jeudi 23 décembre 2010

HO HO HO !

Pourquoi ne pas écrire un petit billet avant Noël ? Je le désirais, même s'il ne reste pas beaucoup d’heures dans ma sacoche temps avant les ripailles du réveillon. Sans même un cadeau d’emballé, je cherchais un sujet respectant mon budget « temps ». Une conversation avec Marsi m’a allumée.

Je donne quatre livres à Marsi. Oui, quatre. C’est la première année que je me laisse aller à cette extravagance. Par les années passées, je résistais. Donner seulement des livres, peu d’imagination et de créativité pour la donneuse. Cette année, disparue cette pensée par un coup de baguette de la fée des étoiles. Je vais le contenter. Je ne vais pas me casser la tête, il veut des livres, il va avoir des livres.

Mais je ne vous dit pas tout. Que je me rende à son cher désir tire sa source d'une autre raison ; je savais sans l’ombre d’un doute lesquels lui donner. Je suis tellement fière de mon coup ! Je suis sûre que j’ai aussi hâte de les lui donner que lui de les recevoir. Et même parfois, je me demande ; n’a-t-on pas plus hâte de donner que de recevoir ? Je ne sais pas.... quand on y pense bien, recevoir ce qu'on ne veut pas recevoir peut être assez embarrassant.

Ça peut en dire long sur nous. Par exemple, je viens de déclarer à Marsi "j’ai l’esprit tranquille cette année, je ne peux pas me tromper, je t’offre des livres !" Bais ... me répond-il une deuxième fois à mon même commentaire (on radote parfois ici), ça dépend, si c'est le livre d'Anne-Marie Losique « Confessions sauvages ». Je l’ai tout d’abord ri, ensuite réfléchi. Ça dévoile beaucoup sur soi, le livre qu'on aimerait ne jamais recevoir.

Alors voici ma question, un peu audacieuse en ce temps des Fêtes où tout se doit d'être beau, lisse et bien emballé :

« Quel est le livre que vous n’aimeriez surtout pas retrouver sous votre arbre de Noël ? ».

Celui où votre talent d’acteur serait grandement sollicité pour cacher votre déception. Ou, si vous avez le courage de la franchise (ça dépend qui est le donneur j’avoue), celui où vous auriez à demander gentiment si on a gardé la facture.

Laissons le Père Noël rire dans sa barbe ...

J 0 Y E U X - - N o Ë L !

dimanche 19 décembre 2010

Une vie à aimer de Michel Jean

Je ne lis jamais la quatrième de couverture, je vérifie après si on s’entend, elle et moi. Cette fois, les mots qui ont couronné ma lecture sont « un hommage aux femmes », et j’ai retrouvé les mêmes sur la quatrième.

Ça commence dur pourtant. Le lecteur est prisonnier dans le corps d’un homme qui, pour son entourage s’appelle un « légume ». Puisque dans le coma, cet homme, Marc-Antoine a été « placé » dans un institut et se fait déplacer de sa chambre à la salle commune par des bras qui manipulent sans ménagement un paquet de chair et d’os. Plus personne ne vient le visiter, pourtant, ce comateux l’est de l’extérieur, mais pas de l’intérieur. Cette prémisse est à prendre ou à laisser ! Comme il est vif d’esprit et que plus souvent qu’autrement, il fait face à des murs, il jettera son regard par en-dedans, voyant sa vie défiler.

La narration au « je » est certainement habile, je me suis attachée à cet homme. Faut dire que des vaguelettes de révolte montaient en moi devant la rigueur de son présent, ce qui me rendait heureuse d’en sortir, autant que lui j’imagine ! Je m’en suis fait rapidement un ami, heureusement d’ailleurs ! Car, sinon, le récit qu’il donne de sa vie amoureuse aurait pu manquer d’intérêt. J'étais captivée, et de plus en plus, d’autant que la navigation entre le présent et le passé est bien menée.

Le cœur du sujet est l’amour, on s’en doute avec le titre. On apprend à connaître les femmes marquantes de la vie de cet avocat. Ce sont de très beaux portraits de femmes, le regard posé sur elles est extrêmement masculin. L’amour est intimement lié au désir, ce qui me semble, n’est pas systématiquement le cas dans la vie, mais qu’importe, laissons-nous chanter la pomme ! L’angle exploité par Michel Jean est l’attachement lié à l’engagement, qu’il n’y a qu’à ce moment-là qu’on se rencontre soi, sinon, on glisse au-dessus de sa vie, que la pente soit douce ou abrupte.

Comme toute une vie est à raconter sous l’angle de l’amour, les grandes lignes se jettent sur le meilleur du pire, pas le pire du meilleur. Suis-je claire ? Non. Je m’essaie autrement. Une morte par exemple est décrite d’une manière assez lisse, l’effet de la mort sur le narrateur est détaillé par contre. Même chose pour la naissance, on passe rapidement. Ainsi, le propos ne déroge pas de sa trajectoire ; cerner la force que donne l’amour d’un homme pour une femme. Et pour connaître le sens de l'amour, faut-il le perdre ?

Je suis certainement subjective, vous irez vérifier vous-mêmes !, mais j’imagine mal une femme saine et honnête restée insensible au regard amoureux de Marc-Antoine. Le galbe d’un sein est important, on s’entend, mais je n’ai jamais autant entendu de descriptions de sourires de ma vie ! La femme est lumière dans ce roman. Ça fait du bien quand même !

J’ai aimé ma lecture, au SPA Eastman en plus (séjour gagné dans le cadre d’un concours !), c’était l’idéal. Je pense qu’on a besoin de romans qui voguent en toute simplicité sur la vie en y jetant une lumière particulière. On sort de cette lecture apaisée, élevée, et qui sait, prêt à s’engager encore plus loin ?

Une vie à aimer, Michel Jean, Éditions Libre Expression, 220 pages.

mercredi 15 décembre 2010

Les Corpuscules de Krause - Sandra Gordon

Je planifie ce billet à l'avance, c'est rare. Ça me donne l'impression de faire un voyage dans le temps, par en avant. Comme vous voyez, il ne m'en faut pas beaucoup pour m'exciter un peu.

Les commentaires de lectures des rédacteurs et rédactrices de La Recrue sont sortis. Par contre, je ne peux pas vous en donner les titres comme à mon habitude puisque je ne suis pas dans le même temps que vous. Mais allez-y, je vous en prie, allez-y ! J'ai si hâte de les lire, allez les lire à ma place... en attendant que j'arrive !


Entrez dans le tableau

Et si ce roman était un tableau, on y verrait un village. Un resto ressortirait discrètement. En s’approchant, on découvrirait des détails saugrenus de personnages surpris dans leurs actions les plus quotidiennes. L’ambiance serait palpable, sur fond glauque allégé par une dose substantielle de dérision. On ne saurait dire si c’est l’ambiance qui influence les personnages ou les personnages qui influencent l’ambiance.

Je suis entrée dans le tableau pendant deux bonnes heures, peut-être trois. Une chose est certaine : le temps m’a semblé s’écouler lentement, jusqu’à entendre ses soupirs. De ce temps, Lucie a besoin d’en prendre une large part pour elle sans vraiment savoir où. Son auto décidera ; au cœur d’un village des Laurentides.

Lucie se laisse ouvrir des portes ; d’un resto, d’un appart, d’une maison et même des cœurs. Si je me suis intégrée facilement dans cet espace restreint, c’est grâce à elle. Son indécision prend des airs de dérision, on réalise rapidement qu’elle sait ce qu’elle veut, ne serait-ce que par élimination de ce qu’elle ne veut plus, de son ex-chum, entre autres. Les personnages orbitant autour d’elle, Sylvie, Benoit, Maurice, Pat sont pris en flagrant délit de vie, touchants parce que tangibles. Un autre personnage fait son poids, et pas seulement par le nombre d’années écoulées sur terre, Henry, l’écrivain grincheux et imbibé de gin. Par lui, on quitte le climat de langueur, la tension se densifie ; qui est-il, que veut-il, que fait-il ? Les mystérieux sont toujours inquiétants.

Ces deux personnages se croiseront-ils ? Lucie s’implantera-t-elle ? Peu de fils sont tirés, aussi bien les suivre attentivement. Heureusement, le style est assez captivant pour nous y accrocher, ne serait que par l’humour embusqué derrière chaque détail et le savoureux langage québécois déconcertant de naturel.

Qui est Sandra Gordon ? Vous allez en avoir une idée en lisant ses réponses généreuses à une dizaine de questions à La Recrue du mois. Sourires garantis.

samedi 11 décembre 2010

Vague littéraire

Je cueille du beau dans facebook. Ce matin, ces mots de l’écrivaine Johanne Seymour, son petit dernier Vanités :

Jusqu'au 21 décembre, je vais vous suggérer 10 livres à donner en cadeau à Noël. Pourquoi? Parce que donner un livre, c'est...

Offrir un voyage sans avoir à payer l'avion et l'hôtel
Donner un conseil sans se creuser personnellement la tête

Partager un plaisir à distance

Manger des yeux sans engraisser
...
Déclarer son amour alla Cyrano
Apprendre sans aller à l'Université
Et même parfois baiser sans partenaire!


