lundi 28 décembre 2015

Ma vie rouge Kubrick - Simon Roy

Il me le fallait ce titre. Pour le titre, si joli, si intriguant, presque poétique. Ensuite, il gagne le Prix des Libraires du Québec 2015 et est reçu aux Correspondances d’Eastman à un Café littéraire auquel j’assiste. Mon exemplaire se trouve donc dédicacé : À Venise, Puissiez-vous ne jamais vous égarer dans les méandres sinueux du labyrinthe de l’existence. – Simon Roy.

Je suis très fière de moi d’avoir pris des notes car c’est le genre d’histoire que j’oublie. Alors, je lis mes notes et je ne me souviens guère plus de ma lecture. Ce roman m’a laissé de très légères empreintes, facilement effaçables, ce qui ne veut nullement dire que je n’ai pas aimé. C’est autre chose.

C’est l’histoire tortueuse et torturante de la famille de Simon Roy et ce dernier passe par un film pour s’exprimer. Voilà le problème en moi et pour moi : je n’ai pas vu ce film phare (chef d’œuvre, dit-on) dont il est question : « The Shinning" de Stanley Kubrick. Après ma lecture, j’ai à peine le goût de le voir.

L’auteur nourrit une attention obsessive vis-à-vis cette œuvre cinématographique. Ses drames familiaux personnels y trouvent un exutoire. Je crois énormément à une chose dans la vie : où l’on place son attention équivaut à l’eau et la lumière qui font pousser les fleurs de son jardin. Et l’engrais aussi. Simon Roy a cultivé ce film comme un jardinier obsessif, sous tous ses aspects, pas uniquement sous l’angle œuvre mais sous l’angle maître d’œuvre. Pourquoi je mets l’emphase sur ce point ? C’est que suite à cette étude maniaque, Roy débusque une multitude de synchronismes entre l’œuvre de sa vie et celle de Kubrick. Je rajoute, rien de plus normal d’après le principe du pouvoir de l’attention.

Quoiqu'il en soit, le parallèle entre les deux, sa vie et le film, est bien fait, bien exposé, littérairement bien ordonné et bien rédigé. J’imagine un instant l’intérêt du lecteur qui a adoré ce film, s’exaltant, même si The Shinning n’est pas son film fétiche. Je ne suis pas loin de penser que c’est un genre de pré-requis pour adorer ce récit, avoir vu « The Shinning », sinon, on l’aime, ce qui est déjà quelque chose en soi.

Moi qui n’ai pas vu le film vous dirai que j’ai trouvé l’auteur obsessionnel par son approche. Il place son attention sur le tragique, c’est l’angle avec lequel il aborde ses antécédents. Ce sont les racines de sa famille qui poussent en lui, il n’arrive pas à les annihiler, il porte un genre de responsabilité. Vous me trouverez peut-être catégorique car, je n’ai pas moi une famille et des secrets violents, alors c'est facile à déclarer. Il est vrai que je ne porte pas un arbre généalogique en ramifications catastrophiques.

Ce récit est plus qu’une réflexion, c’est une exploration des labyrinthes noirs de la psyché humaine, des voies impénétrables du macabre que l’on tente de pénétrer. De mes notes, je relève un extrait, p. 142 « Et je me suis demandé à quoi auraient ressemblé nos vies, si je n’avais pas été chichement pourvu d’un cœur ingrat ». J’imagine que j’ai voulu démontrer jusqu’à quel point ce récit n’est pas complaisant.

Simon Roy prétend que c’est un livre circonstanciel, un exutoire dont il a eu besoin pour retirer un poids de ses épaules. Quant à moi, je ne le crois pas, il va revenir en forme et en force. Il est clair qu’il est tissé de cette fibre qui fait que l’on prend goût à se dévoiler par l’écriture. Je suis très curieuse du prochain, sans le support d'un film : qui est Simon Roy ?

vendredi 18 décembre 2015

Une nuit, je dormirai seule dans la forêt de Pascale Wilhelmy

Voici un roman qui pourrait facilement se classer dans la section croissance personnelle. À ranger dans l’ordre du roman optimiste, réconfortant et guérisseur. C’est une histoire conjuguée au « Je majuscule » où un défi est lancé : combattre ses peurs en prenant le taureau par les cornes. Dans le milieu thérapeutique, on parle de thérapie comportementale et cognitive, avouons que l’expression est plus savante.

