jeudi 31 décembre 2009

Ma rétrospective et mes voeux

Une décennie s’achève. Quand je pense à ce dix ans, je ne peux pas tout comprendre, tout englober, il y aurait trop à dire bien sûr, juste de penser aux événements mondiaux. Je ne veux pas trop m’y attarder, est-ce vraiment l’heure de le faire, le mousseux ferait moins de bulles ce soir.

À moindre échelle, cette décennie m'a démontré combien le besoin de ne pas être seul est criant. Plus les gens sont indépendants, ne parlant pas à leur voisin de pallier, plus les familles sont restreintes (fini les douzaines d’enfants), plus les centres urbains fourmillent de monde, plus le « magasin général » a été remplacé par le « Smart Center », moins il y a de conversations animées sur les parvis d’église et plus la blogosphère s’enfle, plus Facebook fait fureur, plus Twitter trépigne de liens. Le téléphone nous suit partout, on y parle devant la caissière à l’épicerie, on « texto » devant le chauffeur de taxi, on apporte sa « vie » qui tient dans un creux de main : portable, IPod (des personnes m’ont dit que tout le précieux de leur vie était compilé là). MP3 pour transporter sa discothèque, et j’en passe, parce que je suis loin d’être techno ! Mais à moins d’avoir les yeux fermés ben dur, on réalise que la communication s’est transformée par les moyens mis à notre disposition. Est-ce les moyens qui ont transformé la communication ou la communication qui avait besoin de ces moyens pour se transformer ?

Je suis aussi frappée par le mouvement. Quand les gens se déplacent ils veulent transporter leur chez soi. Comme les tortues ! Cellulaire, agenda électronique, portable, MP3 ... faut dire que les carapaces sont de plus en plus légères. Tout est léger maintenant. Les premiers cellulaires, deux fois plus volumineux que notre téléphone sans fil porte à rire, assez lourds pour assommer quelqu'un !

J'en conclus que l’être humain démontre d'une autre manière son côté grégaire, qu'il veut absolument faire partie d’un tout ; famille, village, ville, communauté Facebook ou humanité. Si une communauté disparaît, elle est vite remplacée par une autre. On entre plus souvent en contact mais pas avec la personne devant soi, à celle qui pourrait nous regarder dans le blanc des yeux et nous rejeter sans écran. On se protège avant de se lancer dans une relation de chair et de sentiment et ça, c'est si on se lance ! On a maintenant besoin d’être encadré pour se rencontrer, les occasions « naturelles » se faisant de plus en plus rares. On s’étudie beaucoup, on prend moins de risque sur le rejet, on aime les miroirs qui nous renvoient notre reflet, de toutes manières on est sécurité avec la quantité : si c'est pas avec cette personne qu'un lien sera développé, tant d'autres sont accessibles en pesant sur un bouton. Et on contrôle de plus en plus son image.

Ceci n'est pas une critique, c'est une constatation de changement, je ne me place pas au-dessus de ces changements, par exemple, j’aime fréquenter la communauté Facebook. Je fais de l’esprit sans être obligé de me déplacer. On m’applaudit ou me commente, ou m'ignore, je socialise avec des étrangers, toujours dans ma robe de chambre et je connais des détails sur eux que je ne sais même pas de mes amis. Ça m'amuse et me stimule, c'est un jeu de communication. Tout ça pour dire que mon idée ici n'est pas de tout remettre en questions, je tente de tirer, en cette dernière journée de la décennie, une photographie du tournant qu'a pris la communication. Faut dire que je suis essentiellement une femme de communication. C’est là où je place ma passion des mots et mon désir de justice et de justesse.

Bref, de 2000 à 2010, la communication a énormément changé mais pas ce besoin fondamental: le besoin d'être aimé. Je nous souhaite donc un vent doux d’amour qui traverse nos vies, nos têtes, nos cœurs. Je nous souhaite d’aimer et d’être aimé.

lundi 28 décembre 2009

Palmarès Plaisir de lecture

Éric Simard l'a fait le premier (à mon su et vu en tout cas), Catherine l'a suivi de près. Intéressant. Le palmarès situe, englobe, synthétise, cerne. Il me semble que tout à coup, je comprenais mieux leurs lectures.

Je me suis alors dit, pourquoi pas moi !

Je ne m'attendais pas à ce que l'exercice soit si difficile ! Si difficile que je me serais bien échappé du casse-tête par plusieurs ex aequo. Finalement, quand j'aimais également, j'ai devancé le titre qui avait reçu le moins d'attention. Entendons-nous bien, je n'ai pas tenu compte du niveau de difficulté du roman, je laisse ce critère aux juges des hautes instances littéraires, j'ai seulement jaugé mon plaisir de lecture.

1 33, Chemin de la Baleine - Myriam Beaudoin
Parce que rarement une lecture m'empêche de dormir. Je me suis levé la nuit pour le lire. Le coeur m'arrêtait de battre à certains passages. J'ai pris à coeur l'attente de cette femme qui aime trop d'une manière qui m'a moi-même surprise.

2 HKPQ - Michèle Plomer
Il m'a tenu sur une vague d'ambiance douce, sensuelle, spirituelle et j'aurais voulu à jamais qu'elle se poursuivre. Je lisais lentement et relisais de peur que le roman se termine trop vite.

3 Mademoiselle Personne – Marie Christine Bernard
Le souffle court, béate d'admiration, les yeux écarquillés devant tant d'intensité autour d'un personnage. Tant d'ingéniosité aussi pour la structure du roman. Et quel style rythmé !

4 Les filles - Lori Lansens
Je refuse qu'elles n'existent pas, elles m'accompagnent encore. Se sont des amies, ces filles jumelles par la tête mais pas du tout par le coeur. Le plus grand traquenard de faux vrai que j'ai lu jusqu'à date.

5 La louée – Françoise Bouffière
Une histoire qui m'a enfiévrée. Éprise par le coeur d'un trop-plein d'émotions devant cette femme forte traitée en victime. Pour ma compassion à toutes les femmes qui ont un jour vécu de ce pareil au même de voir leur corps loué, au nom de la maternité.

6 Almanach des exils – Stéphanie Filion et Isabelle Décarie
Pour mes haussements de sourcils devant le charme de ces écritures féminines. Tant de soin à écrire la poésie qui sort par les pores du quotidien. Un bel échange d'amitié, à travers les antipodes de deux pays, le Canada et le Brésil.

7 Le discours sur la tombe de l’idiot – Julie Mazzieri
Pour m'avoir fait entrer dans un village sans contours précis où la folie rode sans contour précis, avec une écriture précise à couper au couteau.

8 Paul à Québec – Michel Rabagliati
Pour une histoire qui sent le Québec. Pour une histoire qui repose sur la progression de l'attachement. Pour cet art rare de raconter par la complémentarité parfaite entre le mot et l'image. Parce que j'ai éclaté en sanglot, ce qui ne m'arrive jamais en lisant.

9 La traversée du continent – Michel Tremblay
Pour avoir voyager à travers les yeux d'une gamine de 12 ans et d'avoir éprouvé toutes ses frousses, tous ses espoirs. Pour me reconnaître par la voie du passé de ma mère.

10 Tarmac – Nicolas Dickner
Pour le contrôle du dit, pour la divulguation de l'histoire avec une maîtrise esthétique. Pour ses personnages qui survivent à la fin du monde et au point final. Pour l'admiration du concept des 99 chapitres titrés. Pour un style unique, identifiable.

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Avez-vous fait le vôtre ?

jeudi 24 décembre 2009

Merci aux Mères et Pères Noël !

Une autre tague, de Noël cette fois, et transmise par Karine :). Je réalise combien la tague est contagieuse. Alors, je me suis dit pourquoi ne pas profiter de cette pause littéraire pour y répondre, surtout que ça parle de courses de veille de Noël, de réveillon, d'imaginaire ...

Q : Nous sommes le 24, il fait froid, il pleut, il vente, il neige. Vous êtes dans les transports, sur le point d'arriver chez vous après une dure journée de courses de dernière minute. Enfer et damnation ! Vous vous apercevez du fait que vous avez complètement oublié le plat principal et le livre collector en édition ultra limitée dont vous rêviez depuis des mois et qui est sur le point d'être épuisé. L'ennui, c'est qu'il ne vous reste qu'une heure pour préparer le réveillon et que vous aurez tout juste le temps de faire l'une des deux courses. D'ailleurs, rien n'est moins sûr ! Et puis, il faut avouer que votre journée vous a achevé(e). Que faites-vous ?

R: J’appelle toute de suite mon Père Noël personnel sur le cellulaire, et je deviens deux. Ça s’appelle communément la vie de couple.

Q : Vous voilà enfin chez vous ou chez les personnes chez qui vous réveillonnez. Cette année vous avez décidé que l'oncle Fred ferait le Père Noël. Malheureusement, il vient d'appeler pour vous dire qu'il avait rencontré l'amour de sa vie à 80 ans et partait en Indonésie pour sa lune de miel, avec une dulcinée connue deux mois auparavant à son entrée en maison de retraite. Heureusement, vous connaissez des gens célèbres, acteurs, chanteurs, sportifs ou autres (morts ou vivants) qui se couperaient en quatre par amitié pour vous. Qui choisissez-vous pour jouer Santa Claus ?

R : Au risque d’insulter un ami, René, qui fait un des plus beaux « vrai » Père Noël que je connaisse, par ses yeux pétillants de joie et sa joue rebondie et rose, je ferai venir d’outre-ciel, le Capitaine bonhomme. Et tant pis pour ceux qui seront confondus dus dus dus dus .... HO HO, j’adore jouer des tours !

