mardi 11 décembre 2012

Martine à la plage - Simon Boulerice

Je viens de goûter à un roman graphique et la saveur laissée sur moi en est une de drôlerie aux contours un peu cruels.

Martine à la plage était pour moi, jusqu’à date, un album sage pour enfants sages qui apprenaient à lire. Maintenant, sous l’imaginaire de Simon Boulerice, la Martine plaquée de mon enfance est disparue. Elle s’articule. Après avoir pris naissance dans la tête de l’auteur, Martine à la plage est allée vivre sur une scène de théâtre et, avec ce roman, elle revient se coucher sur des feuilles de papier.

La Martine de Boulerice dégage un prosaïsme contemporain. Elle ne se baigne pas à la mer mais dans une piscine, celle du voisin. Elle n'est plus une bambine, elle a 15 ans, mais l’enfance colle encore à son maillot de bain. Elle voit, désire, convoite avec un regard d’enfant, surtout quand elle ne porte pas ses lunettes. Et quand elle ne les porte pas, c'est pour séduire son voisin et optométriste. Quand on est ado, que l’on est en vacances et que l’on s’ennuie, et surtout que l’on manque d’attention, la tentation de tester son pouvoir de séduction aussi naissant que ses seins, s’impose.

Dès les premières lignes de son journal, Martine existe. Elle est toute là et, en plus, elle est drôle. Son esprit est vif, incisif et elle ne s’en fait pas avec les affres de la morale, ce partage consensuel entre le bien et le mal. Ce qui n’en fait pas un être spontané pour autant ; elle planifie, réfléchit, se torture, toujours dans l’ultime but d’arriver à ses fins ; conquérir un homme mûr et marié. Cette partie de séduction se jouera comme une partie d’échecs, qu’importent les pions qui tomberont au combat. 

Simon Boulerice traite l’adolescence avec originalité, et je repense au roman Les Jérémiades pour l’avancer. Il sort l’adolescence de son carcan d’enfilade de stéréotypes et l’habille d’imaginaire. Et qui dit, imaginaire, dit en même temps, originalité. 

Un roman graphique qui se lit aussi rapidement qu’une bande dessinée. Il s’impose donc de le relire. Ce que j’ai fait. Quand le ton est léger, l’humour fin et caustique, les images (littéraires) savoureuses, on avale vite, et on oublie vite. Trop vite. J’ai souri à la lecture et à la relecture presque ri.

Mise en garde : à prendre avec la même attitude que lorsque vous rêvez, en mettant de côté votre morale. 

Je suis peu encline à me lancer dans le commentaire de dessin, mais je ne peux tout de même pas faire comme s’il y en n’avait pas. Les dessins de Luc Paradis sont griffonnés au crayon à mine, certaines fois appliqués d’autres moins.... est-ce voulu ainsi ? Le genre de dessins confère au propos une aura des années 60. Les sujets visités égarent un peu, ce qui va dans le sens du récit.

3 commentaires:

anne des ocreries a dit...

Hé hé, ça doit être chouette ça. Je retiens.

Lucie a dit...

J'aime beaucoup la plume de Simon Boulerice... qui ne semble jamais dormir, à en croire sa production!

Ginette a dit...

Bien moi, juste le nom de Martine m'horripile.
J'ai lu ces livres mes filles non.

Je ne sais pas si je lirai celui-là.