Je crois à l’efficacité de cette thérapie, en autant que l’on en ait le courage, que l’on soit très motivé et, encore mieux, avec de l'encadrement. Ce roman de Pascale Wilhelmy en fait le constat : on peut vaincre ses peurs. En solitaire, par la seule force de sa volonté. On a certainement affaire à une super femme. Il faut se laisser imaginer qu’il existe de ces supers femmes fortes de l’Évangile. Qui plus est, cette femme en question, la forte Emma a l’embarras du choix puisque depuis l’âge de cinq ans, elle a peur de tout : des chiens, des éclairs, de grimper aux arbres, du noir, des clowns … et des mains poilus. Cette dernière peur sera particulièrement placée sous la loupe et le « pourquoi » se dévoilera aussi progressivement qu’habilement.

Au départ, le ton est si insouciant, si léger et humoristique que j’ai été surprise de voir apparaitre le spectre des « mains poilues ». Peut-être est-ce une bonne manière d’amener cette problématique, en tout cas, ce fut la manière toute en subtilité de l’auteure. Après réflexion, je me suis dit que ce récit de vécu (fictif ou réel ou le mixte des deux) pourrait servir à amorcer des conversations de « secrets » de famille, de ceux sous les couvertures, si vous voyez ce que je veux dire.

Les chapitres où le ton est badin et où Emma s’attaque à des peurs anodines, je dois avouer m’être un peu ennuyé par la répétition et la trop grande simplicité du remède : passer une nuit sous les étoiles seule en forêt. Et y tenir mordicus. Je ne dévoile pas une grosse intrique puisque c’est le titre. Lorsque nous tombons dans la profondeur de LA peur principale, les révélations se corsent et ma lecture s’est avérée beaucoup plus captive devant la complexité de la situation.

En conclusion, une lecture beaucoup plus profonde qu’il n’y parait à prime abord, pour la souffrance le sourire aux lèvres. Et, assurément, un roman qui commence en brebis et finit en lionne.

mercredi 9 décembre 2015

LA BELLE MÉLANCOLIE de Michel Jean

Si vous vous fiez aux titres et aux couvertures pour choisir vos romans, gare à vous ! Les deux nous amènent à croire à une histoire à l’eau de rose. Ce l’est oui, un peu, mais si peu.

L’homme dont il est question, Arnaud est un contrôleur d’images et de situations de crises. Il est grassement payé pour cela. Cette fois, la crise sera particulièrement éprouvante et le scandale à étouffer particulièrement répugnant. Et, qui plus est, ce scandale se déroulera loin de sa zone de confort puisque c’est dans une mine du Nunavik que la douzaine de meurtres a lieu. Si encore, il n’y avait que cette affaire dérangeante qui ravage l’esprit de l’homme au cœur de la quarantaine, il y a également une très jeune femme, une avocate qui le trouble par sa pureté. En plus, cette femme, par une ressemblance frappante avec une autre qu’il a beaucoup aimée, le ramène continuellement à son passé.

Nous suivrons donc Arnaud à ce moment charnière de sa vie où il est confronté à des choix de vie qui reposent sur des valeurs d’honnêteté. Il aurait pu s’acquitter de sa tâche et contrôler les dégâts médiatiques (la surface) sans se poser de questions sur la violence dans le Grand Nord, sans observer, sans voir, sans sentir les malaises. Il finira par décrocher de la futilité de sa tâche pour aller plus en profondeur. On le verra, entre autres, entrer en relation avec une Inuit très jeune et aux prises avec de gros problèmes.

Somme toute, cet homme qui joue avec les images part tout à coup à la quête d’une certaine vérité, et le déclencheur est cette jeune avocate, Amélie Roy, une femme qui conduit sa propre vie dans une droiture qui le surprend.