Q : C'est l'heure de distribuer les crackers (biscuits de fortune) je me demande ce qui est inscrit sur le vôtre...

R : « Vous aurez besoin de respirer par le nez – même bouché – pour rester calme pour arriver à Noël en même temps que tout le monde».

Q : Les enfants sont enfin couchés ! Après avoir bien bu et bien mangé, vous décidez de finir la soirée en beauté en faisant une petite séance de spiritisme. Vous commencez en riant bien, mais soudain le tonnerre gronde, la lumière s'éteint, une lueur bleue vaporeuse s'élève au dessus de la table et vous sentez quelque chose de froid et mou se poser sur votre épaule. Que faites-vous ?

R : Je suis d’une banalité sans nom puisque je défonce le tympan de quelqu’un en hurlant sur une note stridente. Tout le monde décampe, en se bouchant les oreilles, laissé à moi-même, je ris jaune foncé. Et pour finir, j’essaie d’atteindre l’interrupteur (de tourner en rond), et m’enfarge dans les pieds du snoreau qui m’a joué le coup du rouleau de pâte à tarte sur l’épaule.

Q : Et au fait, on pourrait connaître l'identité du fantôme, vrai ou farceur ?

R : Le bonhomme Pillsbury.

Q : Enfin vous voilà le 25 au matin et vous allez déballer les cadeaux qui vous attendent depuis quelques heures sous le sapin. Quel est le cadeau inespéré que vous ne pensiez jamais recevoir et qui est là, devant vos yeux ébahis ?


R : C’est dans une enveloppe enrubannée rouge, je l’ouvre, très intriguée, pensant peut-être à des billets en destination de Venise et je découvre ce que je n’attendais plus : une garantie d’un an sur mon enveloppe corporelle avec en bonus l’assurance d’un système immunitaire boosté, repoussant tous virus ou microbes, me donnant de l’énergie à revendre et à dépenser pour continuer à aimer tangiblement tout mon entourage immédiat : bloguesque, amical, familial ... et même planétaire !


JOYEUX NOËL ! À TOUS, EN COMPAGNIE DES PERSONNES QUE VOUS AIMEZ. Je vous souhaite pas seulement un échange de cadeaux, un échange d'amour.

N.B. : Comme la fête de Noël est une date qui expire en 24 heures, cette tague s'évanouiera d'elle-même le 26 à minuit et une.

mardi 22 décembre 2009

Marie-Tempête - Dominique Demers

Je me fais rare, happée par le temps des fêtes qui nous offre tout, sauf du temps ! Et comme si j’en avais le temps, j’ai un vilain rhume. Je ne suis pas comme nos grands-mères qui disaient : Pas le temps d’être malade !

Il me semble que ça va me faire du bien de me libérer de ce roman qui a traîné si longtemps sur la table de chevet. Cette réédition de 2008 contient trois romans destinés aux adolescents :
« Les grands sapins ne meurent pas » 1993
« Ils dansent dans la tempête » 1994
« Un hiver de tourmente » 1998
Au titre de la préface de Jacques Allard « Marie-Tempête, un vrai roman », je me permets d'ajouter : un vrai roman ... pour ado !

À prime abord, je n’étais pas attirée par Marie-Tempête, un peu plus par sa suite pour adultes : « Pour rallumer les étoiles » (je craque pour le titre !). Dominique Demers, docteure en littérature jeunesse, écrivaine, animatrice, scénariste, conteuse et directrice littéraire, tous ses titres bien affichés sur la quatrième de couverture donne de la crédibilité. C’est probablement ce que s’est dit l’ami qui m’a offert les deux bouquins en cadeau de fête.

Les thèmes choisis sont typiquement ados : la révolte contre les parents, surtout la mère, le « que je suis malheureuse, aucun adulte ne me comprends », le je-m’en-foutisme des histoires d’adulte », l'amour exalté pour un garçon et tout faire pour le repousser. J’ai été jusqu’à avoir l’impression que l’auteure faisait tout pour la rendre malheureuse, juste pour nous donner des émotions fortes. Très peu d’émotions fortes pour moi, puisque je ne l’ai pas prise au sérieux. J’avais plutôt le goût de lui secouer les puces ! Et en passant, son père, aussi présent pour sa fille qu’un coloc !

Marc lui a laissé une chance. En plus, il trouvait le style, surtout quand elle décrit la nature, très réussie. Je lui donne tout à fait raison sur ce point. Des descriptions que les ados n’ont pas dû sauter puisque D. Demers manie habilement l’art de mêler les humeurs de la nature avec les émotions exaltées d’une Marie-Lune de 15 ans. Aux deux premiers romans, il y a beaucoup d’actions, ce que Marc appréciait, il restait accroché (c’est important pour celle qui lit à voix haute !) mais au troisième, est-ce parce qu’il a été écrit quatre ans plus tard, l’histoire se présente comme une île qui se serait décrochée de ses continents. En gros, c’est la détresse absolue de Marie-Lune suite à une autre fatalité du destin (il s’acharne vraiment sur elle mais ça me semble tellement évitable), la fuite et la retraite dans le bois chez les sœurs cloîtrées. Une première prise de contact avec le silence et Dieu. Contrairement à Marc, j’ai préféré ces préoccupations moins typiquement adolescentes, moins clichés, sans pour autant digérer sa personnalité de jeune demoiselle qui s’acharne à tout faire pour se mettre dans le trouble. Pourtant le destin s’occupe déjà très bien de le faire.

J’suis méchante avec Marie-Lune, n’est-ce-pas ? C’est vrai. Comprenez par là qu’il y a une réussite de l’auteure qui a créé une adolescente « pure fibre ». Parce que l’on va se le dire tout à fait entre nous, parfois ils sont quand même un peu ... euh, comment dire, énervants non ? Donc, il est à gager que lu par ceux à qui s’adressent ce roman, ça doit chanter un autre air que le mien. Autre point un peu dérangeant, ça sentait le désuet (années 1993-94) surtout dans la relation parent/enfant ; pas assez en arrière de soi encore pour y trouver un réel charme.

À part de ça, ça va bien ! Pour rallumer les étoiles, comme Marie-Lune est adulte, nous le lirons (quant à l’avoir !) afin de vérifier si elle a grandi en sagesse, autant qu’en âge. Mais pas tout de suite, non, non, pas tout de suite !!!

mercredi 16 décembre 2009

"C'est trop littéraire"

Il commence à flotter un air de vacances, écoutez ... écoutez, même dans le silence de ma montagne, je l’entends.

Alors, jasons.

Avant tout, un rappel. Un rappel de textes. Vous aimez vous exprimer par l’écrit et vous aimez Léonard Cohen, je vous rappelle que la date pour remettre vos textes est fin janvier. Les détails donnés dans le billet « Vous aimez Léonard Cohen ». N’hésitez pas, l’équipe Septentrion est clair, ils attendent encore vos textes. L’inspiration vous attend au pied de votre arbre de Noël, ça peut être le cadeau que vous vous faites. Ça fait vacances, avoir du temps pour écrire !

Je m’dis aussi que c’est beau lire, c’est se remplir lire, mais un moment donné, personnellement, j’éprouve le besoin d’évacuer. Alors, j’écris. Cela n’a pas besoin d’être estampillé « excellent », sinon, c’est le blocage. Enfant, nos parents, nous donnaient une feuille blanche et disaient « dessine ! ». L’enfant ne se disait pas, mais voyons, je ne sais pas dessiner ». Écrire, c’est s’exprimer en pouvant effacer sans que l’autre nous voit ! De vive-voix, c’est plus difficile de dire, attention tout le monde, je recommence ma phrase, elle était maladroite !

Ça m’amène à une de mes réflexions cette semaine qui ressemble à une question ; qu’est ce que ça veut dire un texte littéraire et donc, TROP littéraire ! Ceux qui me suivent de près, se souviendront qu’une personne s’est fait refuser un manuscrit sous le prétexte qu’il était trop littéraire. Ça parait insensé à prime abord. Quand je suis perplexe devant des expressions et leur côté péjoratif qui arrive dans notre langue sans crier « attention, j’arrive ! », je vais frapper à la porte du Petit Robert, un monsieur spécialiste de la base et il dit à ce sujet : expression littéraire : opposé à courant, familier, populaire, didactique.

Ça démêle un peu mes cartes. Hier, j’ai commencé à lire un roman en me posant cette question : est-il littéraire ? Ben voyons, Venise, tombes pas dans ce piège ! C’est de la littérature, c’est donc littéraire, non ? On dirait que trop simple. Ce que je voulais me signifier, c’est que l’écriture était familière, avec de l’humour, à la va comme je te parle, ça coulait, c’était amusant, l’histoire avançait. Dernièrement, j’ai dit à une amie, de la littérature légère. D’ailleurs, toute une discussion a suivi, il y aurait un côté péjoratif accolé à « léger ». Mais je reviens au roman « trop littéraire », j’imagine, (remarquez bien, j’ai dit j’imagine), on doit vouloir dire par là ; texte verbeux, lourd, parsemé, comme disaient nos aïeux, de mots à 30¢ placés là pour épater la galerie et, j’ose rajouter, une inertie dans l’action. Voilà mon interprétation du « trop littéraire » ... est-ce la vôtre, ça c’est une toute autre histoire. Le côté péjoratif a le désavantage que chacun y ajoute son interprétation et ça finit par faire un consensus tacite, dont on ne retrouve nulle part des traces (qui aura l’idée un jour de colliger un dictionnaire des mots à sens péjoratif ?)