J'aimerais tellement que ceux qui ne lisent jamais découvre le plaisir qu'il y a à plonger dans un livre. Dans ma vie, cette expérience a été plus d'une fois salvatrice. J'ai envie de partage littéraire pour Noël...

* * *
Gentiment, elle m’a donné la permission de reproduire ses mots ici. En fait, ce qu’elle ne sait pas est que je ne pouvais trouver meilleure introduction pour la dernière mise à jour du « Défi Plume québécoise », initiative de Suzanne du blogue littéraire « Entre les lignes ».

Dans un billet qui en faisait le bilan, j’ai scruté à la loupe... euh, plutôt à la calculatrice, les blogues qui y ont participé jusqu’à date. J’en ai répertorié 15 qui se divisent en 9 québécois, 5 français, 1 que je n’arrive pas à identifier.

C’est étonnant, réconfortant, et je l’espère invitant !

Mais pour vous dire franchement le chiffre qui m’a le plus étonné, assez pour calculer et recalculer, est le nombre de livres québécois que la fameuse initiatrice Suzanne a lu : 120 livres !!! en un an.

Elle a dû dresser ses trois listes en trois billets :
À à D
E à N
O à Z.
En tout cas, j’ai eu de la lecture hier ! De la lecture sur la lecture. Je savais qu’elle en lisait abondamment, mais je n’avais jamais réalisé que c’était à ce point. Comme il m’est arrivé de sauter de ces commentaires de lecture, je me suis un peu reprise hier.

Laissez-vous inspirer. Parce que donner un livre c’est ...

Donner un conseil sans se creuser personnellement la tête Partager un plaisir à distance Manger des yeux sans engraisser ...Déclarer son amour alla Cyrano Apprendre sans aller à l'Université Et même parfois baiser sans partenaire

Johanne Seymour, auteure de Vanités

lundi 6 décembre 2010

Dérives - Biz

J’ai enfin lu cette plaquette qui a fait tant parler à sa sortie. On se demande toujours ; est-ce justifié ou parce que son auteur est connu ? Si je devais répondre par oui ou non, j’opterais pour oui, Dérives vaut la lecture, auteur connu ou pas.

J’avais entendu dire qu’il était question de ses confidences de père que la naissance de son fils n’avait pas propulsée, comme espéré, dans les sphères délicieuses de l’émotion paternelle. Et même, tout au contraire. Je m’attendais à ce qu’on m’explique l’effondrement de l’idéal « père », pas le vieux modèle dans son rôle de pourvoyeur, mais le nouveau père, veilleur et complice de la mère auprès de son jeune enfant.

Si j’avais eu à décrire ce roman avant d’en avoir autant entendu parler, je l’aurais plutôt désigné comme un roman sur la dépression. C’est le sujet principal à mon avis. Que celle-ci soit survenue à la suite de la naissance de son fils peut s’expliquer par la fatigue accrue et le bouleversement des habitudes de vie. À lire sa dérive, j’ai franchement eu l’impression que cette dépression se préparait de longue date. Et comme on le sait, veiller au bien-être d'un bébé ne soulage pas nécessairement du mal de vivre. Ce que je tente de communiquer ici est que Biz n’aborde pas tant la paternité, que cette culpabilité d’être un mauvais père, parce que dépressif. En dépression, tu évites la vie au complet (ce qu’il fait très bien d’ailleurs), pas seulement la paternité. C’est un tout et c’est ce tout qui nous est extrêmement bien communiqué.

L’auteur a choisi d’alterner les chapitres ; un se déroule dans un marais, une allégorie ou un rêve bien cerné, le suivant tombe de plein-pieds dans la réalité quotidienne avec femme et enfant. En alternance. C’est intéressant parce que contrastant et, surtout, parce que très bien écrit. Sa plume dans le marais est ancrée, malgré la dérive. On sent venter une force de caractère sur ses mots aspirés par un soi qui n’a pas l’habitude de rester en surface. Si l’esprit a dérivé, les mots eux, non ! Très beau, comme peut être la tristesse assumée.

Malgré la beauté de l’allégorie, j’ai préféré les chapitres terre-à-terre. J’ai été captivée par l’évolution de sa vie, ses doutes, ses colères, son désespoir, ses anecdotes, ses réflexions. Il est très facile de l’accompagner, il se laisse approcher de très près. Il est doué pour l’impudeur intelligente.

Le gros défaut ? Trop bref ! Les chapitres sont brefs, les idées jetées sont brièvement exposées, les pages sont à peine remplies, je suis restée avec cette sensation que l’on m’a envoyé un clip à lire !

Ce roman est en lice pour le Prix Archambault.

vendredi 3 décembre 2010

Je suis emballée et ce n'est pas Noël

Si vous ne l’avez pas encore dénichée, je le fais pour vous. Une liste de 35 œuvres québécoises, et si vous cliquez avec l’amusante phrase qui présente chacune d'elle, vous cliquez ensuite pour en lire un extrait de trois pages à quatre pages. C’est la journaliste et auteure de Maleficium , Martine Desjardins qui présente ce qu’elle appelle 35 nouvelles voix qui secouent le roman québécois. En voici quelques exemples :

7. SÉBASTIEN CHABOT - L'angoisse des poulets sans plumes (Trois-Pistoles)
Pas facile de prendre la défense des poulets quand votre père est fabricant d'oreillers en duvet...

11. NICOLAS DICKNER - Tarmac (Alto)
Si la fin du monde est inévitable, autant l'attendre dans le sous-sol tout équipé d'un bungalow...

23. CATHERINE MAVRIKAKIS - Le ciel de Bay City (Héliotrope)
Au-dessus d'une famille qui a étouffé son identité juive, le ciel est un couvercle qui va sauter.

30. PASCALE QUIVIGER - La maison des temps rompus (Boréal)
Il n'y a pas meilleur refuge pour soigner ses blessures qu'une maison qui n'existe pas.

32. OLIVIA TAPIERO - Les murs (VLB)
Rien dans le ventre, mais gros sur le cœur : l'anorexie vue de l'intérieur.

34. TASSIA TRIFIATIS - Judas (Leméac)
Un père grec, un fiancé syrien, un amant juif : c'est ainsi qu'une jeune femme apprend la trahison.

Curiosité pour les 29 autres titres ? C'est ici. En plus, vous pouvez participer à un concours, si vous gagnez, ces 35 œuvres se rajouteront à votre bibliothèque. Ou bien, vous ferez des cadeaux de Noël !

Il n’y a pas que cette découverte qui m’a emballée aujourd’hui. Je me suis rendue au Passe-livres, toute nouvelle bouquinerie gérée par Les Correspondances d’Eastman. Les gens n’arrêtent pas de venir porter des livres, ça parait, il y a du choix. Moi aussi, je vais en porter, et bien sûr en chercher. Je ne sors jamais de là sans un livre à la main. Ça fait trois semaines qu’elle est ouverte et ça roule. Les livres qui sont en place sont des dons de toutes parts contre reçus d’impôt.

En fin de semaine, il faut que vous sachiez que c’est le Salon du cadeau localisé au Club de l’Âge d’or. Le Passe-Livres ne vous laissera pas passer devant son antre sans vous aguicher par un rabais qui se rajoute aux prix déjà réduits : 2,00 $ sur un achat de 20 $ - 5,00 $ sur un achat de 40 $

Au 338, rue Principale, suite 1, derrière les Antiquités Rosalie - Heures d'ouverture :
Vendredi : 13 h à 20 h
Samedi : 13 h à 16 h
Dimanche : 10 h à 13 h

Et je ne vous ai pas encore dit le meilleur, chaque montant que vous laissez en échange d’un livre va pour le volet « jeunesse » de l’événement Les Correspondances d’Eastman en août 2011. D’ailleurs, vous risquez d’en rencontrer sur place des jeunes. Marius et Morgane sont de jeunes libraires qui s’acquittent de leur fonction avec beaucoup de diligence et de sérieux. Conception et supervision, l’ingénieuse Line Richer, directrice générale des Correspondances d’Eastman.

Venez pas me dire que je ne vous ai pas aidé dans votre casse-tête de choix de cadeaux de Noël !!

mercredi 1 décembre 2010

Journée Salon - partie 2

J’avais parlé d’une deuxième partie à Journée Salon , comme je ne laisse jamais tomber, me voici, après La trajectoire et la controverse du Prix Archambault qui se sont faufilés entre ma partie 1 et 2.

Je vous emmène rencontrer nul autre que celui qui, dernièrement, a fait les manchettes au lieu de les commenter, Gil Courtemanche. Quand je l’ai vu arriver au stand Boréal pour ses dédicaces, j’ai presque eu un choc. D’apparence frêle, c’est frappant de contraste à côté de la vigueur de son esprit. De ma lecture de Je ne veux pas mourir seul, j’ai retenu la vulnérabilité de l’homme pendant que lui se disait d’approche froide. Je venais aussi, je l’avoue, vérifier si le degré de froideur était tel qu’annoncé. Je peux maintenant affirmer que oui ! C’est surprenant pourtant, il n'a pas de censure, est direct, il regarde pour vrai, pas de haut, il écoute attentivement, même si j’ai ressenti la bizarre impression qu’il savait déjà ce que j’allais lui dire avant même que je le prononce. Il doit être difficile à surprendre. Il dégage l’aura d'une personne qui a tout vu, tout entendu. C’est peut-être le cas justement. Je l’ai remercié de sa confession sans censure, de l’humilité pour la faire, pour le message porté aux hommes. « Mais les hommes ne lisent pas les romans » me répond-il sans grande émotion. Interloquée, compilant rapidement combien d’hommes avait exprimé l’intention de le lire, je reste pantoise. J’aurais aimé penser lui répondre « Peut-être pas le genre d’hommes qui a besoin de ce message ». Il m’a laissé, comme je les préfère entre toutes, une dédicace personnalisée.

