mardi 12 août 2014

Le 12 août, j'ai acheté des livres québécois

Marsi aux Galeries de Granby
Mission accomplie ! C’est à la librairie indépendante des Galeries de Granby que nous avons acheté nos livres québécois. Et nous n’étions pas les seuls à fouiner dans les rayons québécois et la table bien garnie à l’entrée.

L'explorateur m'expose ses trouvailles
Je suis très fière de mon choix
J’ai même eu l’honneur de conseiller un client sous les yeux mêmes du libraire. Un homme dans la vingtaine environ se cherchait un deuxième titre québécois et il a été attiré par le titre « Il pleuvait des oiseaux » de Jocelyne Saucier. Je lui ai fait un résumé, rajoutant qu’il avait reçu plusieurs prix et il est parti avec lui. J’étais pas mal fière de mon coup ! Faut dire qu’aujourd’hui, j’avais la partie facile de faire partir un client avec un roman québécois en poche.

Il y avait plus de monde qu’un mardi ordinaire, j’en suis sûre. Et la caissière tenait une liste de tous les titres québécois vendus, une compilation pour inscrire l’événement sous la colonne succès.

Il a vraiment une tête d'explorateur
Des pages et des pages de titres à acheter
Bon, quand je dis « nous », je n’étais pas uniquement avec Marsi mais bien avec ni plus ni moins que l’explorateur BD de la Lucarne à Luneau. Celui-ci a voulu doubler la mise en s’achetant deux albums de bande dessinée : Hasard ou Destinée de Becky Cloonan, édition Lounak et La Gang des Hors-la-Loi de Frédéric Desager et Réal Godbout, édition Bayard Canada.

Mon Marsi et son livre de science
Quant à Marsi, il avait commandé Les Carnets d’un astrophysicien – À l’écoute des étoiles de Jean-René Roy des Éditions MultiMondes voici 10 jours afin d’être certain qu’il soit en magasin. Pour ma part, je me suis promené un certain temps avec Malabourg de Perrine Leblanc des éditions Gallimard en mains et puis, lorsque j’ai aperçu C’est le cœur qui meurt en dernier de Robert Lalonde, des éditions Boréal, j’ai changé d’idée. Je n’en voulais qu’un, en considérant que ma mission québécoise s’étend sur 365 jours par année (PAL consistantes), j’ai donc opté pour l’auteur et la maison d’édition québécois.

Belle tablée d'ouvrages québécois
Patrice Cazeault un des initiateurs du Le 12 août, j’achète un livre québécois est passé faire ses achats environ une heure avant nous. J’imagine qu’il va se coucher fier de son idée ce soir et se dire que ça vaut la peine d’oser dans la vie et de faire confiance aux gens. La balance est une question de bonne étoile. Il est à espérer que l’étoile du 12 août va briller longtemps dans le firmament de l’édition québécoise, nous sommes prêts à ce qu’elle revienne à chaque année, comme les Perséïdes.

lundi 11 août 2014

Le roman historique et l'épopée identitaire : Les Correspondances d'Eastman

Qu’est-ce que ça donne trois romanciers historiens à la même table ? Eh bien, des discussions vives autour de faits historiques plus que de littérature. L’animateur, Jean Barbe n’a pourtant pas lâché le morceau, ramenant la conversation à un niveau littéraire. C’est plus fort qu’eux, André Vanasse, Daniel Lessard et Micheline Lachance se racontent entre eux l’histoire.


Micheline Lachance m’a donné le goût de la lire, elle et sa passion. Cette passion l’a même poussée à aller chercher une maîtrise en histoire pour se donner de la crédibilité, à ses propres yeux si j’ai bien compris. Diplôme en poche, l’écriture romanesque fut plus ardue pour la peur de trahir l’histoire, ce qui l’a porté à tenir sa narration trop près du documentaire. Elle a dû mettre de côté ses documents et l’instinct de la romancière l’a rattrapée. Et tant mieux pour Les Filles tombées ! J’aime sa motivation noble ; donner la place qui revient aux femmes, ce que les versions officielles de l’histoire omettent trop souvent.  Cette femme a quitté un poste de rédactrice en chef à Châtelaine pour écrire Le roman de Julie Papineau, lequel a nécessité  huit années de recherche. Son premier lecteur a été sévère, il faudrait que tu te branches ;  est-ce que tu veux écrire une biographie ou un roman ! (Rendons grâce ici aux premiers lecteurs !)