Mais où je m’en vais avec mes cliques et mes claques moi là ? Je vous assure que je n’ai pas d’endroit précis où me rendre, je réfléchis à verbe haut devant vous, en ne sachant même pas d’ailleurs si c’est littéraire.

La Femme fragment et Le discours sur la tombe de l’idiot, ces deux derniers romans lus, je les ai trouvés très littéraires (pas trop, très), dans le meilleur sens du mot. Mais je me dis qu’un mot qui a son meilleur a sûrement son pire. Donc, trop littéraire, ça existe pour moi. Dans ma tête. En dehors de ma tête, je me demande qu’est-ce que ça a l’air ?

Comme pour vous, par exemple ...

mardi 15 décembre 2009

La Femme Fragment - Danielle Dumais

La cloche du 15 du mois à sonné ! À La Recrue, c'est La Femme Fragment qui passe au crible. Je dirais que ce qui ressort des critiques est du questionnement. Genre de roman idéal pour un club de lecture dont certains romans servent de prétexte pour ouvrir vers des horizons psychologiques ; la connaissance de soi qui mène tout droit à la connaissance de l'autre. Vous verrez, je suis (anormalement !) succincte dans ma critique, exprès pour vous laisser du temps pour aller lire mes pairs ...

Caroline, enfant insouciante, élevée par un père âpre et âgé déjà retiré de son parcours de vie, s’élève et grandit dans l’ignorance de ses racines. Enveloppée par l’infini amour de son père, elle est heureuse. Sa quête de soi commence par la procession de ses expériences amoureuses qui, mystérieusement échouent.

J’ai été subjuguée par la relation étroite entre ce père âgé, un coquillage fermé qui s’ouvre tout grand pour accueillir un bébé qui grandira sous son aile et éclairera sa vie. Malgré son côté rébarbatif, je me suis attaché à ce père, plus qu’à la fille. J’ai également beaucoup apprécié l’apport bien nuancé d'un personnage « ordinaire », Pauline, sans emploi du temps autre que vivre son état d’être humain sincère, fidèle et aimant.

J’ai suivi la fille, astre principal de l’histoire, captivée par les planètes qui tournent autour d’elle, les yeux écarquillés devant les couleurs franches et diversifiés des hommes qui traversent son ciel. J’ai beaucoup apprécié la parole donnée à chacun des personnages, micro sous leurs bouches ouvertes recueillant leurs pensées intimes et mon intérêt s’est rapidement transformé en hâte de recevoir la version de l’autre qui n’est pas Caroline. J’ai admiré l’habileté et la solidité des enchaînements.


Sous le ciblage d’une quête identitaire, cette histoire touchant plusieurs thèmes par ses personnages et situations laisse supposer une auteure qui a énormément de vécu et qui a voulu tout mettre dans son roman. J’avoue que ce « tout mettre » est réussi puisqu’il a maintenu mon intérêt qui s’est seulement un peu affaibli à la fin. La dernière histoire d’amour passionnel présentée comme une fatalité à traverser n’était peut-être pas bien servi par le ton distancié. C’est à cette étape que j’ai ressenti un peu de lassitude devant cette quête acharnée de s’analyser, peut-être parce qu’à la longue, l’idée qui en ressort n’est pas celle poursuivie : à ne pas connaître ses racines, on serait bien plus heureux qu’à les connaître !


J'oubliais de mentionner, peut-être le plus important pour moi, j'ai beaucoup apprécié le style. C'en est un où le verbe est fourni, on aime le mot, décrire est une passion, ce qui donne des passages succulents, certains que j'ai relus.
Je n'hésiterais pas une seconde à relire cette auteure.

La Femme Fragment, Danielle Dumais, Collection Première Impression, Québec Amérique, 416 p.

dimanche 13 décembre 2009

7 confidences dont un mensonge

Je me suis fait taguée par Blue qui, elle, s’était fait taguée par Anne. Blue continue de répandre le virus, en taguant Maxime. La tague, c’est contagieux et celle qui court est amusante : Déclarer un mensonge parmi 7 confidences et bien sûr tout le monde s’amuse à détecter le mensonge.


7 Confidences et 1 mensonge :

  • Je rêve (en dormant) souvent que je cherche un endroit pour dormir.
  • Depuis quelques années, je collectionne les signets
  • J’aimerais expérimenter une séance d’hypnotisme pour me faire passer mon goût du sucre.
  • Ma mère me surnommait « Sauterelle »
  • Je déteste manipuler de la terre.
  • Je ne peux porter de parfum floral, j’y suis allergique.
  • J’ai les cendres d’un étranger chez moi.

Je tague mes Pigeons chéris : Marsi, (quitte à lui prêter La Babillarde ! P.G. Luneau. J’y rajoute Claudel, Pierre H. Charron, Suzanne, Andrée Poulin et Étolane. En espérant qu’ils attrapent ce virus sympathique ... à moins qu’ils soient vaccinés !

vendredi 11 décembre 2009

Le discours sur la tombe de l'idiot - Julie Mazzieri

Ça y est, je l’ai lu ce fameux Prix du Gouverneur Général 2009 !

J'ai l’impression que j’aurai de la difficulté à vous rendre ce roman avec justesse, tellement d'ailleurs que j’en éprouve quasiment le trac. Dans ces moments-là, je m’accroche à la quatrième de couverture qui est justement très pertinente. J’avoue même qu’elle m’a aidée à situer la fin : « Si le roman possède une « essence policière » incontestable, il s’agit d’abord et avant tout d’un roman de la culpabilité. Tout en s’attachant au sort de Paul Barabé, le récit présente l’histoire de Chester « saisie du dedans » : une histoire commune non pas appréhendée dans la perspective rassurante des intentions et des actes, mais une histoire se rapportant plutôt aux faits principaux qui accablent ce village sans idiot ». (Cet extrait représente environ un quart du quatrième).

J’ai habité ce village quelques heures, vraiment habitée, j’y étais. Tout au long de mon séjour, les questions ont criblé mon esprit et j’ai ressenti une tension, en tout cas, je n’étais pas détendue. Habituellement, je trouve les villages rassurants, tout le monde se connaît, on en fait le tour rapidement, l’esprit le contient. Mais pas Chester dont l’ambiance dégage du mystère, pas celui qui est opaque, celui qui titille l’esprit, qui l’agace continuellement. L’histoire me laissait peu de temps pour réfléchir dans mon état de fébrilité d’en vouloir plus, toujours plus.

Pourtant, dès le départ, on connait les malfaisants qui se débarrassent de l’idiot. On ne cherche pas l’assassin mais on cherche quand même ; la vérité des personnages, d’y voir plus clair. Le style et la manière de raconter est à ce point efficace que j’ai monté un film dans ma tête ; c’était sombre, je n’y ai jamais vu le moindre rayon de soleil ! Certaines perles langagières me sautaient aux yeux et c’est bien la seule chose qui brillait dans cette noirceur ! De la noirceur, non pas celle qui appelle la déprime, le dégoût oui peut-être, mais surtout la dureté des sentiments, l’ignorance crasse, l’inconscience mais pas la candide, les victimes malignes, l’exploitation de la bonne volonté, la méfiance impitoyable vis-à-vis les étrangers. Et toujours ce vent de folie qui guette, qui rôde, qui peut s’emparer d’un esprit sain, même celui du lecteur ! Pris par l’effet d’entraînement, les secrets, la force vive de la rumeur, nous déambulons avec des personnages typés d'un village classique, mais représentés avec une unicité de langage concis, allant droit au but par l’appel de l’image.

Le monde de cette auteure est original, et c’est ce genre de roman qui me fait demander ; comment fait-elle pour vivre avec des histoires comme ça dans sa tête !? Tout au long de ma lecture, j’ai ressenti de l’inquiétude, et la fin ne m’a pas replacée dans mon monde rassurant, je continue à me poser des questions. Et peut-être après tout que mon rationnel s’est fait avoir par les émotions, je ne m’en défends pas, ça signifierait qu’il a été pris en otage par une histoire à l’ambiance forte qui entraine tout sur son passage. Cette auteure n'est pas née d'hier, jamais je croirai ! Je l'imagine facilement avoir plusieurs embryons d’histoires dans ses tiroirs. Enfin, je l’espère !

Le discours sur la tombe de l’idiot – Julie Mazzieri, Éditions José Corti, 245 p.

mardi 8 décembre 2009

La deuxième Vie de Clara Onyx - Sinclair Dumontais

Un roman que quelques personnes avaient prédit que j’aimerais. C’est vrai que d’emblée je me suis ouverte à la proposition de l’auteur qui réinvente les règles du jeu sur Terre. Je n’ose pas vous divulguer lesquelles puisque justement on les apprend progressivement en suivant le fil d’un interrogatoire avec divers personnages, tournant autour de l’emblématique, charismatique, ensorcelante chanteuse de tous les temps ; Clara Onyx. Avec son impresario, parolier et amant, Sydney Payne, ils seraient à l’origine s’un style musical « Gospel Next » qui a fait fureur. Une puissante vague ayant marqué une époque.