Le prochain écrivain, Jean-François Beauchemin, est une tradition, je ne vois pas de Salon possible sans lui ;-) Heureusement qu’il est productif ! Son petit dernier, Le temps qui m’est donné parle de chaleur familiale, de son père (il a beaucoup parlé de sa mère), de ses cinq frères et sa sœur. C’est un de ces légers, dit-il. Je me retiens à deux mains de ne pas avaler tout rond ces 155 pages. Je le garde comme un dessert.

Je tenais mordicus à lui présenter Marsi qui s’est prêté à mon envie, même s’il était affamé et las. On ne peut pas dire que Marsi jubile dans un Salon, ça l’étourdit. Cette fois, il ne s’est même pas acheté un livre ! J’en revenais pas. Justement, quant à être dans le sujet, j’en profite pour vous dire, c’est un peu délicat, je vais baisser la voix, penchez-vous donc un peu ....J’ai acheté un livre à Marsi, hum hum ... pour Noël, avec dédicace ...oui une belle, mais ... mais, les murs virtuelles, vous comprenez, ont de longues oreilles.

Revenons au Salon, à Marsi, à sa faim. Nous nous sommes résignés à aller à la Cafétéria, on n’aurait pas dû. C’est qu’au lancement de Partie de pêche où nous étions attendus à 5 h, la table débordait de bouffe que personne ne consommait. Je ne sais pas, peut-être que ça ne se fait pas manger lors d’un cocktail, si c’est le cas, on a complètement manqué à l’éthique en prétextant qu’il y en aurait moins pour les sacs verts.

Ah, ce fameux lancement ! Souvenir inoubliable, inattendu, pas du tout mais alors pas du tout ce à quoi je m’attendais. On s’imagine des choses parfois ... la réalité s’arrange pour rabrouer l’imagination, ce qui ne veut pas dire qu’elle déçoit. Seulement, c’est autre chose.

Notre grand ami, Pierre-Greg Luneau nous accompagnait. Il a tout enregistré dans sa tête, il a une mémoire phénoménale pour les détails, les noms, les faits. À la Lucarne à Luneau, il décrit le lancement (c'est sa troisième chronique sur le Salon !), et franchement, ce serait bête de répéter, surtout que je n’en dirai jamais autant que lui. Impossible !

Une fois que vous serez au fait, si ça vous tente, je vous parlerai des émotions sous les faits. C’est ma spécialité, parait-il !

Info générale : 124 500 visiteurs ont rencontré près de 1700 auteurs.
Prix du grand public Salon du livre de Montréal/La Presse dans la catégorie fiction : (feu) Michel David pour son roman Un bonheur si fragile et dans la catégorie Essais, Kim Thúy pour Ru. Ils ont reçu chacun une bourse de 2 000 $ et une création de l’artiste verrier Denis Gagnon.

Photo ci-haut : Sylvie Marcoux, directrice du Salon du Saguenay-Lac St-Jean et auteure et Venise ! - - - Photographe : Michel Jean

dimanche 28 novembre 2010

La trajectoire de Stéphane Libertad

J’aime les histoires tirées du vécu, je ne les cherche pas, elles viennent à moi. Celle-ci, j’étais curieuse. J’aime le regard des autres sur le Québec, j’aime le titre, La Trajectoire, j’aime la collection Hamac et en plus j’aime leur nouveau look. J’étais donc grande ouverte.

L’écriture est d’une grande simplicité, je n’ai rien contre, c’est reposant, en autant que l’on ait quelque chose à me raconter. J’ai attendu, patiente, je pourrais quasiment dire indulgente, quelques dizaines de pages, que je sois tirée par un fil qui m’accroche. Pour aller de l’avant. Parce que si on revient à l’essence même de la lecture, il faut être motivé pour suivre la trajectoire d’une autre personne que soi.

On suit ce Français qui a un fils avec une Québécoise, celle-ci ayant jusqu’alors vécu en France, en 2006, c’est à son tour de s’exiler. Il arrive donc au Québec tandis qu’il aurait de beaucoup préféré l’Espagne, et sa chaleur et son soleil.

Il a beaucoup à dire sur son quotidien de travailleur (il est écrivain), de mari, de père, de gendre. J’ai bien dit son quotidien, vous savez ce que nous vivons tous et qui est assez souvent ordinaire et que parfois, même nos amis écoutent distraitement, tellement les quotidiens se ressemblent d’une personne à l’autre ? C’est un art de rendre intéressant un quotidien, l’art du conteur. J’oserai conclure que monsieur Libertad ne l’a pas encore suffisamment développé. J’ai été jusqu’à m’imaginer que l’écrivain s’est offert un journal de bord tout d’abord pour lui.
Ça manquait de feu et de flamme. Ou de cette fibre impudique nécessaire pour rendre la confidence émouvante ou à tout le moins croustillante.

Pour être tout à fait juste, ce n’est pas que linéaire, des pointes d’humour, ou d’humeur, donnent des soubresauts au récit, mais elles n’ont pas réussi à me garder alerte. Et je me suis sincèrement demandé pourquoi. Je ne peux que tenter cette réponse ; ses observations sur nos mœurs me seraient apparues banales, ses sautes d’humeur trop communes.

J’ai toutefois senti que lorsque l’homme est allumé, ça passe. À la naissance de son fils, qu’il veille à cause d’un problème de santé, le père se donne corps et âme. J’ai trouvé ces passages plus attractifs. L'auteur a réussi à me sortir de ma torpeur pour l’accompagner. La passion et l’intensité suintaient des lignes.

Peut-être qu’au bout du compte l’auteur a trop misé sur l’intérêt que susciterait nécessairement sa vision de nos mœurs et coutumes, ne soignant pas assez la manière de nous séduire.

jeudi 25 novembre 2010

Controverse - Gil Courtemanche

Sans me prendre pour un « Bernard Derome », une nouvelle de dernière heure interrompt ma programmation habituelle ! (je reviendrai à « journée Salon », partie 2). C'est que ça parle de littérature haut et fort dans les médias mais, attention, pas de l’œuvre dans sa substance, plutôt du croustillant qui l’entoure.

Gil Courtemanche a exigé que l’on retire son « Je ne veux pas mourir seul » de la liste des finalistes du Prix littéraire Archambault pour se dissocier de l’empire Québécor, propriétaire de cette chaîne. Ça, c’est une chose. C’est son droit le plus strict, qui pourrait contester un tel choix ? Qui peut obliger une personne à être finaliste ? Et inversement qui peut obliger les finalistes (nommés ci-dessous) à ne pas l’être !

PRIX DU PUBLIC - Titres sélectionnés par les librairies Archambault et éventuellement soumis au vote du public.

¤ Paradis Clef en main, Nelly Arcand
¤ Dérives, Biz
¤ Maleficium, Martine Desjardins
¤ La canicule des pauvres, Jean-Simon DesRocher
¤ Mon vieux, Pierre Gagnon
¤ L'énigme du retour, Dany Laferrière
¤ La petite et le vieux, Marie-Renée Lavoie
¤ Dans sa bulle, Suzanne Myre
¤ La faim de la terre t.1 et t.2, Jean-Jacques Pelletier
¤ Ru, Kim Thùy

PRIX DE LA RELÈVE - Titres choisis par un comité de lecteurs des librairies Archambault et éventuellement soumis au vote du public

¤ Les seigneurs de Mornepierre, Isabelle Berrubey
¤ La louée, Françoise Bouffière
¤ Les révolutions de Marina, Bia Krieger
¤ La petite et le vieux, Marie-Renée Lavoie
¤ Je compte les morts, Geneviève Lefebvre
¤ Il ne faut pas parler dans l'ascenseur, Martin Michaud
¤ Confidences en trompe-l'oeil, Guy Mouton
¤ La foi du braconnier, Marc Séguin
¤ Ru, Kim Thùy

Question extraite d’une lettre signée par un des finalistes, Jean-Simon DesRocher :

«Si M. Courtemanche avait réellement voulu atteindre Quebecor Média, n'aurait-il pas fait mieux d'attendre que les finalistes soient révélés afin de préparer une action concertée avec certains d'entre eux? Cette question, je la pose en toute candeur, car étant en accord avec les principes énoncés pour justifier le retrait de sa candidature, je dois avouer que la validité de ses motivations et les conséquences de sa vision binaire me laissent aujourd'hui perplexe.»