André Vanasse portait le chapeau d’auteur, plus que d’éditeur, mais pas bien longtemps, puisque l’éditeur revient vite à l’assaut.  Il précise d’emblée qu’il n’était pas destiné à écrire un roman historique, c’est sa détermination à ce qu’on aborde les origines multiethniques du supposé « Québécois pure laine » qui l’y a poussée. C’est une autre personne (? Nom) qui devait l’écrire, mais celle-ci étant trop occupée, il s’est jeté à l’ouvrage. Donc, un roman historique qui avait à naître « La flûte de Rafi », suivi d’un épilogue intitulé «La question juive en Nouvelle-France». Avis aux intéressés. Fait cocasse et dont l’assistance a gentiment ri, monsieur Vanasse est un ouvreur de parenthèses. Il ne répond pas immédiatement à la question de l’animateur, mais s’étend dans une parenthèse plutôt longue mais toujours intéressante.

Daniel Lessard maintenant. Un autre journaliste qui s’empresse d’écrire du romancé, aussitôt le dossier de messager rigoureux de l’information clos. Il n’est pas un cas rare, faut-il admettre. J’ai été amusée de l’entendre parler de sa sœur, impitoyable première lectrice qui l’a renvoyé à ses devoirs, lui disant que son texte manquait d’émotion, avec un ton trop près du documentaire. La détermination que ce pan d’histoire soit partagé a donné l’énergie nécessaire à monsieur Lessard pour recommencer. Maggie devait se décliner en un seul tome, c’est l’appétit des lecteurs, refilé à celui de l’éditeur qui en a fait la saga que je connais bien (2 billets à venir ici).

Autre fait amusant, à prendre avec un grain de sucre, l'analyste politique, Michel Vastel se moquait couramment de la prose télégraphique des journalistes, ce qui a stimulé Daniel Lessard à prouver un jour que le style télégraphique est utilisé par nécessité, et non pas par incapacité. Mission accomplie !

Ce qui m’a frappée chez ces trois auteurs, et j’ose croire que cette constatation vaut pour plusieurs auteurs de romans historiques, c’est leur détermination, on pourrait jusqu'à dire obstination, pour le sujet (le fond) qui remporte sur la forme. Il est crucial pour eux que nous sachions, que soient dévoilés les replis d’histoire. L’écriture est complètement au service du sujet. Il n’a pas été difficile d’en arriver à cette conclusion, et j’ai même passé la remarque sur place ; c’est le Café littéraire où l’on a parlé le moins du geste d’écrire. Les échanges vifs ont tourné autour de questions du passé, de celles qui se répercutent sur notre présent, ce qui n’en est pas moins passionnant. 

Monsieur Lessard nous a prouvé qu’il n’est plus tenu à la neutralité du journaliste à l’emploi de Radio-Canada, faisant un parallèle entre Stephen Harper et son personnage de curé borné dans Maggie. L’entêtement, l’endoctrinement de cette droite qui tient les rênes du pouvoir, en repoussant les témoins gênants, et gèle l’information. Une sortie sentie envers le gouvernement fédéral en place et, même, il y va d’une prédiction à savoir que Harper n’est pas décollé de son trône aux prochaines élections (non, ô secours !)

Voici le genre de surprises que réserve ces Cafés littéraires. J’aime et j’aimerai ces moments d’intimité entre l’auteur et le lecteur tant et aussi longtemps que l’imprévu sera au rendez-vous.

samedi 9 août 2014

Chic, la chick-lit ! - Correspondances d'Eastman

Trois auteures à succès sur l’estrade dont deux sur trois, extrêmement prolifiques : Nathalie Roy et Amélie Dubois, vivant de leur plume, ce qui est remarquable alors, remarquons-le. Elles sortent tome sur tome, pressées par leur éditeur qui eux sont poussés par la demande des lectrices. Ce n’est pas rien. Elles y mettent beaucoup du leur, Nathalie Roy se dit directrice de marketing. Elle s’occupe du service avant, pendant et après vente, entretenant un lien privilégié avec ses lectrices. Même chose pour Amélie Dubois, son site est son lien précieux avec son lectorat. Tout ça fait partie de leur définition de tâches et elles semblent y prendre plaisir.