Malgré un intérêt assez soutenu, l’intrigue m’a laissé plutôt tiède et je me suis longuement interrogé pourquoi. Arnaud est le personnage principal, celui par qui tout passe, il vit au cœur d’une crise existentielle majeure qui traverse sa vie sentimentale et son travail et, pourtant, son trouble se vit tout en douceur delà, j’imagine, le titre « La belle mélancolie » qui charrie une certaine langueur. Les évènements sont certainement en crise, plus qu’il ne l’est lui-même. Il conserve une maîtrise qui, à mes yeux, a fini par s’apparenter à de la tiédeur. Ceci dit, là où j’ai senti le plus de fougue au cours de cette histoire et ceci, chez plusieurs personnages, c’est dans toutes les scènes se rapportant à la sexualité.

C’est le roman des entre-deux : la surface et la profondeur, la fabrication ou l’authenticité de l’image, le présent ou le passé sentimental, l’espace (le Grand Nord) ou la densité (Montréal) et pour cela, je me serais attendu d’y trouver plus de tiraillements du protagoniste principal et assister à des déchirements.

Je ne nie pas que le sentiment d’amour soit tangible mais on dirait qu’il arrive au personnage «malgré lui ». Personnellement, j’aurais aimé voir un Arnaud Delagrave plus énergique. Voilà c’est dit « énergique ». C’est certainement une question de perceptions, car tout est une question de perceptions, et s’il y a une chose qu’Arnaud Delagrave pourrait confirmer, c’est bien cela !

mardi 24 novembre 2015

La nageuse au milieu du lac de Patrick Nicol

Certains titres sont des perles poétiques et celui-ci en est. En l'énonçant, je ne me lasse pas de visualiser une femme d’âge mur, d’une élégance rare dans sa dérive, se retrouvant seule au beau milieu d’un lac. Entourée d’eau de toute part, à ne pas savoir quelle direction prendre. Saura-t-elle nager, atteindre une quelconque rive ? est la question imminente auquel le fils répondra dans un style direct et concret. Parce que Patrick Nicol est ce fils avec assez de cœur pour prendre soin de sa mère atteinte de la maladie qui corrompt le cerveau : l’Alzheimer. C’est une calamité, beaucoup le savent, peu le vivent.

L’auteur l’a vécu et est arrivé à décrire cette réalité en scènes empreintes d’une certaine beauté. C’est là le rôle de l’écrivain, après tout et il s'en acquitte avec habileté. S’il n’a pas sublimé le caractère de sa mère, il n'a pas sublimé le sien non plus. De son caractère de fils que l'on devine impatient, l'on sent poindre une légère exaspération à accomplir des gestes de soins basiques, non pas pour un bébé mais pour une femme vieillie. Qu’elle ne sache plus prendre soin de lui en tant que mère est un fait à la limite acceptable, quoique l’on s’attende d’une mère qu’elle le reste toute sa vie, mais qu’il doive en prendre soin comme si elle était un enfant pousse à une expérience où l’étrangeté s’invite. Le fils doit continuer sa vie comme si de rien n’était. Il est déjà dans la catégorie des donneurs puisqu’il est professeur, et ses élèves ne lui en demanderont pas moins en la circonstance.

Le ton emprunté pour ce récit de vie se tient en équilibre entre le réalisme et le mystère. Le style allant droit au but : pas de rôle de victime, ni de la part du soignant ni de la part de l’atteinte de la maladie du cahot ne dit pas tout, loin de là. Ce style "comme si tout allait de soi" rend presque la situation normale. Cela laisse beaucoup d’espace aux diverses émotions du lecteur qui en rajoutent si cela lui tente. Et qu'on le fasse ou pas, dépend de sa propre sensibilité ou encore, si on a déjà fréquenté ou non une personne perdue dans sa tête. Moi, oui, j’ai fréquenté ma mère aux dernières années de sa vie dont j'ai pris soin. Ma mère avait elle aussi gardé une certaine élégance dans ses égarements. Dans ce sens-là, j’ai particulièrement apprécié le récit aussi digne que son sujet.