Dans une entrevue accordée à Chantal Guy, Gil Courtemanche aborde cette question :

GC : «Et si j'avais eu les noms des autres finalistes, je les aurais contactés avant. J'ai demandé à tout le monde dans le milieu s'ils connaissaient les noms. Je n'en ai eu qu'un seul, que j'ai contacté, mais il n'était pas d'accord avec moi.»

À la question de Chantal Guy s’il ne fallait pas avoir les moyens financiers d’une telle position :

GC : «Je n'en ai pas les moyens. Je ne suis pas riche, et 10 000$ seraient très bienvenus. Ça ne m'est jamais passé par l'esprit. D'ailleurs, c'est la deuxième fois que je suis en nomination pour ces prix, et la dernière fois, j'ai accepté, parce qu'il n'y avait pas de lock-out.»

Autre question, tout aussi pertinente, toujours de Chantal Guy : Et ceux qui en sont à leur première nomination à vie, qui en sont à leurs premiers pas, qui ont besoin d'un coup de pouce?

GC : «Tous les écrivains qui vont mal actuellement vont mieux que les travailleurs qui sont dans la rue depuis deux ans. Ils continuent à travailler, ils croient en leurs rêves, ils ne sont pas humiliés et traités comme des moins que rien.

Ce que j’en pense

Mon opinion transparait déjà mais je rajouterai que c’est tout à l’honneur de Gil Courtemanche de poser un tel geste, j’aime les personnes qui vont au bout de leurs convictions. Qu’il ait l’idée d’inviter les autres écrivains à faire comme lui, pourquoi pas. Je dis bien « inviter », pesons le mot, une invitation implique une complète liberté d’accepter ou refuser. De quelle manière a été faite cette invitation ? Et quelle est l’attitude de GC devant les refus, là sont mes questions.

Je constate que les finalistes viennent à la défense de leur position comme s’ils étaient attaqués. Pourquoi ? Ils ont droit à leur opinion souvent basée sur leur position unique sur l’échiquier du monde de l’édition. Quand GC déclare qu’un 10,000 $ aurait été bienvenu, on s’entend que TOUT LE MONDE rajouterait un 10,000 $ dans ses poches, mais indéniablement certains en ont plus besoin que d’autres. D’ailleurs, il mentionne que 10,000 $ ait été en jeu ne lui est même pas venue en tête ! Ça rajoute à mon avis que ce montant serait de l’ordre du surplus. Gil Courtemanche n’est pas dans la rue avec ses succès littéraires portés en film, ses chroniques régulières au journal Le Devoir. et multiples invitations à des conférences. Ce qu'il récolte est mérité, là n'est pas la question, mais qu'il a moins à gagner et donc à perdre en retirant son nom.

Un écrivain est lu s’il sort un peu de l'ombre, être finaliste pour un Prix en est une manière, et il y en a plusieurs autres. J’en viens à croire que des écrivains à leur début sont autant en peine que certains journalistes en lock-out. Et il est bien entendu pour moi que je laisse aux écrivains, un à un, le loisir de l'évaluer.

Que chacun des écrivains en nomination soit fiers de l'être !! Qu’ils prennent le meilleur de cette controverse : on parle du Prix, et par ricochet d’eux. Alors, bravo, mission accomplie monsieur Courtemanche ! Peut-être pas celle que vous aviez en tête cependant.

Mais qui peut se vanter d’avoir le contrôle sur la Vie ... et sur des finalistes à un Prix littéraire ?

Article complet de Chantal Guy d'où j'ai tiré les réponses de Gil Courtemanche.
Chronique de Jean Barbe sur la même question

mardi 23 novembre 2010

Journée Salon

J’ai encore un “ouf” empêtré au niveau de la cage thoracique en pensant à cette journée bourrée de rencontres et donc d’émotions. C’est toujours pêle-mêle dans ma tête, comment la transmettre alors ? La tendance serait-elle d’y aller par chronologie ? Essayons !

Samedi, 13 h 00, c'est au pas de course que nous nous dirigeons vers le kiosque Hachette pour adultes. Heureusement, notre explorateur BD, (Pierre-Greg) nous intercepte et nous indique le kiosque Hachette pour la jeunesse où Marsi est attendu pour sa séance de dédicaces, Surprise, il y a déjà du monde qui attende ! Quelle bonne nouvelle, pourrait-on dire, si ce « petit monde » n’était pas en ligne pour Zep, auteur de Titeuf, auteur archi connu qui a sa séance juste après Marsi ! « Êtes-vous Zep ? » demandaient certains enfants, malgré que Marsi ne ressemblait pas du tout à leur idole. C’est dire la hâte agitant ces enfants ! La personne qui s’occupait du kiosque, un libraire de Planète BD a eu la délicatesse d’écarter les enfants, afin de ne pas empêcher l’affluence (!) des admirateurs de Marsi. Mon homme déjà occupé à bavarder et dédicacer l'album de ce chaleureux libraire, j'empoigne courageusement mon plan et ma feuille de route, laissant là mon héros à sa séance d'humilité et, aussi fébrile que les enfants que je venais de rencontrer, je me jette vers l’escalier menant au kiosque de Louis Hamelin.

En déambulant, je doute encore un peu. Je m'apprête à poser le dernier geste de m’approprier une lecture exigeante, ne serait-ce que par sa longueur sans même y ajouter la profondeur (600 pages). Pour moi, le plaisir d’attendre est presqu’aussi grand que la rencontre avec l’écrivain, j’aime sentir la ferveur circuler parmi les rangs. À l’avance, ces lecteurs partagent un point commun, le désir de « La constellation du lynx ». L’homme derrière moi en parle allégrement avec son compagnon, il achève le bouquin. Lecture aussi intéressante qu’ardue, affirme-il. Éviter de lire que dix pages à la fois au risque de rater certains liens entre les innombrables retours dans le passé (flashbacks). Toujours devant la chaise vide que devrait occuper l'auteur, il finit par se présenter à la course, s’excusant de son retard. Je l’imaginais aussi grand que son œuvre, il est petit, sa voix me fascine, une douce mélodique, quasiment un accent féminin. J'y vois une qualité, mais pas certaine du tout qu’il l’entendrait ainsi ! Peu de temps nous est alloué pour ce tête-à-tête devant public, enfin devant l'auteur, mes mots déboulent nerveusement. Grosso modo, je lui déclare que jusqu’à date je l’ai plus vu que lu, à preuve, je l’ai raté à son atelier donné dans le bois durant les Correspondances d’Eastman. Je le regrette encore et toujours. Je repars avec cette dédicace « Pour Venise, en souvenir des rencontres arrivées, ou pas ... Merci ! ». J’ai été me cacher pour la lire, des mots manuscrits adressés à soi par un écrivain fait naitre une vague de chaleur au niveau du cœur.

Pas une minute à perdre, il m’en faut une autre, je n’ai pas encore ma dose ! Direction vers le très central et très achalandé kiosque « Libre expression » pour Une vie à aimer. Juste ce titre m’aimante. Sa réputation n’est plus à faire comme journaliste, mais moi, c’est l’auteur, donc l’humain, qui m’intéresse. Tout me porte à croire que Michel Jean se dévoilera par cet écrit. Je réalise rapidement, en joignant la file, que fans rime avec femmes. Faut dire que « Une vie à aimer est un hommage aux femmes, le portrait poignant d’un homme qui jette un regard lucide sur le monde, sur les gens qu’il a croisés et, surtout, sur lui-même.

« Un livre d’homme qui pourtant ne parle que de femmes. Bonne lecture ! » si vous sentez concernés par cette dédicace, rien ne vous empêche de la faire vôtre !

Je me sens à l’avance très émotive pour ma visite prochaine à Gil Courtemanche, suivi de près par celle à Jean-François Beauchemin. Je ne me cache pas que ces deux noms servent d’hameçon jeté dans votre eau afin que vous replongiez pour la suite demain. L'on dit maintenant que le lecteur est un butineur, que son attention se lasse rapidement, première raison pour scinder mon texte. Et également, le lancement « Partie de pêche » qui mérite sa place d’honneur, je ne suis quand même pas pour vous l’expédier à mille mots à la minute !

À noter :
Notre ami Pierre-Greg nous entretient de sa vingtaine de dédicaces à la Lucarne à Luneau. Il a aussi assisté au lancement, vous aurez donc bientôt deux versions du même événement !

vendredi 19 novembre 2010

12 Finalistes - Prix des Libraires

Dévoilés cet après-midi au Salon du Livre de Montréal, presque en primeur, voici la liste des douze finalistes de chacune des catégories de l'Association des libraires ! ...

Je vais d'ailleurs tenter de lire le plus possible de titres de la catégorie que vous imaginez (!) avant le dévoilement des grands gagnants au mois de mai !