Voilà pour le fond. La forme, je l’ai dis, est un interrogatoire qui se démarque de tous les interrogatoires par les questions non dites, à nous de les deviner par les réponses. Un style fluide, extrêmement facile à lire et même s’il y a quelque chose, trop, il s’avale goulûment, loin de savourer, on mastique à peine. C’est le pendant d’avoir choisi la forme interrogatoire, forçant à un usage constant du dialogue. En considérant cette contrainte, l’auteur s’en sort très bien, c’est habile. La progression de la divulgation des renseignements est intéressante, on a le plaisir d’être perdu et qu’ensuite le tout s’éclaircisse. Les personnages sont typés, une belle brochette. Pour la réinvention des règles de la Vie, l’idée est intelligente et je l’aurais probablement plus appréciée si je n’avais vu le film « Benjamin Button ». En plus, les personnages étaient prévisibles au point que la fin le devenait. Pour moi, en tout cas.

J’ai eu de la difficulté à croire à la force de frappe du Gospel Next et à l’extrême popularité du couple. En fait, je devais même m’aider en pensant à Céline et René ! Je ne suis pas arrivé à les prendre au sérieux, mais peut-être est-ce voulu, peut-être que cette histoire n’est qu’une farce bien tournée. Et pourquoi pas ?

Histoire fantaisiste, bien menée que je compare à un bonbon qui fond rapidement sur la langue sans laisser de goût particulier.

La deuxième Vie de Clara Onyx, Sinclair Dumontais, Septentrion, Collection Hamac, 179 p.

samedi 5 décembre 2009

Vric à Vrac

Je n’en reviens pas, une autre bonne nouvelle ! Pour la Pastèque, pour nous Québécois, et bien sûr pour Michel Rabagliati :

Paul à Angoulême
Paul quitte Québec. Direction Angoulême, capitale mondiale de la BD. La maison d’édition La Pastèque annonce, avec une fierté tout à fait légitime, la présence de Paul à Québec parmi la sélection officielle du Festival international de la bande dessinée. Jamais BD québécoise ne s’était retrouvée dans cette prestigieuse liste. L’événement existe pourtant depuis 1974 ...
(Suite de l’article, dans Le Libraire ...)

La Lucarne à Luneau
« Québec » « BD » «Casterman » « Collectif » ... s’cusez, je pense en tags maintenant (!) m’amène au Pigeonographe, directement dans La Lucarne à Luneau. Cette lucarne, où Luneau scrute les BDs à la loupe avec ce charmant mixte de sérieux et d’humour bon enfant (je comprends donc, c’est notre ami !). Sa Lucarne se présente maintenant plus clairement puisque notre webmestre, Maxime a apporté des améliorations notables. Les petites trappes de A à Z s’ouvrent et on peut piger dedans. Cette semaine : Québec, ville en quatre temps. Luneau a promené sa loupe au dessus de Québec, un détroit dans le fleuve où quatre duos scénariste/dessinateur présentent la ville de Québec chez Casterman. Juste à côté, chez sa voisine La Babillarde, il y a maintenant des tags, et des plus, plus, plus à découvrir. En passant, lundi, je vais y relater notre fin de semaine passée au Salon du Cadeau de Eastman (avec photos à l’appui) où Marsi offrira son album avec dédicace, entre autres.

Ça a pas de prix !
Bon, me semble que ça fait bien une semaine que je n’ai pas parlé de Prix littéraires. Ça n’a tout simplement pas de bon sens, je me néglige !! Ça fait pourtant quelques jours qu’ils sont sortis, et ils ont de différents qu’ils dépendent de nous. Des votes du public. Pas la catégorie La Relève cependant qui, elle, dépend d’un comité. Pour voterez si ça vous chante (il va y avoir des extraits, des fois que vous n’aurez pas tout lu ... hum, hum), j’apporte à votre attention les titres pour saisir l'occasion de se rafraîchir la mémoire à nos auteurs, en profiter pour en découvrir aussi, et pour la petite phrase folichonne qui les représente. Je me suis retenue de ne pas faire un quiz pour les accoler au bon auteur mais là, franchement, cela aurait trop dur. Quant à moi, je pense que j’aurais eu zéro, tellement c'est imprévisible.

PRIX DU PUBLIC - Archambault

Les chroniques d’une mère indigne
"Caroline Allard aime bien jouer des tours"

Le travail de l’huître
"Jean Barbe ne déteste pas se coucher tôt"

Êtes-vous marié à un psychopathe ?
"Nadine Bismuth ne partage en aucun cas son ordinateur."

Un enfant à ma porte
"Ying Chen aime bien paresser en lisant « À la recherche du temps perdu"

Tarmac
"Nicolas Dickner savoure la vision du gourou d’Apple"

Morlante
"Stéphane Dompierre dort mieux dans un cinq étoiles qu’à la belle étoile"

Du bon usage des étoiles
"Dominique Fortier a parfois tendance à perdre le nord"

Les 7 filles d’Avalon
"Isa-Belle Granger est une piétonne exemplaire"

LECTODÔME
"Bertrand Laverdure aime écrire en costume d’Adam"

Le ciel de Bay City
"Catherine Mavrikakis est désemparée devant la haute technologie"

L’arracheuse de temps
"Fred Pellerin peut faire des miracles avec du Boursin"

HKPQ
"Michèle Plomer rêve de découvrir une cure miraculeuse pour aider l’humanité"

PRIX DE LA RELÈVE - Archambault

Ilû - Lhomme venu de nulle part
"Pierre Barthe aimerait bien se ressourcer au Yukon."

Les traversées de Solange
"Peggy Bourque Ouellet use parfois de procrastination"

Peut-être que je connais l'exil
"Annick Charlebois rêve d’exploits équestres"

Le marais, allégorie d'une existence partielle
"Richard Dallaire a toujours des provisions de la sauce à Mama"

La vierge dans la cité
"Raja El Ouadili raffole de fine gastronomie"

Raphaëlle en miettes
"Diane Labrecque peut pondre des textes, mais pas encore des textos"

Extraits du carnet d'observation de la femme
"Rodolphe Lasnes encourage la compagnie du lézard comme animal domestique"

Un chien de ma chienne
Mandalian garde toujours les rouges pour la fin"

Sonate en fou Mineur
"Eloi Paré optera pour le boa constrictor lors de sa réincarnation"

++++
Pour plus de détails sur les dates, règlements, les votes, c'est ici.

lundi 30 novembre 2009

Mademoiselle Personne - Marie Christine Bernard

Avant-hier, une personne m’a demandé pourquoi je lui recommandais chaudement la lecture de Mademoiselle Personne et j’ai à peu près répondu « euh, bais ... parce que c’est bon ». J’ai espéré que mes idées s’affinent afin de mieux les partager avec vous. Faut dire que cette histoire ne se raconte pas comme une autre, parce qu’elle est unique, alors repose sur moi la pression d’en donner un compte-rendu unique, tentant d’être à la hauteur de cette auteure.

Mademoiselle Personne, c’est Céleste, une jeune femme fascinante et ce n’est certes pas elle qui l’affirmerait, mais les hommes qui gravitent autour d’elle, pour sûr ! À commencer par Justin, un journaliste, instantanément amoureux de cette étrange qui parle à la mer. Will, un capitaine pris en otage par cette sirène sensuelle. Émile Bourgeois, un politicien ratoureux à l’étroite vision aspirée par cette âme grande. Un chapitre est consacré à la vision de chacun de ces hommes, le dernier donnant la parole à Céleste, celle qui chamboule les cœurs seulement en étant qui elle est. Ils sont sous son charme magnétique, son père également, même s’il n’a pas son chapitre à lui, et sa compagne au quotidien, sa fidèle, silencieuse, son ange veillant, Marie l’indienne.

Céleste, Gaspésienne aérienne, butée, un de ces personnages dont on a envie de dire, il ne s’invente pas. Elle existe et existera toujours, elle s’impose au lecteur. Une de ces filles femmes qui agissent, mues par l’instinct, qui parle par le silence des gestes. Dès les premières lignes, on se coule dans un univers mystérieux qui se décèle par la poésie du geste. Le ton raconté a une constance rassurante, il glisse sur la méchanceté, le tragique, aussi libre que sur la complicité et les chants amoureux, la conteuse raconte, à vous d’y réagir comme bon vous semble.

Comme une montagne, Mademoiselle Personne trône et son contour varie selon l’angle de qui la regarde et selon l’éclairage diffusé par les strates de sa vie. Il y a du rebondissement dans cette histoire, du surprenant, méfiez-vous des mers à l’apparence calme, sous son étale sommeillent des réalités insoupçonnables. Céleste accrochée à sa mer où se mire l’infini, quel sentiment, diriez-vous, quand il est intense, fouille et transcende le fini ? L’amour, bien sûr l’amour ! Ce puissant sentiment qui dévaste la volonté et qui nous tient en vie. Cette histoire en contient plusieurs, de ces amours qui étreignent le cœur. De sublimes scènes de sensualité fougueuse nous ancrent à la terre. Des visions célestes nous font décoller au-dessus des nuages. Des odeurs de mer nous noient l’esprit.

Après les trois chapitres sur ses hommes, arrive ce tête-à-tête avec Céleste, lequel m’a un peu déstabilisé au départ. À travers les yeux de ses hommes, elle était géante de mystère. De l’entendre directement, une certaine tension tombe. Je n’ai pu m’empêcher de penser à la perception de soi quand on se regarde dans le miroir, il y manque cette dimension palpitante qui jaillit du regard des autres posé sur soi. Malgré ce choc momentané, l’intérêt s’attèle de nouveau par le style de Marie Christine Bernard qui s’enfle comme un voile au vent, jusqu’au quai.