C’est par Rafaële Germain, la moins prolifique, (trois romans, pas de tomes, et pas de quatrième en vue) que j’ai fait connaissance avec la chick lit. Celle-ci nous a raconté que ça fait 10 ans que Gin tonic et concombre doit sortir sur grand écran, mais scénariste, c’est un métier qu’elle ne possède pas, ce que son éditeur n’arrivait pas à comprendre. Ce qui m’a frappée chez elle : son débit ultra rapide, sa lucidité, sa vivacité, ses réparties qui déjouent l’auditeur, ses parenthèses rigolotes. Bref, elle est de l’intelligence sur deux pattes. Ceux qui sont fans devront s’armer de patience, elle n’a pas de roman en vue, maintenant qu’elle vit en banlieue, est maman et a son homme.

Je ne connaissais pas du tout Amélie Dubois, native de l’Estrie (Danville) qui sort des tomes comme de petits pains chauds du four, à raison de deux par année. Écrivaine par accident, parce que recluse en Gaspésie pour enseigner, s’ennuyant de ses amies, elle a écrit ses deux premiers livres coup sur coup. Pourtant, ses études en psychologie et en criminologie la destinaient plutôt à régler des cas lourds. Je retiens qu’elle aime désamorcer les clichés, que ses personnages ne passent pas des heures à magasiner, aiment la pêche et la chasse. Son humour est amusant, un peu enfantin et sa répartie est franche et directe.

Je passe au dessert : Nathalie Roy et sa Charlotte Lavigne que je suis à lire. Moi qui considère la chick lit un genre noble, j’ai voulu comprendre pourquoi cet engouement. Son métier de journaliste l’a amenée à écrire. Elle est la seule à ne pas faire de plan, déterminant uniquement la fin du roman, le chemin pour s’y rendre va au gré de l’inspiration. Elle aime transcender les règles de rigueur journalistique qu’elle a dû respecter tout au long de sa carrière. Maintenant, c’est Charlotte qui mène.

Elles s’entendent pour dire que la chick lit est une quête de l’amour, de l’homme, chantée sur plusieurs octaves. La clé du succès serait de permettre à la lectrice de s’identifier à un personnage qui vit des situations similaires, en amour, mais dans diverses situations également. S’il n’était question que d’amour, elles n’obtiendraient pas le même succès, on s’en lasserait. Les histoires d’amitié sont omniprésentes, ce que chacune n’a pas manqué de souligner, ensuite l’héroïne, qui n’en est pas une puisqu’elle pourrait être vous, est plantée dans des univers qui ressemblent à la créatrice. Par exemple le personnage de Nathalie Roy aime la bouffe, la télévision, deux univers qu’elle connait bien.

C’est une littérature joyeuse qui aide à évacuer nos quotidiens astreignants. Le personnage se met dans des situations abracadabrantes mais s’en sort (pas toujours dans le cas d’Amélie Dubois … à voir). Une chose est certaine, ces trois auteures éprouvent un plaisir fou à écrire et, d’après moi, la lectrice le capte. Nous avons tous besoin de joie et de plaisir dans la vie. Ce genre à part entière est un phénomène populaire et tout ce qui est populaire reflète qui nous sommes.

C’est curieux, après le Café sur l’écriture de soi d’hier, c’est devant ces trois auteures que j’ai réalisé le plus nettement l’absence de filtres entre elles et leur personnage principal et c’est de leur bouche que j’ai le plus clairement entendue qu’elles s’inspirent sans vergogne de leur entourage pour décrire les mésaventures de la vie.

En arrivant, une primeur aux Cafés des Correspondances, on nous offre un verre de mousseux. C’était gentil mais en avions-nous eu vraiment besoin avec ses pétillantes personnes ?

vendredi 8 août 2014

Correspondances d'Eastman : L'intime et l'écriture de soi

Catherine Voyer-Léger (veste jeans)
 Assisté hier au premier Café littéraire des Correspondances d’Eastman : Journal et autofiction : l’intime et l’écriture de soi. Beaucoup apprécié ce Café, de même que Marsi, Lucie Renaud (rédactrice en chef de La Recrue) Maxime Jobin de la Recrue et Marc-André qui y ont aussi assisté.  En présence de quatre auteurs généreux : Louise Portal, Éric Simard, Lynda Dion et Claire Legendre et une animatrice qui a su y faire en leur accordant toute la place qu’ils étaient capables d’occuper : Catherine Voyer-Léger.