Catégorie Roman québécois
¤ Je voudrais qu’on m’efface, Anaïs Barbeau-Lavalette (Hurtubise)
¤ Paul et Claudel, Daniel dÄ (Hurtubise)
¤ La canicule des pauvres, Jean-Simon Desrochers (Les Herbes rouges)
¤ Les larmes de saint Laurent, Dominique Fortier (Alto)
¤ La constellation du lynx, Louis Hamelin (Boréal)
¤ Ceci n’est pas une histoire de dragons, Mathieu Handfield (Ta mère)
¤ Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles, Nicolas Langelier (Boréal)
¤ La petite et le vieux, Marie-Renée Lavoie (XYZ éditeur)
¤ L’Homme blanc, Perrine Leblanc (Le Quartanier)
¤ La ballade de Nicolas Jones, Patrick Roy (Le Quartanier)
¤ Petite armoire à coutellerie, Sabina Senez (Leméac)
¤ Attraction terrestre, Hélène Vachon (Alto)


Catégorie Roman hors Québec
¤ L’équilibre des requins, Caterina Bonvicini (Gallimard)
¤ La malédiction des colombes, Louise Erdrich (Albin Michel)
¤ Suite(s) impériale(s), Bret Easton Ellis (Robert Laffont)
¤ Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Mathias Enard (Actes Sud)
¤ L’école des films, David Gilmour (Leméac)
¤ Quand souffle le vent du nord, Daniel Glattauer (Grasset)
¤ La carte et le territoire, Michel Houellebecq (Flammarion)
¤ L’homme inquiet, Henning Mankell (Seuil)
¤ Purge, Sofi Oksanen (Stock)
¤ Rosa candida, Audur Ava Ólafsdóttir (Zulma)
¤ Sukkwan Island, David Vann (Gallmeister)
¤ L’indésirable, Sarah Waters (Alto)

À Noter :

" L’auteur(e) doit résider au Québec. L’oeuvre doit être écrite, ou traduite, en français. L’oeuvre doit avoir été publiée en français, au Québec, entre le 1er janvier et le 31 décembre de l’année qui précède la remise du Prix des libraires du Québec. Les livres primés doivent être un roman, un récit ou un recueil de nouvelles inédites. Un auteur qui a déjà remporté le Prix ne peut l’obtenir une seconde fois ".

Et maintenant ...

"
Une fois la sélection des titres complétée, vient le processus de votation, coordonné par
l’Association des libraires du Québec. Un bulletin de vote est envoyé à tous les libraires du Québec, (chaque employé de la librairie a droit à un vote, le bulletin de vote en fait foi, puisqu’il est accompagné de la signature de l’employé) qui, une fois rempli, le retournent à l’ALQ. La compilation s’effectue à huis clos à l’ALQ ".

jeudi 18 novembre 2010

Vrac en différé

Me voilà un peu fébrile à vous écrire aujourd’hui. Je vous le communique, car ça ne se transmet pas nécessairement par l’écrit !

Le Devoir au Cercle
De savoir que ce soir même nous passons chacun, Marsi et moi, une audition pour l’émission « Le Cercle » y fait pour beaucoup, mais il y a plus encore. Il y a également Le Devoir des écrivains du 17 novembre. J’apporte avec moi cet exemplaire spécial où l’actualité est vue par 33 écrivains. Une idée prometteuse pour apporter à l’attention des lecteurs du Devoir que le Salon du livre de Montréal s’amorce le 17 novembre jusqu’au 22. La pléthore d’écrivains enfermés dans ce carré de larges feuilles, c’est fabuleux. J’ai feuilleté l’exemplaire rapidement ce matin, assez pour attiser ma hâte, je réserve cependant une lecture plus approfondie dans la salle d’attente (1h 30) durant l’audition de Marsi. Ce qui est appelé une audition comporte un test écrit sur les connaissances générales suivi d’une simulation du jeu, là où nous devrons démontrer que nous sommes des personnes souriantes et dynamiques même en se creusant la tête !!

Notre festivité livresque

Notre journée « Salon » arrive, ça contribue à mon effervescence. C’est samedi et les heures de présence se déclinent ainsi :

¤ Au kiosque 466 - HACHETTE - Glénat-Québec pour son tout nouvel album collectif (6 auteurs) "Partie de pêche" – De 13 h 00 à 14 h 00. Le lancement aura lieu dans le même bâtiment, à l’Hôtel Hilton de la Place Bonaventure à 17 h 00.
¤ Au kiosque 353 - La Pastèque pour Miam miam fléau, - De 18 h 30 à 19 h 30.

Et quant à moi, je me promets une promenade parmi des auteurs que j’aime voir autant que lire : Michel Jean, Jean-François Beauchemin, Louis Hamelin pour leurs petits derniers « Une vie à aimer », « Le temps qui m’est donné » et « La constellation du lynx ». Moi, qui commence à réaliser que j’aime particulièrement les écritures de femmes, je n’ai que des hommes à l’horaire !

Mon Prix chouchou

Le nom des finalistes du Prix des Libraires sera annoncée demain au Salon du livre ... j’ai tellement hâte de la connaître !

Ce que les collégiens vont lire

¤ Tiroir no 24 de Michaël Delisle (Boréal)
¤ La Constellation du Lynx de Louis Hamelin (Boréal)
¤ Les Larmes de Saint-Laurent de Dominique Fortier (Alto)
¤ La Respiration du monde de Marie-Pascale Huglo (Leméac)
¤ Mon nom est Personne de David Leblanc (Le Quartanier).

Ces titres seront lus par les étudiants de 50 collèges et cégeps.
Remise du prix le 15 avril prochain.

Surprise !

Un premier roman remporte le Grand Prix du livre de Montréal :
Perrine Leblanc pour l’homme blanc – publié chez Le Quartanier

Le Cercle, aujourd’hui

Comme je n’ai pas eu le temps de poster mon billet hier, je peux maintenant vous dire que nos auditions à Marsi et à moi se sont très bien déroulées. Je gagerai n’importe laquelle de mes blouses que Marsi est un futur concurrent. Nous recevrons la confirmation de mon pressentiment en 2011, pas avant. Quant à moi, mes chances sont bonnes, mais je garde mes blouses, ou si je gage, c’est quelques boutons !

mardi 16 novembre 2010

Éteignez, il n'y a plus personne - Louise Lacasse (Prix Robert-Cliche)

Ne serait-ce qu'en lisant les phrases hameçon (theaser), se réalise aussitôt la divergence des opinions des cinq rédacteurs ce mois-ci :

Quand un roman vous donne envie d’éteindre votre lampe de chevet et d’échanger la lecture pour votre oreiller.
Maxime Jobin

Louise Lacasse propose un récit dynamique et plein d’humour. Cette histoire aux multiples personnages mêle des trajectoires individuelles et le portrait d’une région désertée par ses habitants.
Philippe Guillaume

Un premier roman qui a du potentiel… mais qui s’éparpille.
Mylène Durand

Une langue truculente qui ne réussit pas à sauver ce premier roman
Lucie Renaud

J’aime être déroutée, surtout quand c’est bien fait, j’entends par là avec un naturel où l’on ne soupçonne pas le « faire exprès ».
Venise Landry


Roman déroutant

Au départ, j’ai eu à m’habituer à cet humour subtil, d’une ironie pince-sans-rire. L’emploi sporadique du « nous » est un peu surprenant mais a créé une complicité avec le lecteur qui l’a emportée sur l’incongruité, qui allait dans le même sens que le style inclassable et, en cela, original.

Le regard de l’auteure sur le monde n’est pas accoutumé, en tout cas moi, je n’ai pas vu si souvent des mères avoir si peu d’instinct maternel, une femme de facteur si engagé, des fils en – Ric, Éric, Ulric, Bénédic – se ressembler tant et s’éloigner autant, une étudiante aussi impliquée que détachée. Sans tout énumérer, il y a matière à être déconcerté, ce que j’ai accepté de bon gré, vu l’aisance avec laquelle le tableau est présenté.

J’ai cru repérer chez Louise Lacasse une réelle faculté à donner pleine liberté à la fantaisie qui l’habite, congédiant un rationnel qui peut être inhibant. Un lecteur qui se mettrait en tête de passer à la loupe les incongruités pour évaluer le degré de plausibilité des situations pourrait en trouver, mais à mon avis, il se priverait surtout du plaisir d’être mené hors du sentier trop foulé des clichés.

Une auteure que je vais suivre, assurément.

samedi 13 novembre 2010

Petite armoire à coutellerie - Sabica Senez

Je ne sais pas où j’ai été cherché ça mais je croyais que c’était un roman conventionnel, avec des chapitres, des pages pleines, plusieurs personnages. La seule chose dont j’étais absolument certaine était de désirer le lire. Le titre et son air un peu vieillot m’attirait, point.

Ne l’ayant pas feuilleté (recouvert d’une pellicule plastique), je fus quitte pour l’étonnement en découvrant plusieurs pages remplies d’une seule ligne. Si je l’ouvre pour vous, là, au hasard « Ton silence est une lame sur ma gorge » couvre la page 60.

Un roman où se réfléchit une poésie existentielle. Un roman où l’on rencontre une femme qui ne réfléchit plus, tellement elle a mal à son cœur qui bat la démesure. La démesure du cœur qui vit pour quelqu’un qui n’est plus là. Cette absence pleine remplit les pages de savoureuses phrases. Un esprit fin habite chaque mot, un esprit souffrant pourtant.

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à une partition de musique, pour sa portée de silences qui s’entendent bien. Du déchaînement, des fausses notes, des croches, une pluralité de noires forment ce tout musical chantant une peine pleine d’amour.