vendredi 13 novembre 2015

Les têtes bouclées de Claude Lamarche

J’avais lu en 2012, Les Têtes rousses. J’avais aimé mais jamais autant que Les Têtes bouclées. Ce sont pourtant les têtes d’une même famille d’immigrants irlandais d’une génération à l’autre. Pourquoi cette fois me suis-je autant attachée aux personnages ? Peut-être parce que l’auteure se rapproche chronologiquement des personnages, qu’elle en a entendus parler de vive-voix, parce qu’il est ici question de son grand-père maternel. La mémoire a été tenue alerte grâce à un précieux cahier où a soigneusement été compilé les faits d’arme de cette famille à plusieurs rejetons. Je suis reconnaissante à ce geste d’archivage qui a probablement encouragé l’auteure a prolongé la vie de ses ancêtres jusqu’en 2015. De savoir que ce fameux Léo et sa femme, couple auquel je me suis intensément attaché ait vécu « pour vrai » me rend heureuse. Bien sûr que la romancière y a rajouté du sien, mais pareil aux moments où je jette des oeillades à des têtes rousses, je n’y vois que du feu.

Au départ de l’histoire, Léopold est un garçonnet parmi ses nombreux frères et sœurs, il a l’âge du milieu. Les personnes nées au milieu ont tendance à s’effacer, en ne se mettant ni de l’avant, ni à l’arrière. Ce sera le cas de ce Léopold. À commencer lorsqu’il se détachera de sa fratrie au moment où la vie l’obligera à aller au pensionnat. Il demeurera un être raisonnable tout au long de sa vie et on comprendra pourquoi par l’accompagnement de sa prime enfance et de sa jeunesse.

Le sens inné du sens des responsabilités lui a rapidement fait comprendre que l’on ne doit pas se plaindre dans la vie mais plutôt remplir ses devoirs, par exemple en veillant sur son jeune frère qui va au même pensionnat et, plus tard, en supportant son épouse. Même si la vie de cet homme attachant par sa constante bonne volonté suscite l’intérêt, à partir du moment où il commence à fréquenter sa femme, les passages deviennent plus relevés. En homme marié sur le tard, son caractère se déployait discrètement, il était donc difficile de l’apprécier à sa juste valeur mais à partir des années où il est confronté par le caractère très affirmé de sa femme, on apprend à apprécier sa patience et sa diplomatie. Ces qualités seront mises à contribution car il aura trois enfants avec qui la vie ne sera pas de tout repos.

Tout au long de cette période, l’auteure garde vivant le contexte dans lequel Léopold a grandi, la famille de son enfance, ses frères et ses soeurs. Sa vie sera jalonnée de visites aux survivants de qui le lecteur aime recevoir des nouvelles. Il entretiendra la flamme familiale du mieux qu’il le peut.

L’histoire est somme toute semblable à plusieurs autres vécues à cette époque, alors pourquoi s’y intéresser autant ? Assurément pour l’attachement, lequel se tisse en douceur, par de petits gestes et des pensées du quotidien. Progressivement les liens évoluent entre le lecteur et ses familles du présent et du passé. Léopold est devenu pour moi si tangible que j’ai pleuré à chaudes larmes quand survient l’irrémédiable de la fin d’une vie. J’ai eu l’impression de perdre une personne de mon entourage, chère à mon coeur.

Le style de l’auteure se prête bien à une saga familiale puisqu’il s’attarde à tout détail qui donne sa couleur à l’être humain. Claude Lamarche ne tente pas de mettre de la poudre aux yeux, elle fait confiance à ses personnages pour qu’ils viennent nous chercher sur le quai d’où nous les attendons patiemment. Et ceci, encore plus habilement que dans Les têtes rousses. Ce n’est pas une lecture qui donne des frissons ou des palpitations cardiaques à chaque chapitre mais qui vous amène plutôt à vivre par les voies de l’intérieur la vie d’un voisin avec son lot de hauts et de bas.

J’ai vécu ces hauts et ces bas en même temps que cette famille parce qu'elle transpire de vérité à chaque phrase. C’est la force ultime de cette auteure, une marathonienne des histoires familiales au long cours.

lundi 9 novembre 2015

La Dernière sorcière d'Écosse de Valérie Langlois

Un roman que l’on m’a envoyé et qui a patienté jusqu’à ce que je m’arrête au titre, littéralement parlant, puisque les sorcières me fascinent et l’Écosse m’attire.