Ces auteurs si généreux de soi sur papier sont extravertis, ce qui donne bien sûr les meilleurs Café, en représentation devant leurs lecteurs. Sur les quatre, c’est en définitive Claire Legendre qui reste un mystère pour moi, celle-ci est moins volubile, ou peut-être était-elle noyée par notre parlure québécoise, qui sait.

Claire Legendre sous la lumière
Très intéressante la question qui leur a été posée à savoir si pendant l’écriture de leur journal (parce qu’ils en tiennent ou en ont tous un jour tenu) ils s’imaginaient déjà être lus. Chez Éric Simard, c’est le « oui » le plus catégorique. Ce dernier, directeur littéraire de Lynda Dion et Catherine Voyer-Léger m’a fait réfléchir en racontant une anecdote. Il est directeur littéraire et à ce titre pousse les écrivains sous son aile à se dépasser, à transformer leurs textes jusqu’à en faire un produit le plus littéraire possible. Il est auteur et en tant que tel est lu par un directeur littéraire qui lui a un jour dit : non, l’approche que tu as prise ne va pas du tout. Il a dû retravailler sa matière du tout au tout pour finalement aboutir « Sur le mouvement naturel des choses ».
Vous avouerez que pour les écrivains en devenir, et même ceux qui ont brisé la frontière de la publication, c’est une leçon à retenir. Il y a du travail, beaucoup de travail derrière tout texte publié (ou devrait y avoir du travail !) que ce soit du vécu à l’état brut, de l’autofiction ou de la romance. On peut conclure que le vrai « moi » n’existe pas en littérature ou s’il existe ne serait pas intéressant.

Lynda Dion s'explique
On s’est justement posé la question jusqu’à quel point le « vrai » attirait le lecteur. Il y a divergences en la demeure mais le oui remporte. Louise Portal en a témoigné, son conjoint, auteur de récits vécus remportent assez souvent la palme des ventes après les conférences qu’ils donnent côte à côte.

Chose certaine, l’unanimité se fait autour d’une question : tout texte romancé est autofictif, parce qu’il part de soi. Celle qui va aux extrêmes sur cette question est Lynda Dion pour laquelle écrire de la fiction n’a aucun intérêt, et ce n’est pas par manque d’imagination, précise-t-elle.  Quand elle parle d’elle dans ses publications, c’est elle tout en étant pas elle et de toutes manières, la réalité existe-t-elle vraiment ? Qui peut se vanter de la posséder, puisque nous sommes tous, tant que nous sommes des interprétations de celle-ci.

Pour ces quatre auteurs, qu’importe qu’il y ait une histoire ou non, c’est leur univers perçu par leurs sens dont il est question. Personnellement, l’image d’une scène de marionnettes m’est apparue : Les auteurs à histoire articulent des marionnettes (leurs personnages), mais à ne pas s’y tromper, ce sont eux qui se cachent derrière la scène, tandis que les auteurs catégorisés « autofiction » se présentent à visage découvert. Une question que j’aurais aimée poser: comment on aborde la critique quand on se présente moins voilée sur la scène littéraire ?
Éric Simard se concentre

Mais j’en ai posé une autre : qu’est-ce qu’ils désiraient que le lecteur retiennent de leur œuvre ? Pour Louise Portal, serons-nous surpris d’entendre « l’amour et la lumière », pour Éric Simard, déranger, bouleverser, provoquer, une réponse des plus franches pour Claire Legendre, « être aimé ». Il me manque les motivations de Lynda Dion, j’avoue ne pas m’en souvenir, n’ayant retenu que son désaccord avec la prémisse de ma question qui tournait autour de l’importance accrue du lecteur pour les auteurs qui écrivent en partant de soi, comparativement à la personne qui écrit des histoires à saveur historique par exemple.