Le style de cette auteure est une expérience en soi, elle interpelle le lecteur, le place en témoin, l’amène au large par une voix joyeuse de conteuse. J’ai été prise à bras le corps, elle m’a fait décoller de la rive de mon continent, obligée à visiter la mer de son monde. Et je me suis laissé engloutir ... pour une Venise quand même !

Comme je comprends ce Prix France-Québec qu’elle a plus que gagné mais mérité ! Ce que je comprends moins est le silence des médias sur ce roman. Curieux et triste, parce que par ce roman, Marie Christine Bernard mérite amplement d’être prophète en son pays !

17 décembre : D'autres critiques se sont rajoutées :
Maxime Jobin : Étincelle de mer
Voir / Jean-François Caron : Mademoiselle Quelqu'un

Mademoiselle Personne - Marie Christine Bernard, Hurtubise HMH, 319 p.

mardi 24 novembre 2009

Mon dimanche au Salon

Nous sommes arrivés à la dernière minute, je crois que cela faisait bien l’affaire de Marsi d’aller tout de suite s’installer à sa table ... déserte. Je suis d’ailleurs retournée le voir à quelques reprises, je ne voulais pas qu’il se sente esseulé, parmi la foule, ce n’est pas recommandable pour une psyché d’auteur ! Pourtant du côté des maisons d’éditions pour jeunes, c’était l’effervescence. Je ne pouvais quand même pas faire la gendarme et diriger le flot des familles vers la pile de Miam miam fléau. Je me suis donc intéressé à une file d’une autre bande dessinée pour les jeunes : « Les nombrils » de Delaf et Dubuc. Je voulais mon quatrième tome ! Je sais, je ne suis pas la clientèle cible et mon attachement à cette série a commencé parce que c'est moi qui l'ait découverte ... pas Marc ! Et, il faut le dire, c’est un couple de Magog et qui plus est, à la bouille super sympathique. J’ai assisté par accident au lancement de leur deuxième tome, mais je n’ai pas pu attendre ma dédicace. Je voulais me reprendre dimanche avec le quatrième, mais déjà à 13 h 25, cinq minutes avant le début des dédicaces, les guides étaient catégoriques : la file est fermée. J’ai même dû consoler une dame qui clamait avoir acheté son album pour rien !!!

Je n’ai pas pleuré, j’avais trop d’options pour me distraire. Par exemple, je tenais mordicus à rencontrer Jean-François Beauchemin et faire autographier « Cette année, s’envole ma jeunesse » (éviter de donner en cadeau de fête !). Cet auteur pour lequel j’ai eu un coup de foudre avant même de le lire, il fallait bien que j’aille vérifier pourquoi, même si quatre ans plus tard. La fabrication de l’aube m’avait fait un effet bœuf et je n’ai pas attendu la reconnaissance populaire ou des libraires puisque le jour où je l’ai acheté, on a dû aller le chercher en arrière-boutique. Je voulais le lire tout de suite, c’était une urgence. C’est une lecture qui m’a frappée, entrée en moi pour ne plus jamais en ressortir. Je lui ai d’ailleurs transmis cette information. Je me suis instantanément sentie à l’aise en sa présence. Il pose des questions, en général, j’aime les personnes qui posent des questions mais si, en plus, elles me font réfléchir, j’adore ! J’apprécie la lucidité, mais j’apprécie encore plus un regard décollé de soi, en union avec la vie qui bat, et c’est ce que j’ai vu et senti en lui. Et cela, en 5 ou 10 minutes, je ne sais pas, il n’y a plus de temps en ces circonstances.

Notre entretien aurait pu être plus long mais un peu avant mon tour, j’ai vu déambuler Michel Jean, j’ai agrandi les yeux, il s’est arrêté et est venu me parler. Je dois tout de même un peu ressembler à ma photo, malgré le port de mes lunettes ce jour-là. Échange aussi bref qu’intense qui m’a laissé apprécier sa lucidité, un homme loin d’être dupe. Intelligent, quoi. J’ai hâte de le relire, il paraitrait que le personnage ne sera pas un journaliste, comme dans Un monde mort comme la lune.

Entre mes visites régulières à mon chum, pour vérifier son humeur, j’ai aperçu le fameux numéro du magazine Entre les lignes sur la Relève littéraire. Profitons-en, me dis-je. La gentille dame me fit rapidement comprendre qu’il était plus avantageux de m’abonner. J’aurais ce numéro gratuitement, le numéro du mois et un sac en toile. Et la participation à un concours ... Je suis partie, je me sentais riche :-)

Vous ne savez pas ce que j’ai manqué ? Marie-Éva de Villers, l’auteure du Multidictionnaire. J’ai quand même été demandé si elle avait réellement offert une séance de signatures la veille. Un dictionnaire dédicacé !? Ça m’impressionne moi ! Et j’admire cette femme que j’ai manquée aux Correspondances d’Eastman. Quant à parler des rendez-vous manqués, il y a celui avec l’auteure jeunesse Andrée Poulin, laquelle je tenais à remercier en personne d’avoir parlé de Miam miam fléau sur les ondes de Radio-Canada. J’ai quand même acheté Mon papa ne pue pas ! pour donner à La lecture en cadeau. J’ai aussi manqué Jean-Simon DesRochers dont je voulais me procurer son premier roman "La canicule des pauvres".

J’arrivais juste à temps au stand La Pastèque pour voir Michel Rabagliati embrayer sa séance de signatures, accueillant la première personne derrière ces fameux cordons que Marsi avait vu s’installer pour le père des Paul ... peut-être qu’un jour, on en installera pour mon Marsi ! Je le lui souhaite. Je l’ai trouvé juché sur un tabouret, à côté de la caisse, il terminait sa dédicace avec le sourire. Il semblait satisfait. Fiou ... Il m’apprit le plus posément du monde que Sandra était venue. J’ai failli défaillir... Quoi, Sandra, la vraie de vraie Sandra ... Gordon ?!? Oui, me répondit-il très calme pendant que moi, j’étais en proie à un puissant tumulte intérieur ... je l’avais manquée ... manquée Sandra de la Cour à Scrap ? Heureusement qu’il rajouta, elle attend dans la file de Michel R. Une fille dans une file ... euh ... j’ai repéré une femme et je me suis convaincue que c’était elle, jusqu’au moment où elle apparut devant moi. Une blogueuse que je fais plus qu’admirer, que j’affectionne. Elle est partie avec un Miam miam fléau et moi avec un délicieux souvenir de notre brève rencontre (elle n’est pas trop friande des foules !).

C’est ainsi que s’est terminé notre expérience Salon. Surveillez Le Pigeonographe, bientôt j'y rajouterai un billet sur le Salon de Marsi. Je vous laisse sur une déambulation au Salon le dimanche vers 11 h 00 - vidéo audacieuse, gracieuseté de l'auteur Jean-Simon DesRochers :

lundi 23 novembre 2009

Mon samedi au Salon

Nous sommes arrivés trois heures avant le début de la séance de dédicace de Marsi avec des interrogations très différentes : Lui se demandant quoi faire pendant tout ce temps et moi, comment arriver à tout faire pendant ce temps ! J’ai commencé par le plus urgent, il restait une demi-heure aux séances de signature de Michèle Plomer et Claudette Guilmaine, auxquelles nous devions chacune un Miam miam fléau dédicacé, acheté pendant le Salon de l’Estrie. Fait cocasse, quand nous sommes arrivés auprès de M. Plomer. elle était justement à parler de Marsi, conseillant son album à une connaissance (qui est d’ailleurs venu l’acheter). Quel hasard, quel accueil, quelle générosité !

Comme nous étions à proximité, j’ai voulu, accompagné de Marc, faire un petit coucou à Nicolas Dickner et à Antoine Tanguay, éditeur d’Alto. Chacun de leur côté, absorbés par une intense conversation, je n’ai pas osé les déranger. C'est à ce moment que nous nous sommes séparés, Marc un peu inquiet de me laisser à mon sort de femme qui a plusieurs sens, mais pas celui de l’orientation ! Y avait-il de cette peur de tourner en rond dans ma décision de choisir la file la plus longue... un interminable serpent coupé en deux, pour lequel j’ai eu beaucoup de difficulté à trouver la fin de queue. J’hésitais à me rajouter à cette interminable file, me voyant inquiète et découragée, un homme lanca : "une minute chaque, il va y arriver !" Les guides venaient régulièrement compter et recompter les personnes afin que toutes aient le temps de recevoir l’illustre signature de LA vedette. Si vous n’avez pas encore deviné l’énigme .... Bien sûr que je parle de sieur Dany Laferrière qui attire les foules cette année... Son année ! Habituellement, je préfère rencontrer les auteurs qui reçoivent peu d’attention mais je suis tout de même contente de l’expérience. En file, j’ai lu, écouté les gens parler entre eux, interrogé une jeune de 18 ans, impatiente, disant aimer beaucoup sa mère pour se taper une telle attente, répétant à son cellulaire que ça achevait. J’ai bavardé avec une dame d'environ 70 ans qui lisait « Paul à Québec » de Michel Rabagliati, destiné à sa bru pour Noël. J’éprouvais la sensation d’être au cœur de l’événement, d'une vague, me changeant d'un penchant pour la marge. Le referai-je ? Pas sûre pantoute ! Malgré son sourire, la fleur qu’il dessine à chacun, malgré l’inscription « belle Venise », de voir un homme à l’intelligence si expressive, réduit à cet automatisme de la communication n’a rien de très palpitant, ni pour lui, ni pour moi. Après 70 minutes, enfin libérée, je ne marchais pas, je volais, mais pas assez haut pour ne pas remarquer une Nadine Bismuth, seule, assise derrière sa table à dédicace. Un peu intimidée, je me suis arrêtée pour simplement lui dire que je la lisais et que je l’aimais. Je ne sais pas pour elle mais, moi, ça m’a fait grand bien !