Très inspirant ce petit volume qui remplit la main tendue de celui qui l’offre, et de celui qui le reçoit. Même si on ne s’emballe pas à chaque souffle, le tout rachète les parties.

Aux personnes qui portent en leur cœur une peine d’amour ancienne, aimant s’étourdir de l’opium poésie, c’est à prendre comme l’écrin s’ouvrant sur un petit bijou.

jeudi 11 novembre 2010

Un Prix pour chaque livre

Un Prix pour notre professeur !

Notre prof d’atelier d’écriture, Michèle Plomer, ne va pas que voyager en Chine, avec cette nouvelle fraîche, la France l’attend ! Comment le dire mieux que Sylvianne Blanchette de la Librairie Vaugeois :

Nous ne pouvions passer sous le silence que l'auteure de HKPQ, notre chouchou par excellence s'il en faut un, a reçu le Prix littéraire France-Québec! Ce prix, accompagné d'une bourse de 5000 euros, aide à diffuser et à mieux faire connaître en France les romans publiés au Québec. Si ce n'est pas déjà fait, nous vous suggérons fortement la lecture de ce sympathique roman. Nous le recommandons chaudement à nos clients depuis presque deux ans maintenant et nous ne nous en lassons pas! Merci à Mme Plomer d'avoir créé de si charmants personnages comme Poissonne et de nous faire visiter Hong Kong à travers ce sublime récit!

Prix en argent sonnant

Les cinq finalistes du Grand Prix du livre de Montréal de l’édition 2010 viennent d’être annoncés. Voici les cinq potentiels récipiendaires de la bourse de 15 000 $ :

¤ Marie-Claire Blais, Marie au bal des prédateurs (Boréal)
¤ Louis Hamelin, La constellation du lynx (Boréal)
¤ Perrine LeBlanc, L’homme blanc (Le Quartanier)
¤ Miguel Syjuco, Ilustrado (Penguin)
¤ Élise Turcotte, Ce qu’elle voit (Noroît)

C’est le 16 novembre que nous connaîtrons le lauréat de la bourse de 15,000 $. Je ne voudrais pas décourager personne en le disant, mais se frotter à La constellation du lynx, hum ... ce sera pas évident de s’en tirer gagnant. Même si j’essaie d’éviter les pavés (600 pages), je vais être « obligé » de le lire celui-là !

Prix en devenir

Aujourd’hui est la première journée de délibération du jury pour le Prix des Libraires. C’est mon prix chouchou, sans vraiment trop savoir pourquoi. Peut-être parce que je le sens plus près de moi, peut-être est-ce parce qu’il m’apparait avoir une incidence plus marquée sur les ventes, peut-être parce que l’opinion des libraires m’importe ... enfin, j’imagine que c’est pour tout ça !
Donc, une palpitante histoire à suivre pour moi et ... pour nous ?

C’est pas chouette !!! - - -Tiré du magazine Le Libraire :

Un scandale aussi tragique qu’absurde a éclaté la semaine dernière en Inde. Selon le ministre de l’Environnement du pays, Jairam Ramesh, le succès d’Harry Potter menacerait en effet la population de chouettes d’Inde.

Dans Harry Potter à l'école des sorciers, une chouette au plumage blanc nommée Hedwige est offerte à Harry pour son 11e anniversaire. L’oiseau majestueux devient, jusqu’au dernier tome de la série, le fidèle compagnon du jeune magicien.
Or, la fascination pour la saga de J.K. Rowling pousserait les jeunes lecteurs du monde entier à exiger leur propre chouette Hedwige, faisant accroître de façon inquiétante la contrebande d’oiseaux provenant de l’Inde.

Pour le ministre de l'Environnement, la chute de la population de chouettes serait ainsi causée par la vente de ces volatiles offerts aux enfants en guise de cadeau d'anniversaire.
Informée de la situation, Rowling en personne est intervenue pour demander au peuple de cesser cette exportation, rappelant l’aspect cruel de ce commerce.

Illustration tiré de ce site

lundi 8 novembre 2010

Je ne veux pas mourir seul - Gil Courtemanche

“À la première femme qui parce qu’elle est la première devient la dernière femme » - Cet exergue donne un indice révélateur ; ce roman autofictif parle plus d’amour que de mort.

Sous ce titre, Gil Courtemanche, journaliste et romancier reconnu pour son franc-parler et son côté dénicheur de réalités méconnues, fait plus que s’épancher, il se confesse. Et je vous prie de me croire que je n’abuse pas du mot « confesser ».

Il recevra le congédiement de celle qui l'aime depuis huit ans, par courriel. Ça donne un choc : « La mort est plus subtile, c’est un cancer qui s’annonce, un courriel qui dit « Je te quitte ». Et quelques raisons suivent. Elle est en Afrique, moi en Europe. Je croyais que nous étions heureux et me voici mort ou presque par un simple courriel. » Cet homme, qui a reçu sa première condamnation par courriel, en recevra une autre : cancer du larynx. C’est à prendre ou à laisser ! L’option de « prendre ou laisser », il la jaugera tout au long du roman divisé par chapitres qui alternent entre la vie et la mort. Peu de différences entre les deux qui se côtoient intimement dans sa situation d’homme réalisant dans la souffrance l’ampleur de l’amour qu’il portait pour Violaine.

C’est la déclaration d’amour la plus troublante que j’ai lue jusqu’à date, puisque je n’y ai trouvé aucune culpabilité malsaine, ou ton plaintif, ou état de victime à défendre. S’entend le cri douloureux de l’éveil de l’homme réalisant combien il a raté d'occasions d’exprimer l’intensité de son amour, et pour toutes sortes de raisons sottes ... qu’il confesse sans se ménager. Je me suis bien sûr demandé si cet acte de lucidité et d’humilité n’était pas un dernier cri lancé à l’aimée. Qu’elle entende au moins la clameur vibrante de son amour qui survit, et même grandit, à son départ.

Le récit s’intensifie de cette bataille pour garder sauve sa vie, tandis que Gil Courtemanche n’y tient pas. Voici le cœur même du drame. « Car, dans ce testament, je ne veux léguer qu’une chose : cet amour absolu qu’elle n’a jamais compris. [...] Des mots, même inspirés par la mort qui rôde autour du stylo, ne seront toujours que des mots qu’elle ne lira qu’après mon décès. Peut-on léguer une douce caresse, un regard admiratif, l’ennui d’un parfum ? »

Eh bien, oui, on le peut, monsieur Courtemanche, on le peut, puisque vous l’avez fait. Cependant, votre lègue ne sera peut-être pas relevée par la personne visée, mais à d’innombrables autres. Et je l’espère, pas seulement aux femmes, aux hommes aussi. « Le besoin n’est pas la dépendance, ma chérie, c’est la reconnaissance de la force et de la richesse de l’autre. Ce n’est pas non plus un jugement négatif sur soi, un aveu de faiblesse, c’est l’acceptation du fait qu’exister seul et sans besoin d’un autre est une forme de pauvreté ou d’orgueil mal placé. »

Et sa déclaration d’amour posthume de continuer de vivre au-delà du temps :

« Avant toi, je ne savais pas que l’on pouvait mourir du souvenir d’une crème du matin au parfum d’amande. Je ne savais pas que le bruit des pas qui reviennent à la maison pouvait enchanter plus que toutes les récompenses et les prix du monde ».

Et c’est un homme qui en a reçus qui l’affirme.

mercredi 3 novembre 2010

D'un pont à l'autre

Parce que du plus personnel m’occupe, le Passe-Mot ne passe pas le mot très souvent. Ce soir, je le refile à la plus silencieuse des Babillardes qui s'éveille pour vous conter fleurette et sa vie de château*. Si ça vous intéresse, passez la visiter, elle adore !
Peux quand même pas me sauver sans un mot sur la littérature, non mais quand même, je sais vivre !
Il me reste que quelques pages à lire de « Je ne veux pas mourir seul » de Gil Courtemanche. Je suis déjà à même de dire que je comprends tout à fait qu’il soit en lice (titres ci-dessous) pour le Prix du public du Salon du livre de Montréal :
Nelly Arcan, Paradis clef en main (Coups de tête)
Gil Courtemanche, Je ne veux pas mourir seul (Boréal)
Michel David, Un bonheur si fragile (Hurtubise)
Delaf et Dubuc, Les Nombrils - Duel de belles (Dupuis)
Nadine Descheneaux, Les Secrets du divan rose - Oui, non… peut-être? (Boomerang)
India Desjardins, Le Journal d’Aurélie Laflamme (Intouchables)
Dany Laferrière, L’énigme du retour (Boréal)
Jean-Jacques Pelletier, La faim de la terre (Alire)
Michel Rabagliati, Paul à Québec (La Pastèque)
Louise Tremblay-D’Essiambre, Mémoires d’un quartier (Guy Saint-Jean)
Fait notable, sur les dix finalistes : deux auteurs disparus et deux bandes dessinées. Et quant à être dans le sujet, bande dessinée/salon du livre de Montréal, Marsi y sera doublement cette année.
Le samedi 20 novembre, grosse journée pour Marsi ! Au kiosque Glénat-Québec, il donnera une séance de signatures pour « Une partie de pêche » à 13 h, avant même que cet album (collectif) soit lancé quelques heures plus tard à 17 h. Suivra au kiosque La Pastèque, à 18 h 30, une séance de dédicaces pour Miam miam fléau qui continue son petit bonhomme de chemin. Petit bonhomme ira loin ! Je pêche pour ma paroisse bien sûr, et ça ne fait de mal à personne, puisque toutes les paroisses sont bienvenues !
À notre retour de Québec, en mission de repérage pour Colis 22, le projet dans lequel Marsi travaille fort, je vous donnerai mon impression du roman très personnel de Gil Courtemanche « Je ne veux pas mourir seul ».
À très bientôt !
* Photo du Château de Frontenac que j'ai été dans l'impossibilité de rajouter à La Babillarde.

samedi 30 octobre 2010

Nos échoueries - Jean-François Caron

La Recrue du mois.
À visiter ... on s'est mis beau ! Et nous sommes maintenant un webzine.