De cette rencontre, je retire pleins d’enseignements, de renseignements et de réflexions et le goût de lire et relire Louise Portal. Le 12 août, j’achète un livre québécois et ce sera La mouvance de mes jours de la très belle collection Écrire de la maison d’édition de notre grand VLB - Victor Lévy Beaulieu.

Plusieurs Café et spectacles à venir aux Correspondances d'Eastman et il y a encore des places pour vous !

P.S. : Merci à Élise Lacroix pour ces belles photos (j'avais oublié mon appareil-photo)

samedi 2 août 2014

En vrac d'août

Défendu d’abandonner
Qu’est-ce que vous diriez d’un marque-page qui vous ramène à l’ordre ? Cela fait quelques jours que vous n’avez pas lu, le marque-page vous alerte que votre livre attend. Comment peut-il vous rejoindre ? Par tweeter. Bah, tous les gens débranchés ne seront jamais dérangés. Tant mieux ! Une invention qu’il faut aborder avec le sourire, car la liberté quand on lit, c’est primordial. Je n’ai qu’à penser aux lectures imposées de mes études, elles n’avaient pas la même saveur, juste parce qu’elles s’appelaient devoir.

Passer le flambeau
Nous aimons aller à la Librairie Pantoute quand nous allons à Québec, c’est de l’ordre du rituel sacré. Quand je navigue autour des îlots de livres, je me sens bien, un genre de félicité m’envahit doucement. Je me dis que c’est peut-être cette sensation que l’on ressent au paradis ! Ce que je ne savais pas jusqu’à tout dernièrement est que chacun des employés est un patron. Le fondateur, Denis Lebrun a passé le flambeau à ses employés, les libraires. Je me dis que c’est peut-être de là que vient la sensation d’être au milieu du livre quand on déambule dans cette librairie. La passion circule dans l’air, et quand on prend une grande respiration, c’est ce qui entre dans nos poumons. 

12 août – j’achète un livre québécois
Cette initiative de deux auteurs québécois de déterminer une journée pour l’achat d’un livre québécois est à enfler comme la voile d’un navire sous un fort vent marin. Les initiateurs, un couple d’auteurs jeunesse, Patrice Cazeault et Amélie Dubé de la région de Granby ont lancé un remue-méninge collectif pour déterminer de quoi pourrait êtes faite cette journée. La dernière fois que j’ai été voir le nombre de participants sur la page facebook, j’ai vu: 4,688. Le nombre d’invités 34,982. Les médias en parlent, certaines librairies offrent des rabais (Librairie Poirier de Trois-Rivières = 20%) mais, surtout, ça touche. Les gens s’y arrêtent, en parlent, veulent des titres. Des illustrateurs ont pondu des bannières amusantes et frappantes, j’adore celle d’Annie Groovie ci-dessus. 

S’il y a une fille contente, c’est moi. Je me sens tout à coup super bien entourée, ma mission se sent moins seule. Je prédis que cette journée s’inscrira à chaque année à notre agenda collectif.
Où achète-t-on ce livre québécois ? Dans une librairie indépendante, c’est hautement préférable à mon avis, même s’il n’y a pas de recommandation officielle en ce sens. Une cause à la fois, dit-on, conservons au geste toute sa simplicité. Sur la page facebook, une discussion s’est amorcée sur le « où acheter », question intimement liée, laquelle discussion n’a été ni encouragée, ni brimée. Ce serait dommage que les personnes qui ne voient pas la pertinence d’encourager les librairies indépendantes n’achètent pas un livre québécois le 12 août, le but ultime.   

Les Correspondances d’Eastman
Belle occasion de devancer l’achat de votre livre (ça aussi, c’est permis !) en venant écouter l’auteur dans un Café littéraire, et repartir ensuite avec un roman dédicacé. Il reste encore plein de billets, peu d’activités sont combles. Empressez-vous, cela peut changer d’une heure à l’autre. Petit conseil, téléphonez pour les réserver, il n’y a pas de frais contrairement à l’achat en ligne.

Je donne champ libre aux ambassadrices entourée d’inspiration et de nature pour vous y amener :


Ci-dessous, Francine Ruel s'entretient avec une journaliste de La Presse :

mercredi 23 juillet 2014

Pomme S d'Éric Plamondon

Dure épreuve pour cette lecture, je l’ai terminée depuis au moins quatre moins, elle s’est donc estompée sous le passage du temps. Peut-être aussi parce ce que ce n’est pas une histoire comme j’ai appris à en écrire. Certains ont même été jusqu’à se demander si c’était vraiment un roman. Je n’irai pas jusque là, c’est un récit romancé, rendu par des flashs narratifs de différentes longueurs. Avec un thème  – l’arrivée de l’ordinateur par Steve Jobs.

