vendredi 11 janvier 2013

Griffintown de Marie-Hélène Poitras

Photo : Cécile Gladel/RueMasson.com
Ça me fait plaisir de parler de l’idée audacieuse qu’est cette histoire western se déroulant dans le Vieux Montréal. Déjà, en partant, d’inclure dans la même phrase western et Vieux-Montréal, la fille aux clichés que je peux être parfois s’interroge. Avec le mot « western », me vient à l’esprit des chevaux au galop soulevant des nuages de poussière, d’énormes ceintures où pendent deux révolvers chargés, des bottes bruyantes, des chapeaux enfoncés cachant des mines patibulaires, des hommes rageurs aux jambes arquées.... Vous voyez le genre ? Ce n’est pas l’idée que je me fais du Vieux Montréal avec ses chevaux tirant avec cérémonie des calèches.

Griffontown vous fait entrer dans tout un monde. Marie-Hélène Poitras a su y faire en incluant la disparition d’un chef, la compétition entre les cochers, des personnages étranges, marginaux, des conditions rudimentaires, des gangs, des clans. Ce qui entraine un rituel initiatique.  L’installation abritant les valeureux chevaux est précaire, vétuste, peu éloigné du lieu d’action, je veux dire ces rues que l’on désire grouillantes de touristes pour amasser le pognon, pour ensuite survivre à la saison morte.

J’ai braqué mon attention sur Marie, une recrue cocher, qui désire, par-dessus tout, endosser la carrière de cocher. En général, est intéressant dans un roman ce personnage qui veut et prend les moyens pour arriver à son but, alors d’autant plus, comme dans Griffintown quand le milieu à pénétrer est peu commun, restreint, fermé. Par Marie, on rencontre les cochers et celui qui remplace le chef, Paul, lequel personnage, j’ai également aimé aimer ! Et puis, il y a John, un cow-boy, un vrai de vrai, qui n’est pas aussi rude qu’il en a l’air. L’interaction entre Marie et John sera captivante, comme les relations où l’on sait rendre vivants les silences. 

L’histoire est assez simple, l’intrigue n’est pas à couper au couteau, mais l’ambiance est la sauce qui rehausse chaque odeur et chaque saveur. D’emblée, je ne suis pas attirée par le monde des chevaux, l’honneur et les règles du Far-West me laissent froide, ce qui ne m’a pas empêchée de monter à chaque selle pour trotter dans cette proposition. D’y croire, tout en gardant de l’étonnement devant ce cadeau inusité.

Mais quant à moi, l’art de cette auteure au style habile et peaufiné est de nous faire croire à ce qu’elle veut bien. Griffontown est un tableau qui se peint sous nos yeux. C’est d’autant plus appréciable que des peintres de l’écriture, il y en a de moins en moins il me semble, et de plus en plus de scénaristes pour la télévision ou le cinéma.

Oups.... vient à l'instant d'apprendre que ce titre est parmi les finalistes du Prix France - Québec.  Bravo à Marie-Hélène Poitras !

15 commentaires:

anne des ocreries a dit...

Oh oooh ! *dresse l'oreille, là*. Vous avez dit "chevaux", cocher, tout ça ?,,, miam !

Topinambulle a dit...

J'ai beaucoup aimé cette lecture, surtout les passages où elle décrit les chevaux.

Je voulais partager ce lien sur Griffintown avec toi, puisque le texte est de Marie-Hélène Poitras.

Merci pour ce joli billet aux accents western, Venise ! Bonne nouvelle ce prix :)

Venise a dit...

Anne : C'est vrai que c'est un sujet qui devrait te faire plaisir. Tu ne sauras plus lesquels choisir. Tu pourras en lire sur place, je crois ! Durant ton séjour.

Venise a dit...

Topinambulle : Je suis plus ou moins aimantée par les chevaux, alors je peux imaginer combien ce roman peut plaire à ceux qui le sont.