Était venu le temps de reposer mes jambes devant une bouteille de jus (à 3.95 $ !), accrochée au programme des dédicaces, j’ai tenté d’ajuster mes désirs de rencontres avec la réalité des horaires : Éloi Paré et son Sonate en fou mineur, Monique LaRue, L’œil de Marquise, Marie-Christine Bernard pour mon roman en cours de lecture « Mademoiselle Personne ».

J’ai commencé par Éloi Paré. Belle rencontre où j’ai fortement senti le vouloir, la passion de cet écrivain qui veut réussir, se faire un nom, avec une réserve empreinte d’une grande sensibilité. En lui parlant, je n’avais de cesse de penser à Marsi. Deux hommes qui me sont apparus assez semblables. Son épouse était présente, son fils de 12 ans. Je n’ai pas pu m’empêcher d’ouvrir l’album que je transporte toujours avec moi. Elle s’est montrée intéressée et a tenu parole, venant encourager Marsi. Cet échange vibrant entre humains m’est resté accroché dans le cœur.

Avant d’acheter son roman, je suis passé devant la table de Monique LaRue : « J’arrive vous voir bientôt ! » Quinze minutes plus tard, je dépose L’œil de Marquise devant elle et attend ma dédicace. Avec un large sourire, elle s’exclame : « Vous êtes vraiment revenue ! ». Je lui explique que la description de son roman m’a frappée, qu’une voix intérieure m’a ordonnée de le lire. Elle est conquise. Je suis stupéfaite de réaliser que c’est une auteure qui est loin d’en être à son premier titre (une des invités d’honneur du Salon), pourtant ce n’est que récemment que j’ai entendu parler d’elle. Quand vais-je arriver à connaître tous nos écrivains importants ?! On se quitte sur cette déclaration surprenante : « Avoir su que le prénom Venise existait, j’aurais appelé mon roman L’œil de Venise » ... Je me demande encore si mes oreilles ne m’ont pas joué des tours !

J’ai terminé ma tournée avec Marie-Christine Bernard. Ça fait un peu bizarre de demander une dédicace pour le roman que l’on est à lire. Elle s’y est prêtée de bonne grâce, une femme ouverte, extravertie, répondant plus que généreusement à mes questions. J’en parlerai dans mon bilan de lecture. La surprise, le bonus, la prime, fut de découvrir à ses côtés, Diane Labrecque, auteur de Raphaëlle en miettes. Nous avons bavardé avec enthousiasme de poésie, d'impressions de lecture et autres sujets. Que puis-je dire de plus que le courant passait ?

En compagnie de Marc qui, entretemps, avait terminé ses dédicaces, nous nous sommes rendus au kiosque Septentrion, voir Éric Simard , auteur et directeur de la Collection Hamac. Des accolades chaleureuses, le plaisir de présenter Sophie Imbeault à Marsi, et du coup, la rencontre (prévue !) avec Françoise Bouffière, auteure de La louée, ce roman que j’ai tant aimé. Sous le souvenir de ces moments chaleureux, et après un coup d’œil à l’exposition l'univers de Paul, nous avons quitté afin de revenir en forme le lendemain.

Prochain billet « Mon dimanche au Salon ». Est-ce parce que c'est trop fraichement vécu mais j’ai perdu toute notion de concision ! Je relaterai l’expérience de Marsi au Pigeonographe.

Crédit de la photo : Illustration de l'agenda de l'association des Illustrateurs du Québec - chez Hurtubise, relevé sur le site du Salon du livre.

vendredi 20 novembre 2009

Pourquoi un Salon ?

Un libraire, Éric Bouchard de la librairie Monet pose la question et je dirais même plus, il y répond par un billet bien senti Du livre au kilo . Je me suis souvent posé la même par les années passées, hésitant à débourser le fameux 8$ (un tiers du prix d'un livre sinon la moitié !) pour pénétrer en ce lieu très fréquenté qu'est le Salon du livre de Montréal, me demandant, c’est quoi tant la différence entre une librairie et un Salon, à part ce prix d’entrée ?

Cette année, ma réponse est plus claire et ne s’explique pas exclusivement par Marsi qui y sera obligatoirement et avec plaisir (sam. 17 h à 18 h 30 – dim 13 h 30 à 15 h 00). J’ai eu de la difficulté à trouver dans les librairies certains romans fraîchement sortis et le fait de savoir qu’ils sont tous au Salon, et en abondance, ça me donne un gargouillis de contentement. Pour moi et pour l’écrivain. Et puis, oui, j’ai été frappé par certaines lectures cette année, cela me donne le goût de m’imbiber de cette réalité : l’auteur est un être humain comme vous et moi. Je bavarde avec quelques uns sur Facebook (grande présence d’écrivains sur Facebook), ce qui me les rend plus accessibles, ça atténue l'effet de distance, ce qui finit par donner des goûts d’entendre leur voix, voir leur figure, sentir leur énergie. Et aussi pour leur sourire et les féliciter bien sûr. Et certains qui lisent le Passe-Mot éprouvent le même goût, voir Marsi, voir Venise. C’est bien humain tout ça.

Et c’est sans compter la quantité d’activités : tables rondes, lectures, ateliers, animations, ça pullule, ça se dit pas ! Il faut une carte, un itinéraire, les personnes qui adorent l’activité Salon sont celles qui préparent leur visite, ce que je n’avais pas tendance à faire auparavant. Sinon, la visite risque de ressembler à une marche dans des allées bondées à s’étirer le cou pour voir s’il y a une tête que l’on reconnait. Et il faut y rester pour la peine, pas une petite saucette. Se plonger dans l’effervescence.

Y serez-vous ? Allez-vous au Salon ? Pourquoi oui, pourquoi non ? Ça m’intéresse. Serait-ce surtout des gens du milieu qui en sont friands ? Dans les Salons d’artisanat que je fréquente, soit devant ou en derrière le kiosque, j’ai réalisé que ce sont souvent les artisans qui s’encouragent entre eux. Même chose pour les personnes dans le milieu littéraire, il me semble. Cette année, le journaliste et auteur, Steve Proulx (Voir) a sorti le premier titre d’une série de romans pour la jeunesse, il y sera et se propose d’effectuer tous ses achats de Noël au Salon. Depuis quelques années, il ne donne que des livres et explique pourquoi dans son blogue Angle mort.
En parlant d’activité au Salon, un exemple, l’Association des libraires a dévoilé sa liste préliminaire de 12 titres aujourd’hui à 13 h à la Grande Place du livre :

Pourquoi j’meurs tout l’temps - Anaïs Airelle - Écosociété

Vie d’Anne-Sophie Bonenfant - François Blais - L’instant même

Vu d’ici tout est petit - Nicolas Chalifour - Héliotrope

Pleurer comme dans les films - Guillaume Corbeil - Leméac

Maleficium - Martine Desjardins - Alto

Destin - Olga Duhamel-Noyer - Héliotrope

Tuer Lamarre - Simon Girard - Leméac

L’énigme du retour - Dany Laferrière - Boréal

L’oeil de Marquise - Monique LaRue - Boréal

HKPQ - Michèle Plomer - Marchand de feuilles

À juillet, toujours nue dans mes pensées - Benoît Quessy - Québec Amérique

La foi du braconnier - Marc Séguin - Leméac

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Je dois vous avouer bien candidement que je me pose cette question : mais pourquoi Tarmac de Nicolas Dickner n’y est pas !? Ça me dépasse ! Ce roman qui a été si bien accueilli.

Quelques jours plus tard :
J'ai reçu la réponse au Salon de deux éditeurs qui m'ont expliqué que le règlement ne le permettait pas. J'ai même eu un commentaire sous ce billet et je le reprends ici afin que personne ne le manque :

Bonjour !

pour répondre à votre question sur l'absence de Tarmac de l'auteur Nicolas Dickner dans la liste préliminaire du Prix des libraires du Québec 2010...dans les règlements du Prix, il est spécifié qu'un auteur ayant déjà remporté le Prix, ne peut l'obtenir une seconde fois (donc il ne peut se retrouver sur cette liste ou celle des finalistes). Marie Laberge a remporté le Prix a deux reprises (1999 et 1997), depuis les règlements ont été changés pour donner la chance à d'autres auteurs.
Katherine
Bonnes lectures !

mardi 17 novembre 2009

Du jamais vu au GG !