Pour ceux et celles qui ne le sauraient pas, c’est le troisième récit d’une trilogie : le premier Hongrie-Hollywood Express (2011) mettait en scène Johnny Weissmuller, un athlète olympique, tandis que Mayonnaise est monté autour de Richard Brautigan (2012). Le point commun des trois : l’an 1984 en Amérique du Nord.

Plamondon a poussé le principe du concept dans ses derniers retranchements. J’ai lu Mayonnaise tout en ne connaissant pas Brautigan, même si on le dit en quatrième de couverture, un écrivain-culte. Tandis que Jobs, comment ne pas le connaître, nous qui pianotons sur nos claviers d’ordinateur. Le connaître au moins un peu, de nom ou de réputation.

Dans Pomme S, sa réputation se trouvera parfois confirmée, d’autres fois poussée plus loin ou, sans ambages, infirmée. Éric Plamondon a fouillé son sujet et autour de son sujet, les liens qu’il tisse le démontrent. Il y a le « avant » le coup d’éclat de la mise en marché du premier produit Apple, le « pendant » et le « après ». Tout est prétexte à lier un événement à un autre. Long tissage qui peut apparaitre comme un bric-à-brac jusqu’à ce que l’on découvre ce qui tient les morceaux ensemble, forçant l’exclamation : « Ah, mais, parce qu’il y avait un lien à la fin ? Tout serait-il lié, donc ? »

C’est de la faute à Jobs si l’avènement du premier Apple a été aussi spectaculaire, l’homme avait le sens du marketing. Une pub inspirée du roman 1984 de George Orwell passée durant le Super Bowl aura des retombées gigantesques. Cet homme n’est pas tant un inventeur qu’un génie pour créer un événement. Il a de l’audace, c’est un sans vergogne, un instable aussi. Les 113 chapitres de longueurs nettement variables ne font pas qu’allusion à Steve Jobs mais c’est certainement la partie qui m’a le plus captivée.

Il y a bien un personnage supposément central nommé Gabriel Rivages que l'on perd parfois de vue, et que l'on retrouve inopinément. Il traverse l’histoire comme nous la traversons, sans être toujours présent ; est-ce si nécessaire, après tout ! Cela donne au roman ses airs de chroniques. Des airs seulement, à ne pas oublier que l’air n’est pas la chanson !

Je  dois souligner qu’à un certain moment de ma lecture, les larmes me sont venues aux yeux, malgré moi bien sûr. J’ai perdu le contrôle de mes émotions en lisant « À toi de jouer », une des plus longues chroniques, relatant l’admiration de Gabriel Rivages devant son fils. Fait rare pour moi de m’attendrir à ce point et il fallait que ce soit dans une histoire prise à brûle-pourpoint ! Tant pis pour moi (sourire). 

Ce petit bouquin, je l’aime bien et l’ai référé à deux personnes qui raffolent des produits Apple, ça ne peut que leur plaire. Moi, je suis PC, un peu par la force des choses, comme le monde se partage entre la salade au chou crémeuse ou traditionnelle. Plamondon est un digne représentant de Jobs, qui serait fier de lui j’espère, car à entendre parler de ce bidule génial tout au long de ce récit romancé, ça m’a démangé d’en avoir un. Pour faire partie de l’Histoire, je suppose.

Mais c’est un air que je me donne, je ne chanterai pas, non, trop risqué de sortir en fausse note pour mon budget.

À ingurgiter lentement, ce roman sous forme de chroniques éparses intimement liées et tout en finesse. En définitive, un savant tissage qui nous rend moins niaiseux.


lundi 14 juillet 2014

Maggie (tome 1) de Daniel Lessard

Un journaliste qui publie un roman, ça m’intrigue déjà, que ce soit Daniel Lessard, encore plus. Voilà, c’est dit. Ce roman, je me le suis acheté (vous savez que je reçois plusieurs services de presse), c’est dire combien je tenais à le lire. Eh bien, je n’ai pas été déçue, pourtant, aux premiers chapitres, j’étais loin de mesurer l'ampleur de mon attachement. Je me languissais de Maggie, j’avais hâte de connaître celle qui joue au départ un rôle de second plan.