Avec du Gilles Vigneault en exergue, je m’attendais à un style poétique et sur ce point, pas de déception.

En fait, je me suis demandé à plusieurs reprises pourquoi je devais forcer mon attention pour ne pas quitter Sainte-Euphrasie, puisque je n’avais rien, tout au contraire, à reprocher à une langue de très haute qualité.

Serait-ce parce que l’auteur nous confine dans un village et que nous y naviguons, non par le cœur des gens, mais par la langue justement, et ses très nombreuses descriptions ? Pourtant, je ne suis pas du genre à sauter les descriptions pour passer à l’action quand je suis tenue par une intrigue mais, à un moment, comme dans n’importe quoi, trop c’est trop.

Malgré tout, ma réponse à ma difficulté à me concentrer, certains diraient embarquer, m’apparaît incomplète. Je me souviens d’ailleurs où j’ai commencé à décrocher ; un certain chapitre où le nouvel arrivant au village vole un matelas abondamment souillé abandonné derrière l’hôtel voisin. Qu’il soit si troublé de voler un déchet m’a franchement égarée. C’est dans la maison de son enfance vidée qu’il couchera sur ce qu’il nomme « son matelas de suicidé ». Suis-je passée à côté d’une part de la symbolique; les personnages importants de son exil disparaissent et je n’ai pas su en comprendre le sens, pas plus que la symbolique du matelas, du feu, de la Farouche en Marie.

Cependant, j’ai cédé à l’intrigue de la relation avec sa Marie, à qui il s’adresse tout au long du récit. Cette part m’apparaissait claire, malgré un questionnement intense et les nombreuses nuances. D’ailleurs, la fin m’est apparue forte.

Je le répète, j’ai apprécié la justesse de la langue, trouvé original l’emploi du futur projeté dans le présent du récit et suis resté coite d’admiration devant l’esthétique de certains phrasés. Cependant, m’a irrémédiablement manqué une relation plus directe avec les personnages, avec cette impression dérangeante qu’un filtre m’empêchait de les rencontrer.

Et si l’option était de nous faire ressentir l’ennui de vivre dans ce village qui se meurt à petit feu, eh bien, mission réussie, je me suis identifiée au personnage heureux de le quitter !

Quatre autres opinions à La Recrue, une présentation de l'auteur et des questions. Nous y allons à fond. Vous saurez tout ... ou presque !

mercredi 27 octobre 2010

Écriture quand tu nous tiens

Bon, me voilà ! Pas mal occupée ces temps-ci, je me suis enfin attelée à un projet d’écriture personnelle. Et ce ne sera pas un roman, plutôt un récit, appelons ça un témoignage. J’en ai pour au moins un an à l’écrire et il y a une excellente raison pour cela, que je ne peux et ne veux pas dévoiler tout de suite. Un peu comme l’embryon dans le ventre, certaines mères l’annoncent haut et fort dès les premiers jours du « oui », d’autres attendent et c’est souvent des personnes qui ont peur de la fausse couche. J’ai peur de la fausse couche. Pour une fois que je suis décidé à coucher mes mots dans un projet de longue haleine !

Et de un !

De deux, je me suis jointe à un atelier d’écriture avec Michèle Plomer. Quand une de tes écrivaines préférées, habitant à une quinzaine de kilomètres de ta demeure part un atelier intitulé « Terre à terre », d’une durée de six semaines, tu ne te fais pas prier. En plus, j’ai un bonus, Marsi y participe aussi ! En cette première soirée de rencontre hier, Marsi a été le bonus mâle pour huit femmes. Les femmes sont lectrices et sont écrivaines, les femmes aiment les mots, qui dira le contraire !

Pour mon plus grand plaisir, Marsi s’est senti très à l’aise. Submergé par un projet de roman graphique, ça tombe en plein dans ses préoccupations du moment. Et puis, il faut le dire, le groupe est très sympathique. Des femmes allumées ! Certaines forment déjà un groupe qui se rencontrent régulièrement pour s’encourager, s’aider mutuellement, et c’est chacune leur tour qu’elles remplissent le rôle d’animatrice. J’ai aimé voir le respect se dégager des unes envers les autres.

Et l’auteure, elle, Michèle Plomer ? Elle a une manière de nous faire travailler, en ne nous martelant pas son savoir, nous aidant plutôt à aller chercher nos réponses. Elle réussit à passer son message, comme si on l’avait trouver toutes* ensemble. Ainsi, je me dis que l’info risque d’aller s’imprimer sur les méninges et d’y rester. En conclusion, je suis très contente de ce que j’ai vu et appris, qui s’annonce très différent de l’atelier « Comment entreprendre son premier roman » avec l’auteur, André Jacques , spécialiste du roman policier. Lequel j’avais aussi beaucoup apprécié. L’occasion de voir sous deux angles différents, c’est ce qui me plait.

En quittant pour mieux vous revenir, je précise que je mettrais bientôt en ligne ma critique sur Nos échoueries de Jean-François Caron. C’est La Recrue du mois d’octobre, mais je ne l’ai pas encore amenée par ici comme je le faisais auparavant. C’était mon astuce pour vous amener à aller vous balader sur notre site renouvelé de fond en comble. J’ai terminé la lecture de la prochaine œuvre sur la sellette le 15 novembre, nous devons maintenant remettre nos « papiers » deux semaines à l’avance. Le suspense demeure entier, webzine oblige !

* pour la circonstance, je fais gagner le féminin sur le masculin !

lundi 25 octobre 2010

Éparpillé de Benoit Roberge

Vous filez pour du léger, très léger, pour de la « chick lit » masculine, vous aimez l’humour en général et l’humour caustique en particulier, cette histoire d’un coup de foudre au cœur d’un été montréalais est peut-être pour vous.

Mais il n’était pas pour moi.

Je commence à conclure que moi et l’humour de Benoit Roberge, nous nous accordons moins que plus. Ce qui me permet de l’avancer est ce Cas Roberge, film que j’ai vu au cinéma. J’ai réalisé qu’à la toute fin qu’il s’agissait du même Benoit Roberge, réalisateur, scénariste et maintenant romancier (son premier).

J’ai écouté l’homme en entrevue, je le trouve sympathique, mais un peu brouillon. Éparpillé est à son image. Je ne nie pas avoir savouré quelques unes de ses critiques sociales bien tournées, surtout avant que la foudre transperce son cœur de bord en bord. Le personnage nommé Louis de Gonzague tombe éperdument amoureux d’une serveuse qu’il lui sert un jour son café dans une Croissanterie. Et qui disparait, s’éclipse, ne revient plus jamais travailler à ce Café. Qu’il regrettera d’avoir manqué l’occasion de se faire valoir à ses yeux ! Il lui a cependant laissé un petit message sur papier blanc.

Le fait qu’il passera sa vie à l’imaginer, la rêver, la chercher m’a lassé. Il en met tant et tant sur cette femme (évidemment le propre de la chick lit), que ça en devient pathétique. Son humour rase-mottes ne soulevant plus que de la nostalgie et de l’apitoiement, il devient une victime, et une victime porte moins bien l’humour mordant, vous ne trouvez pas. Peut-être que son esprit drolatiquement spirituel aurait sonné autrement n’aurait été de ce grand coup du destin.

Il ira la chercher dans tous les coins et, même en Europe, sa serveuse londonienne aux lunettes surdimensionnées. Je vous donne une idée de cette apparition de ses rêves :

« Pour se tenir en équilibre et se mouvoir avec fluidité dans l’espace, elle porte des souliers plats du genre petite Chinoise soumise. Aux pieds d’une granola défraîchie, ces mocassins provoqueraient en moi une profonde répulsion, mais elle, elle les porte divinement bien. L’ouverture sur le dessus laisse deviner un pied blanc et tendre au bout duquel fleurit un crescendo d’orteils savoureux et morphologiquement parfaits. Pour la saveur, je sais, j’anticipe effrontément. Mais comme j’aime anticiper, je dirais nougat suisse et miel d’Orient. Les chevilles sont fines. Mais je devrais les qualifier autrement, parce que des chevilles fines, on entend ça tous les jours. C’est commun, des chevilles fines. C’est banal. C’est comme des joues creuses, des nez aquilins et des mentons proéminents. »

Service de presse
- Éparpillé de Benoit Roberge, Éditions Les Malins, 196 p.

jeudi 21 octobre 2010

Il y était une fois les blogueurs

Samedi, le 9 octobre, j’ai vécu une grosse soirée. Ce genre de moment qui rallie la vie virtuelle, dans laquelle je passe énormément de temps, avec la réelle.