L’automne, les feuilles tombent ... et les Prix ! Je vais m’en souvenir l’année prochaine, à cette période, un Prix n’attend pas l’autre. Hier matin, le Grand Prix du livre de Montréal, ce matin, les Prix littéraires du Gouverneur Général. J’ai failli ne pas l’apporter à votre attention pour me sortir de l’impression de ne parler que de ça. Mais je n’ai pas le choix, les lauréats ne me le donnent pas. C’est une première dans les annales du Prix du Gouverneur général ; deux Prix pour le même livre, en l’occurrence pour Harvey un roman graphique publié à La Pastèque. Le premier, décerné à Hervé Bouchard pour les textes dans la catégorie Jeunesse et l’autre à Janice Nadeau pour les illustrations dans la même catégorie. C’est dire la qualité ! Je ne peux vous en dire plus, je ne l’ai pas lu, Marc non plus. Ça commence à être pas mal intriguant, de la même maison d’édition que Miam miam fléau de Marsi. D'ailleurs, si vous voulez faire une pierre deux coups au kiosque de La Pastèque au Salon du livre de Montréal en fin de semaine :

Hervé Bouchard et Janice Nadeau :
Samedi, 21 : 14 h 30 à 16 h 00

Marsi :
Samedi 21: 17 h 00 à 18 h 30
Dimanche 22 : 13 h 30 à 15 h 00



Mais l’autre annonce, que dire de l’autre « Le discours sur la tombe de l’idiot » de Julie Mazzieri, aux éditions José Corti, aussi en lice pour le Prix des collégiens, vient de gagner le Prix du Gouverneur général. Pas beaucoup l'ont vu venir ! J’en avais glissé un mot dans mon billet Le GG en chiffres et devant la perplexité générale devant ce titre, dont on avait peu entendu parler, une bonne âme m'a aiguillée par la bande, m'en parlant d’une manière si élogieuse que je l’ai tout de suite commandé à ma librairie. Et je l’attends encore. Je viens de rappeler pour demander où ma commande en était, en profitant pour annoncer à la libraire que le titre était le lauréat du Prix GG. Ils vont s’y pencher, vérifier si c'est à propos d'en commander plus d’un exemplaire. J’adore faire l’annonce de Prix littéraires aux libraires ! C’est un joli passe-temps (oui, oui, j’ai un sourire en coin ...).

Dans mon cas, c’est Réjean, un fidèle lecteur, qui m’annonce les Prix, en tout cas, cette semaine. Il faut se lever de bonne heure pour les primeurs ! Cet homme qui suit la littérature de près m’a judicieusement fait remarquer dans son commentaire laissé sous mon billet d'hier Ça fait boule de neige pour Dany Laferrière ; est-ce que ça donne une chance au « Le discours sur la tombe de l’idiot » de Julie Mazzieri de déclasser « L’énigme du retour » de Dany Laferrière , tous deux en lice pour le Prix des collégiens ? La réponse est entre leurs mains. Se laisseront-ils influencer par les Prix ? J’espère que non. Et justement, je compte que les jeunes n’aiment pas croire qu’ils se laissent influencer. À suivre. Comme un roman.

Somme toute, de bonnes nouvelles qui nous sortent du convenu. Ça fait du bien.

Pour les titres complets, site officiel.

lundi 16 novembre 2009

Ça fait boule de neige pour Dany Laferrière

Ça y est ! Le sort en est jeté, le Grand Prix du livre de Montréal va à L'énigme du retour de Dany Laferrière. Sauf tout le respect que je voue à monsieur Laferrière que j'aime beaucoup, sa personnalité en tout cas, car l'écrivain est à connaître pour moi, mon réflexe a été un peu de déception.

On a tellement l'impression qu'un Prix en attire un autre ! L'écrivain, Patrick Brisebois l'a exprimé par une vidéo que j'ai relevée dans Twitter. J'espère qu'il me pardonnera que je lui pique son idée. J'ai accolé des mots à cette vidéo amusante de 55 secondes :
"Les cris de joie, d'excitation, et puis ça nous échappe, plus une geste à faire, ça devient plus gros que soi".

Félicitations à Dany Laferrière, en espérant qu'il ne perde pas la boule !!!


Crédit de la photo de la mésange : Patrick Hunkeler.



dimanche 15 novembre 2009

L'immense abandon des plages - Mylène Durand

Premier roman et c'est le 15 du mois ? Vous ne serez donc pas confiner à ma seule vision, il y en a 8 autres : Lucie, Catherine, Anick, Marco, Caroline, Julie, à La Recrue du mois. Se rajoute aussi celle de Claudio et Phil.

Le titre le laisse supposer, on sera happé par la poésie des mots. D’emblée, je le dis, la couverture est belle, attirante et surtout, maintenant je peux le dire, elle rend cent fois le propos.

J’ai déjà osé aborder non pas seulement le texte mais la lectrice du texte qui est moi. Je crois bien que cette fois-ci, je dois encore une fois me détailler dans le seul but de mieux placer l’écriture particulière afin, bien sûr, de lui rend hommage, justement. Je le confesse, je n’avais pas la disposition d’esprit, et donc l’ouverture, pour entrer dans une histoire de mots purs qui rendent hommage au deuil, une révérence à la mer qui avale tout sur son passage et de mère avalée par la mer. Je me suis braquée que l’on m’enferme, que l'on m’oblige à entendre trois voix si semblables qu’elles se répondent en échos, sans s’entendre et encore moins se comprendre. Avec l’impression figée d’une salle d’attente, d’une parenthèse de vie. Mais malgré que j’aurais préféré plus de correspondance entre les voix, je me suis prêté au jeu de cette histoire de trio d’orphelins. Ma préférence va à Claire, à la voix la plus claire, plus terre à terre parfois, ses lettres ressemblant à de vraies lettres, dont tous les maux appellent sa sœur, Élie. Celle-ci, enfuie à Montréal n’appelle pas, ne réplique pas à sa sœur, n’entend que ses propres démons intérieurs. Julien, le silence fait frère, s’offre en victime muette. Une voix en italique que j’ose nommer narratrice situe, décrit, susurre des sons suaves de mots portés par un vent poétique.

Mylène Durand m’a invité à vivre momentanément la claustrophobie d’un archipel d’Îles qui parle d’une elle, la mère disparue. Ces Iles-de-la-Madeleine qui, pour moi, ont toujours appelé le vent, le soleil, la liberté, sous cette plume légère frôlant la gravité, ses îles se sont transformées en cauchemar criant dont les ô secours s'évanouissent au pied des berges.

Malgré mes réticences du départ, j’ai certainement plus d’une fois eu le souffle coupé devant l’amour des mots qui les portaient si haut, me suis inclinée devant cette histoire de séparation vécue comme un prétexte en or pour un long poème à voix racontés. Les affres de la mer mil fois répétées, la lassitude en moins, mon esprit a fini par se laisser avaler par la détresse de l’absence.

vendredi 13 novembre 2009

Trois interviewers pour un écrivain (Michel Jean)

Une primeur, une entrevue à trois têtes ! Trois blogueurs Lucie, Phil, Venise, s'adonnant aussi à être des rédacteurs de La Recrue ont lu "Un monde mort comme la lune", le premier roman de Michel Jean. Plusieurs questions nous taraudaient, pourquoi ne pas les mettre en commun ? L'auteur s'y est prêté avec entrain.

Lucie

1. Vous avez couvert de nombreux conflits dans le cadre de votre travail de journaliste. Pourquoi avoir décidé de choisir cette page de l'histoire d'Haïti en particulier comme trame de fond de votre roman?
R.: J’aime Haïti. J’aime les haïtiens. Malgré toutes les difficultés ils arrivent à trouver le bonheur là où nous ne voyons que du malheur. Ça peut paraître bizarre à dire, mais j’y vois une force de caractère. C’est un peu ce qu’incarne le personnage de Bia. J’ai choisi la période du départ d’Aristide car j’y étais, je l’ai rencontré à ce moment et donc je pouvais en parler en connaissance de cause. J’avais aussi un bon souvenir du « feeling » qui régnait dans le pays à l’époque. Certains évènements comme lorsque Jean-Nicholas tombe par hasard sur Bia et passe près de la frapper, et la scène de la livraison de drogue dans le rues de Port au Prince, sont inspirés de faits vécus.

2. L'écriture journalistique et romanesque ont des codes différents. Comment avez-vous su basculer de l'une à l'autre?
R.: Écrire Envoyé spécial m’a aidé à faire la transition. Le plus difficile pour moi a été de m’ouvrir, de faire une plus grande place à l’émotion. À mes émotions devrais-je dire. J’avais trop de pudeur au début. Mon éditeur m’a aidé de ce côté. Quand j’ai commencé à écrire mon roman, la transition s’est faite naturellement. Le plus dur était fait.

3. Votre prochain roman aura-t-il lui aussi un fond journalistique?
R. : Non

4. Si demain, vous deviez faire le choix entre l'écriture de fiction et journalistique, pour laquelle opteriez-vous et pourquoi?
R.: Je serai toujours un journaliste. C’est dans mon ADN. Mais je ne crois pas que je doive choisir…

Phil

1. Dans quelle mesure le sujet du reportage est inspiré de faits réels ? Aristide a-t-il été complice du trafic de drogue entre la Colombie et l’Amérique du Nord ? Bref, quelle est la part de fiction et celle de faits réels ? Ou si vous préférez : Le roman est-il un véhicule littéraire qui permet de contourner la difficulté de prouver des allégations de crimes gouvernementaux ?
R.: Je n’ai pas voulu faire un roman politique. J’ai voulu utiliser la réalité pour rendre la fiction encore plus réelle et donc plus crédible. Un peu à la manière de Mario Vargas llosa dans La fête au bouc. Sans me prendre pour lui!!!! Dans Un monde mort comme la lune, le contexte politique est réel. La crise en Haïti, le trafic de drogue qui passe par le pays pour entrer en Amérique. Les liens avec Aristide ont souvent été dénoncés et ont fait l’objet de nombreux reportages. Mais mon roman ne cherche pas à dire des choses que je ne pourrais dire autrement. Il utilise une réalité pour mieux servir une fiction.