C’est une héroïne qui se tient loin de la perfection. Autant ses qualités sont prononcées, autant ses défauts le sont, et cet équilibre confère de la force à son caractère. Maggie est un personnage d’autant plus fort que plausible. Bref, cette histoire en trois tomes, c’est Maggie qui la fait, la balance, l’Histoire de la Beauce en ce début de 19e siècle n’a qu’à bien se tenir.

Le lecteur est convié à St-Benjamin,  petit village où se côtoient catholiques et protestants dans une indifférence respectueuse, jusqu’à ce qu’un curé rigide, fourbe et ambitieux s’en mêle. Mauvais départ pour Maggie cet enfant unique, son père absent physiquement, sa mère absente psychologiquement, l'oblige à s’élèver pratiquement seule. Elle est rapidement poussée à se dépasser, devenant maîtresse d’école à l’âge de 15 ans.

À partir du moment où elle enseigne et que le curé devient son ennemi juré, j’ai embarqué à pieds joints. Le village en entier joue sur la scène où les protestants de Cumberland Mills deviennent progressivement des pestiférés aux yeux des catholiques. Le village ne sert pas que de décor, j'ai même pensé à Sainte-Adèle des Belles histoires des pays d’en haut. Le curé, le magasin général, les polissons, les pauvres, les poltrons, le maire (le pouvoir sur deux pattes !) deviennent progressivement de vieilles connaissances du lecteur. Ces personnages hauts en couleur mettent en valeur Maggie, en la prenant en grippe par exemple, comme c'était le cas pour Séraphin. Mais là s’arrête la comparaison. Maggie ne posséde pas le pouvoir de l’argent mais un autre, celui de sa beauté insolente doublée d'une audace la portant à se sentir égale à l’homme, en ces temps où la femme est une servante de l’homme.

Par elle, les forces du mal passeront ! Elle est diablement belle et ignore tout de l’adage « Sois belle et tais-toi ». À certains moments, j’ai eu le goût de la sermonner, bref, d’être la mère qu’elle n’a pas eue. Lorsqu'elle a une idée en tête, elle fonce, même si elle défonce des murs de préjugés, des réputations ou même sa propre personne. Il n’y a pas que les autres qui peuvent lui faire du tort, elle est très bien capable de s’en faire  d'elle-même ! 

Heureusement, elle a une tante et un oncle qui l’aiment. Surtout sa tante qui doit l’aimer en pas pour rire, pour passer outre les frasques de sa rebelle. Cette avant-gardiste à tous les niveaux, ne comprend pas le concept du péché et se demande qu’est-ce que la religion apporte dans la vie. En 1914, un tel état d’esprit est révolutionnaire, surtout quand on fait l’erreur de se marier avec la mauvaise personne.

Pour qu’une histoire soit palpitante, il faut que des courants contraires s’affrontent et qu’on ne sache pas d’avance qui va gagner. On a ce qu’il faut ici, le méchant par excellence étant le curé que l’on finit par ne même plus aimer détester. C’est à peu près le seul personnage qui frôle la caricature.

On oublie totalement que cette fiction est documentée*, le style allant droit à son but ; l’amour des personnages. Les oiseaux butinent de branche en branche pour écornifler, déposés en petites tâches de couleurs sur le paysage humain. La nature est savante mais se fait discrète (fleurs, oiseaux, végétations), je ne l’ai jamais perçue décorative, plutôt en fusion avec la nature humaine. Et pour ne rien gâter, les  nombreux dialogues coulent de source. En définitive, du talent, ce monsieur. 

* Daniel Lessard est natif de St-Benjamin et son grand-père y a été maire et juge de paix. Ce dernier aurait laissé des documents et, bien évidemment que la formation de journaliste de l’auteur a dû le pousser à approfondir le sujet.

*** Daniel Lessard est attendu aux Correspondances d'Eastman, au Café littéraire "Le roman historique et l'épopée identitaire", le samedi 9 août à 10 h 00.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Lessard