Gros merci pour le lien, tu as bien fait de le porter à mon attention, elle est géniale cette vidéo. Plusieurs images ressemblaient à celles générées dans ma tête. Malheureusement pas vu l'ombre d'une Marie !

Grominou a dit...

J'ai trouvé très originale la transposition de l'atmosphère western dans le Vieux-Montréal. C'est l'écriture très imagée de MH Poitras qui m'a surtout comblée, malgré une intrigue un peu tirée par les cheveux!

Venise a dit...

Grominou Que voilà une analyse concise et juste ! Tu as l'art de bien résumer tes opinions.

Je vais te confier qu'est-ce que j'ai vu à ma première lecture un peu vite parce qu'un peu gourmande (j'ai une appétit sans fin pour les commentaires) :

" ... malgré une intrigue un peu tirée par les ChevAux !" :-)

Venise a dit...

*** Un appétit ***

Grominou a dit...

Elle l'est un peu aussi, tirée par les chevaux! Hihihi!!!

Danielle Morissette a dit...

Charmant conte urbain aux relents d’écurie.
Calèches éraflées et picouilles amochées se parent du vernis d’une bienveillante sollicitude sous la plume romanesque de Marie Hélène Poitras. L’auteure aime passionnément les chevaux et cet amour exulte par tous ses pores. Inclinaison qui rejaillit également sur tout le microcosme plus ou moins délabré payé pour s’en occuper, dont l’un des membres s’avérera plus que tout autre, nanti d’un esprit admirablement « chevaleresque »...

Venise a dit...

Danielle : D'ailleurs, on finit presque par "sentir" l'ambiance d'écurie !

Quand un auteure décide de fouiller à fond une de ses passions, c'est assez souvent gagnant. Ça suinte par les pores de peau comme tu dis.

C'est pour cela que je prédis ce titre gagnant du Prix France-Québec. Je l'écris haut et fort.

Marion a dit...

J'arrive un peu en retard, car je viens seulement à l'instant de découvrir ce merveilleux blogue. Merci pour toutes ces intéressantes chroniques. J'ai beaucoup aimé ce roman de Marie-Hélène Poitras et trouvé très ingénieux l'emploi du western pour dénoncer les aberrations de l'urbanisme actuel. Je garde aussi de cette lecture le souvenir de beaucoup de poésie malgré la « crasse » environnante. A bientôt. Marion

Venise a dit...

Bonjour Marion !

Quel bon vent vous amène ici ! Je vous accueille les bras ouverts. Je suis allée sur votre site, j'apprendrais à vous connaître petit à petit.

Nous ne sommes pas les seules à avoir aimé Griffingtown, nos amis Français également puisqu'il a remporté récemment le Prix France-Québec. C'est bien mérité.

Marion a dit...

Encore une belle découverte que l'on doit aux Éditions Alto. Jusqu'à présent, tout ce que j'ai lu de cette petite maison d'édition ne m'a jamais déçue.

Chère Venise, j'espère un jour pouvoir vous rencontrer (très certainement aux correspondances d'Eastman, car je suis à Austin !!!) pour parler ensemble de littérature, de lecture et du Québec, pays auquel je dois tant...

Je vous souhaite un très beau Noël.

Marion

Venise a dit...

Marion : Alto ? Son éditeur, Antoine Tanguay a su doser les risques et il a le nez fin. C'est un fin futé !! Il a parti cette maison seul et le voilà maintenant entouré d'une équipe solide. Ayant déjà visité ses locaux (au départ, c'était chez lui), je peux vous dire qu'il prend un soin maniaque pour que l'objet livre soit des plus attrayants.

Une rencontre est dans le domaine du possible surtout que nous déménageons sous peu à Magog.

Anne a dit...

Je viens d'apprendre que le livre est publié chez un éditeur français, ça coûte un peu moins cher de ce côté de l'Atlantique ! Billy Robinson m'en a parlé en bien lors de la dernière Foire du livre de Bruxelles !