2. On sait que les reporters sont amenés à prendre des risques pour recueillir certaines informations. Mais encourent-ils aussi des risques suite à la diffusion de leurs reportages comme cela est décrit dans le roman ?
R.: Je ne connais pas de journalistes qui ont subi le même sort que mon héros. Heureusement! Mais on a tenté de tuer Michel Auger au Québec. On m’a déjà menacé. Qui sait ce qui peut arriver ?

3. À la lumière de la réalité décrite dans le roman et de la triste actualité d’Haïti qui nous parvient au Québec, qu’est-ce qui permettrait d’améliorer la vie des Haïtiens ?
R.: Oh là là…. La réalité c’est que je ne crois pas que les conditions de vie des haïtiens s’améliorent de façon significative à court ou à moyen terme. Les problèmes sont trop profonds et généralisés. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille baisser les bras. Simplement qu’il faudra être patient. Et aussi je tiens à dire que ce n’est pas uniquement la faute des haïtiens. Bia et Marie sont toutes les deux la même femme. Elles incarnent les même valeurs. Une est née au Québec, l’autre à Cité Soleil. L’une est devenue enseignante, l’autre se prostitue. Chacune est totalement dévouée à sa fille. Je voulais montrer que la même personne placée dans deux mondes différents, aura une vie totalement différente. De la même manière, on juge souvent les haïtiens, mais quand on naît dans ce pays, c’est très difficile de s’en sortir.

Venise

1. Lorsque vous désirez vous détendre, que lisez-vous ?
R.: Romain Gary, Soljénistyne, Marguerite Yourncenar, Hemingway, Gabrielle Roy, des classiques comme Le grand Meaulnes ou Les hauts de Hurlevent. Jamais de polars ou de thriller. J’aime qu’un livre me plonge dans un univers différent du miens. Qu’il propose une réflexion ou un point de vue. Si c’est juste pour suivre une histoire, je préfère le cinéma. La qualité de l’écriture compte aussi beaucoup pour moi.

2. Combien de temps avez-vous mijoté l’idée d’écrire du romanesque ? Quels sont les outils ou les qualités d’un écrivain aguerri ?
R. : J’y pensais depuis plusieurs années. Je ne sais pas si j’aurais été capable de commencer directement par un roman. Ça me paraissait toujours trop gros. De commencer par un guide de consommation, puis d’enchaîner avec un récit m’a permis d’apprivoiser l’écriture, d’y aller par étapes. Je ne suis pas un écrivain aguerri. Mais je pense qu’on ne peut le devenir sans beaucoup de sensibilité.

3. Quelle serait votre définition de l’inspiration ? Comment l’attirez-vous afin qu’elle vous rende visite ?
R. : Je suis journaliste et l’angoisse de la page blanche est un luxe que je ne peux me permettre. Comme disent les américains « dont make it pretty, make it by six. » Je pense à mon histoire avant de m’installer devant mon écran. Je la développe mentalement et quand j’écris je suis à peu près prêt. Sinon je n’y arriverais pas. Je suis une personne créative et de nature rêveuse. Alors laisser vaguer mon esprit ne m’est pas très difficile. C’est ainsi que j’imagine mon histoire. Reste à l’écrire.

4. Y a-t-il un livre de fiction que vous avez lu deux fois ? Pourquoi ? Quel roman aimeriez-vous avoir écrit ? Lisez-vous de la poésie ?
R. : Je n’ai jamais lu un livre deux fois. Je me dis qu’il y a tant de livres à lire. Si je le faisais, je relirais Les mémoires d’Hadrien que j’ai tant aimé et dont la lecture remonte à plusieurs années. J’aurais aimé écrire La promesse de l’aube de Romain Gary. Ouf! Tellement puissant et émouvant. Je ne lis pas de poésie. Ça ne me rejoint pas.

5. Qu’est-ce qui vous rend le plus fier d’un Monde mort comme la lune ?
R. : Chaque fois qu’une personne me dit qu’elle l’a lu et qu’elle y a pris plaisir. C’est tout. Mais c’est beaucoup.

mercredi 11 novembre 2009

De la nouvelle fraîche

Trop de bonnes nouvelles pour me confiner au silence. De toutes manières, vous n’entendrez pas ma voix nasillarde déformée par une sinusite carabinée (les antibiotiques travaillent fort !).

Premièrement, moi qui aie terminé Paul à la pêche hier (c’était mon Prix de consolation d’être malade !), j’apprends que Paul à Québec est en nomination, en plus du Prix du Grand Public du Salon du livre de Montréal – La Presse, pour un deuxième : Le Grand Prix du livre de Montréal. D’après le dernier billet de Chantal Guy, ce serait une première pour un album de bande dessinée d’être en nomination pour deux importants prix littéraires. Ce serait le cas parce que l’album peut aussi se présenter sous la nouvelle appellation « roman graphique ». Qu’importe l’appellation, que je me dis, en autant qu’il y ait une histoire étoffée, c’est un roman, s’il s’y rajoute des dessins, eh bien, c’est merveilleux ! Un plus.

Il a de la compète à sa mesure, le Michel Rabagliati :
Michael Delisle (Prière à blanc, Noroît)
Dany Laferrière (L’énigme du retour, Boréal)
Monique LaRue (L’œil de la Marquise, Boréal)
Hélène Monette (Thérèse pour joie et orchestre, Boréal)

Nous ne supputerons pas trop longtemps sur le possible gagnant puisque son nom sera dévoilé dans 5 jours, soit le 16 novembre à 11 h dans une cérémonie à l'Hôtel de Ville de Montréal.

Des nouvelles fraîches de Marie-Sissi Labrèche qui sort son quatrième roman à La Courte Échelle « Psy malgré moi ». Son histoire s’adresse aux ados et je conçois très bien qu’elle ait trouvé le ton juste, tout en gageant que les adultes y trouveront leur compte. Il sera en librairie le 24 novembre, en attendant, je vous invite à l’écouter - et à la voir - (2 min.11) nous le présenter avec ses mots, ses mimiques et ... sa bedaine (oui, oui, elle est enceinte !).

Dernière nouvelle, comme dans une lettre, je termine sur nous (non, non, pas le nouvel album Nous de Daniel Bélanger !), Marc et moi serons à Nouvelle, en Gaspésie, aux alentours du mois de février pour présenter Miam miam fléau. Je vous en reparlerai d'ici là, mais aujourd'hui, c'était irrésistible, le mot nouvelle me transporte à Nouvelle.

lundi 9 novembre 2009

Cartes postales de l'enfer de Neil Bissoondath

Cartes postales de l’enfer est un titre qui se veut accrocheur, cartes d’identité aurait été aussi approprié ! Le titre en anglais n’a aucun rapport : The Soul of all Great Designs (C’en est presqu’inquiétant, y aurait-t-il de ces subtilités disparues dans la traduction ?)

La première carte d’identité est celle d’Alec, enfant unique, dont les parents exercent une forte emprise sur lui. Il a trouvé une solution commode ; vivre dans le mensonge pour donner à ses parents le fils qu’ils désirent. Même le jour où il ne sera plus nécessaire de le faire – est-ce devenu à ce point une seconde nature ?, il continuera. Et il ira très loin.

Le deuxième portrait nous présente Sumantra, une jeune indienne très attachante. Elle aussi, enfant unique, ses parents lui font porter une pression énorme. Les conventions sont extrêmement strictes, entre autres, ce sont les parents qui ont à l'aiguiller vers son futur mari. Celle qu’on surnomme Sue est vivante, rebelle et sensuelle mais ne présente pas du tout ce profil à ses parents. Mais, contrairement à Alec, elle étouffe dans le mensonge.

Troisième partie : les deux cartes postales se croisent. C’est ici que je dois laisser planer le mystère, parce qu’il y en a. C’est intéressant de voir ces deux êtres s’enchevêtrer dans leurs mensonges, se mentir ou se démentir. Le moins que l’on puisse dire est que l’auteur n’a pas eu peur de pousser le moteur de l’intrigue au maximum.

* * *
Je suis un peu surprise d’avoir pris autant de plaisir à cette lecture, malgré mon scepticisme devant l’ambition outrancière d’Alec. Plus je faisais connaissance avec cet être et plus je l’aurais jeté de force sur le divan du psychanalyste ! J’ai donc beaucoup aimé croire à l’humanité de Sumatru où chez elle, le déséquilibre me semblait plus plausible.

Cet auteur sait manier son histoire et ses lecteurs, il y a de l’habileté dans l’air, et tant mieux. Il rase les frontières de la normalité et l’anormalité ... qui se prononcent pareillement d’ailleurs ! J’ai apprécié d’en apprendre plus long sur les mœurs indiennes, les scènes sensuelles sont réussies, les parents de Sumatru, surtout le père, sont intéressants à rencontrer. Pour ceux qui aiment les vieilles autos de luxe, ils seront gâtés, ceux qui aiment le design, l’esthétisme, l’apparence. J’aimerais bien en discuter avec l’auteur, mais j’ai eu l’impression qu’il a voulu faire un roman sur le pouvoir de la façade. Le carcan étouffant de ne jamais se permettre de la ternir, même d’une égratignure. En même temps, le cœur de son sujet se laisse distraire par le côté excessif (maladif !) d’Alec, alors je me demande s’il y est arrivé.

La remarque que je me suis faite en refermant le livre, voilà un romancier comme je les aime, qui met de l'avant une histoire. Nous ne sommes pas dans de l’introspection et les personnages, crédibles ou pas, palpitent de vie.

Cartes postales de l'enfer, Neil Bissoondath, Boréal, 245 p.