Cette soirée est venue du désir de Sandra Gordon à son premier roman, Les Corpuscules de Krause, d’un lancement sans prétention et flafla, juste du réchauffement de cœurs. Cette Sandra, avec son blogue La Cour à Scrap, s’est attiré plusieurs adeptes virtuels. Dont, moi. Dans son espace, qui m’intimidait au début, je stationne régulièrement mon imagination, il y règne cette liberté d’expression qui sonne comme une invitation.

Ce lancement a trainé dans son sillage deux événements; la rencontre d’une vingtaine de blogueurs autour d’helenablue, grande blogueuse devant l’éternel, venue expressément de Lille en France pour y assister (!!!), suivi de près par la prestation musicale de Masatak (L’homme renversé). Cet happening livre qui unit, réunit, fait la fête, n’aurait pas atteint cette réussite sans un tisseur de liens, Christian Mistral, que j’ai eu, enfin, le plaisir de rencontrer. Il était à peu près temps !

Justement, le plus frappant pour moi fut de rencontrer des personnes dont, pour la grande majorité, j’avais rencontrées dans l’antichambre de leurs mots seulement. En général, c’est la méfiance dans ce genre de « blind party » ; comment faire confiance à des gens camouflés derrière des écrans, le risque est grand de s’y aventurer sans ceinture de fausseté. C’est vrai que tout aurait pu arriver, qu’on se regarde de travers, que des tensions pointent jusqu’à prendre des chocs électriques, et presque pire, que le son sonne faux. Eh bien, désolé de décevoir les plus pessimistes : non, tellement non ! Il régnait dans ce Bar l’Absinthe plus que du respect, c'est l’admiration qui circulait d’une tête à l’autre, et l’association des pseudos avec cette tête qui le porte s’accompagnait de sourires heureux et victorieux « C’est lui ! C’est elle ! ». Même exclamation qu’à la découverte d’un trésor ! Et c'était ça aussi qu'on découvrait, des trésors.

S’aimer déjà avant de se rencontrer, n’est-ce pas un peu magique ? Ça donne toute la valeur aux mots, serviteurs de l’esprit. L’apparence ne précédant pas l’esprit, elle ne fait pas sa loi instantanée parce que conditionnée. J’aime l’idée. Elle me fait penser à la frappante histoire de Cyrano de Bergerac qui a passé à côté de l’amour de sa vie, à ne pas assez faire confiance à ses mots d’esprit.

Ce ne fut pas pour autant une soirée de mots, non justement, il s’en était déjà tellement échangés, et depuis si longtemps, ce fut plutôt une soirée de regards. Une soirée où se voyait de l’assouvissement dans les yeux qui regardent la forme de l’autre pour s’en repaître. Réaliser que les quelques déguisements derrière les écrans en sont des heureux, des imaginatifs, où l’auteur d’un personnage dépasse son personnage. De voir s’articuler les auteurs de blogues, d’entendre leurs échos de voix résonner dans un joyeux brouhaha, m’a nourrie. D’un mouvement lent et concentré, le virtuel rejoignait le réel, et les deux s’unifiaient. S’unifiaient mes deux vies. Je me suis vue et vécue dans un seul morceau cette soirée-là.

Marsi était présent, lui qui navigue peu dans les eaux virtuelles, mais il était loin d’être le seul, je pense au conjoint d’helenablue, au conjoint de Maxime, à la conjointe de Christian Mistral. Ces fidèles compagnes, compagnons, j’ai cru les voir boire à même notre folie effervescente.

Bien entendu, je ne suis pas la première à parler de cette soirée mémorable, plutôt même la dernière ! Si vous êtes curieux de nous surprendre en pays de reconnaissance, de un, Christian a créé un montage avec les photos de Patrick Natier, conjoint d'helenablue qui, bien sûr nous entretient de son expérience québécoise de quatre jours avec verve et émotion. Eh là, là juste avant de mettre en ligne, je découvre un montage à la touche personnelle helenablue, un Carnet de voyage qui prend au coeur, illustre son propos et rejoint le mien.

Et bien évidemment à lire absolument les commentaires de Sandra Gordon par qui tout a commencé ...

Et continue !

* * *
Photos, regardez-y les yeux :
1. Sandra Gordon dédicace sous trois paires de yeux passionnés, ceux de sa soeurette, les miens et ceux de Maxime.
2. Christian Mistral, une tête au-dessus, l'oeil heureux !
3. helenablue, femme si comblée par une poutine, qu'elle s'en ferme les yeux (pour ne pas voir le gras j'imagine) !
4. Ces blogueuses ne s'étaient jamais vues : Mc Doodle et Sandra. Elles se dévorent des yeux.
5. Les yeux du si précieux photographe, Patrick Natier.

lundi 18 octobre 2010

Lancement collectif : 42 auteurs

Je l’ai promis de vous glisser deux mots sur le sprint de ma présentation de 42 auteur-es, et bien sûr que dans mon cas, deux mots égalent deux cents. Minimum !

Je vous raconte. Nous arrivons au Salon du livre de l’Estrie un peu avant 18 h, nous nous dirigeons vers le kiosque de l’Association des auteurs (AaaCe), très bien situé cette année, occupant un coin et plus espacé que l’an passé. Ce n’est pas un luxe si l’on considère la quantité d’auteurs exposés, la majorité des maisons d’édition en ont rarement autant. Marsi s'installe, prenant la place de July Giguère qui finissait une séance de dédicaces pour son recueil de poésie « Rouge, presque noir ». Pour les deux ; aucune visite, aucune vente. C’est que le Salon était, à cette heure, assez désertique. Pendant que Marsi attend sa visite bien calé dans un fauteuil bas, tout petit derrière sa table, et qu'Hélène en charge du kiosque se désâme pour attirer les visiteurs, je suis partie à la recherche de la Salle Alfred Desrochers. Arrivée trop tôt, pas un chat, que le technicien au fond de la salle, je rebrousse chemin, reluquant au passage des kiosques pleins de livres et vides de monde. Je retrouve Marsi en discussion animée avec Mylène Dumas-Gilbert, une fidèle au poste, campant presqu’au Salon, tellement elle tient de séances de signature dans diverses maisons d'édition.

Bientôt 19 h, je retourne à la Salle, empressée de vérifier ma longue liste de huit pages avec Francine qui avait monté les fiches de chaque auteur accompagné d’une photo de leur œuvre sur écran géant. En fait, c’est cette liste que j'ai mise à ma main (et à ma vue !) qui m’a sauvée du bafouillage et des hésitations et m’a permise de m’abandonner à la salle et aux écrivains qui se levaient quand je les nommais. L’assistance a vite compris que les applaudissements iraient aux écrivains présents, pas les absents, ce qui fait que la cérémonie s’est vu accélérée. On m’avait demandé de ne pas outrepasser 45 minutes, et même 30 si possible, j’ai accompli le tout en 18 minutes ! On m’en a félicité puisque la cérémonie a commencé 15 minutes plus tard. On attendait, entre autres, le photographe .... Le photographe improvisé, nul autre que mon Marsi qui est arrivé à la rescousse palliant au fait que personne n'avait d'appareil photo. Une fois mon homme assis dans l’assistance, il ne pouvait plus rien m’arriver ! J’attendais mon tour, en écoutant le discours de la présidente, Suzanne Pouliot, assise confortablement sur un sofa sur la scène, ce qui m’a aidé grandement à rester calme. Comme si j'étais dans mon salon !

Heureusement que le lancement des 42 auteurs s’est déroulée prestement, puisque les deux présidents de jury des six oeuvres finalistes, trois pour le Prix Alfred-DesRochers :

Les chevaux approximatifs - un hommage aux formes de Michel Garneau
Feu blanc – Contes de la lune d’Éric Gauthier
Nous ne vieillirons pas de Patrick Nicol

Et trois pour le Prix Alphonse Desjardins :

Le tombeau de Carlo Michelstaedter de Jacques Beaudry
Le féminisme québécois raconté à Camille de Micheline Dumont
Archiver l’anarchie : le Capital de 1969 de Jacques Julien

ont tous deux donné une appréciation étoffée de chacune des œuvres en lice. Mais, il fallait des gagnants et les derniers furent les premiers !

Prix Alfred-DesRochers : Nous ne vieillirons pas de Patrick Nicol
Prix Alphonse Desjardins : Archiver l’arnachie de Jacques Julien

Fait assez cocasse, Jacques Julien (à gauche sur la photo) a déjà été le professeur de littérature de Patrick Nicol (à droite).

* * *

Malgré ma fierté d'avoir sorti mon épingle du jeu, je suis partie bien désolé du manque de dynamisme que j’ai cru percevoir dans ce Salon du livre de l’Estrie ce soir-là ... un vendredi quand même ! L’utilité d’un Salon à notre ère est une toute autre question et certains dans le milieu se la posent.