpentons la ville et ses modes de vie en emboitant le pas de l’enquêteur et ses deux compagnons, Perrin et Valentin, pour ceux qui suivent la série. À travers ces allers et venues, nous découvrirons le splendide palais papal (ça se prononce bien, n’est-ce pas, palais papal !) avec sa bibliothèque exceptionnelle et ses cuisines à la fine pointe de la modernité d’alors.

Durant cette attente, comme l’esprit de Gervais d’Anceny est libre et disponible, un voisin de son hôte (un drapier) lui demande d’élucider la mort de son frère, déclarée naturelle, constatation devant laquelle il éprouve de sérieux doutes. Notre Gervais saute sur l’occasion pour tuer le temps, sans croire à fond aux doutes du voisin. Cette enquête inespérée lui permettra d’entrer dans l’univers des négociants, fouillant un domaine qu’il connaît peu : la fabrication de la pâte à papier dans des moulins à la technologie assez inusitée. En tout cas, inusitée à nos yeux !

En résumé, il y a deux intrigues et elles occupent le lecteur sans le submerger. Je dirais même, nous sommes loin d’être submergés, puisque tout se déroule au ralenti, nous faisant clairement percevoir le temps passant à un autre rythme par ces temps anciens. On a le choix d’en être agacé ou d’admirer les us et coutumes de ce siècle où rien ne se passe comme maintenant.

L’enquête nous fera mettre le chapeau de la culpabilité sur la tête de un ou de l’autre personnage, dont une splendide dame, la veuve du défunt qui est maintenant l’épouse de son frère. Les écheveaux se démêleront petit à petit, et je le répète, il n’y a pas de presse en la demeure. Grand bien fasse à Gervais D’Anceny qui ne sera pas toujours au maximum de sa forme. Euh … en aurais-je trop dit ?

Deux solides intrigues qui se tiennent et tiennent en haleine en autant que l’on se module à un rythme qui prend son temps.

mercredi 13 juillet 2016

Bobos - Chroniques de la petite douleur de Hugo Léger

Voici un extrait de Chroniques de la petite douleur, en fait une chronique d'à peine 5 minutes. C'est savoureux, finement humoristique, et imagé. Les illustrations sont habiles, hautement graphiques et humoristiques et sont signées Sébastien Thibault. On traite aujourd'hui de la crampe au mollet. Allez... sans plus tarder, place à l'humour !
N.B. : La prochaine fois, sur la vidéo, je prendrais le temps de vous saluer !
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mardi 28 juin 2016

VI de Kim Thùy

J’approche les écrits de Kim Thùy avec un respect teinté de délicatesse. Il me semble que je dois bien ça à celle qui nous présente sa vision du monde avec plusieurs égards. Lire Kim Thùy entraine de se placer au diapason du recueillement. Elle va cueillir les mots pour nous, un à un, et nous les présente à la hauteur du cœur. Pas à la hauteur de nos yeux mais du cœur. On doit donc pencher un peu la tête pour respirer chaque fleur avant l’effluve du bouquet final.

Que signifie ce titre VI, sonnant comme « vie » à nos oreilles francophones ? En Vietnamien, Vi penche vers l'inVIsible, puisque cette syllabe signifie littéralement précieuse minuscule microscopique. Veut-on une telle condition pour son enfant ? La discrétion jusqu’à l’invisibilité, c’est fort comme image ! Pourtant, c’est le prénom que Kim Thùy a reçu à sa naissance.  Vous demandez à comprendre pourquoi un tel prénom ? Cela tombe bien, car l’auteure nous le raconte.

La réponse se présentera d’une manière indirecte, elle n’a pas l’habitude de parler d’elle au « JE majuscule ». Elle nous entretiendra de ses parents, du couple qu’ils ont formé (pardon, je ne suis pas arrivé à savoir s’ils en forment encore un !). Quand elle parle de ses parents, je l’ai trouvée passionnante, probablement parce qu’ils restent encore un mystère pour elle. Voici d’ailleurs, à mon avis, tout le charme de l’écriture de cette auteure ; elle donne l’impression de nous en dire beaucoup, tout en gardant l’ensemble suspendu dans des auras de mystère.

Bien entendu, le lecteur en veut toujours plus. Le mot « fin » ne s’écrit jamais chez Kim Thùy remplacé, plutôt par son homonyme « faim ». Nous terminons nos lectures de chacun des chapitres (certains sont micros mais toujours coiffés d’un titre), éprouvant une lancinante faim d'en connaitre un peu plus sur elle : son pays, son origine, sa parenté, ses frères, ses amours, son exil, son arrivée, son travail …

Fait remarquable (pour moi en tout cas !), elle nous parle d’un amour dévorant. Facile peut-être d’être dévoré quand on correspond à la définition de son prénom « minuscule ». J'ai été très émue lorsqu'elle nous a raconté cette histoire. Lors d’une entrevue, j’ai bien aimé son expression « on doit apprendre à être présent dans sa propre vie ». Ce sont les origines de cet apprentissage que nous observons dans ce roman à chapitres morcelés.

Je lance le mot « morcelé » car oui, au départ, j’ai été secouée par le morcellement. L’amoureuse des liens que je suis étais avide. Il me manquait ces liens que l’on fait habituellement pour moi, cette lecture un peu paresseuse d’un chapitre qui se relie automatiquement à l’autre et ainsi de suite. C’est oublier qu’avec Kim Thùy, le lecteur doit travailler un peu, entre chaque ligne et entre chaque chapitre, il a son mot à imaginer, et possiblement à écrire, si ça lui chante.

Voilà pourquoi j’ai hâte d’avoir le temps de le relire. Je crois avoir laissé des espaces vides. Peut-être y a-t-il des liens que j’ai échappés, peut-être n’ai-je pas soupesé chaque mot de ces chapitres qui se présentent comme autant de cartes postales destinées aux lecteurs. 

C’est à lire, c’est à relire, car je suis sur ma faim.