Quelle belle surprise ! J’ai été happée par cette histoire et par son personnage de jeune sorcière celtique, Isla. On a classé le bouquin dans un thriller historico-ésotérique et moi, je trouve qu’il manque l’allusion à l’histoire d’amour qui m’a beaucoup captivée, entre autres pour la sexualité qui y est abordé avec ce qu’il faut de doigté pour parler d’érotisme au féminin. En plus, l’auteure a une plume alerte et vogue sur les galères historiques avec beaucoup d’aisance.

Le point de départ est le massacre d’un petit village où des chevaliers retrouvent un seul être vivant, une sorcière qui se défend bien d’en être une pour protéger sa vie. Il faut savoir qu’à cette époque, les sorcières sont honnies. Cette sorcière, je m’y suis attachée car elle est avant tout une jeune femme forte et déterminée à démystifier une prophétie que sa grand-mère a énoncée vingt ans plus tôt avant d’être brûlée sur le bûcher. Si nous n’étions pas en 1748, on pourrait parler d’une féministe à tout crin, tellement elle désire faire cavalier seul. Mais elle aura tout de même besoin de son Brodick MacIntosh pour la défendre contre tous les ennemis qui rôdent autour d’elle. Évidemment, celui-ci a toutes les belles qualités qu’on aime chez les héros : détermination, courage, loyauté, aimant défendre la victime surtout si elle est jeune, impétueuse et rousse.

Les rouages de l’intrigue sont bien huilés, chemin faisant, il y a une enquête avec ses cachotteries, ses traitres, ses fuites en avant, ses retraits en arrière, ses batailles d’esprit et/ou de corps, aspergée d’un peu de sorcellerie. Mais attention, il n’y a pas d’abus d’ésotérisme et de phénomènes paranormaux, loin de là, ils se produisent rarement. On pourrait parler de visions un peu comme des flashs fugitifs et inexpliqués mais il est surtout question de beaucoup d’intuition.

J’ai été tenue en haleine par ce suspense soutenu, pour les rebondissements qui ne manquent pas et difficiles à prévoir. D’ailleurs, ceux que l’on prévoit nous déjouent par leur ampleur.

Décidément, un excellent souvenir de lecture de voici quelques mois que ce roman de 352 pages au rythme alerte, sorti en janvier 2014 et tout probablement facile à trouver à la bibliothèque. Bien entendu, j’espère avoir la chance de relire Valérie Langlois qui s’était déjà penchée sur l’histoire celtique avec son premier opus : Culloden, la fin des clans.

Rajout du 12 novembre 2015 :
L’auteure Valérie Langlois a fait voyager ses lecteurs au cœur de l’Écosse avec ses deux romans, Culloden et La dernière sorcière d’Écosse, tous deux parus aux éditions VLB. Ces ouvrages lui ont valu le prix Philippe-Aubert-de-Gaspé, remis lors du Salon du livre de la Côte-Sud, qui se tenait à Saint-Jean-Port-Joli les 7 et 8 novembre derniers.

Lors de ses remerciements, Valérie Langlois a fait un plaidoyer pour les librairies indépendantes, incitant les gens à les encourager plutôt que les grandes chaînes. Après avoir bravé la maladie, Valérie Langlois s’apprête à reprendre la plume pour de nouvelles aventures à saveur écossaise. Bien des lecteurs les attendent avec impatience...

Source : L’Oie blanche

vendredi 6 novembre 2015

Pauline et moi de Louise Portal

Cette auteure a une écriture délicate que j’aime. J’étais donc heureuse de recevoir son dernier opus, un peu comme une surprise. Je n’aurais jamais misé sur le fait qu’elle aborde de front sa relation avec sa jumelle maintenant décédée depuis cinq ans. Pourquoi ? Peut-être parce que je ne les ai jamais abordées comme des jumelles. J’ai toujours eu un espèce de sursaut quand on me le rappelait.

Perdre sa sœur est une chose, perdre sa jumelle en est une autre, ce que Louise Portal m’a bien fait comprendre dans « Pauline et moi ». Les mots du titre sont pesés « Pauline et moi ». Je vous dirais que le personnage vedette est assurément Pauline. Cet être était complexe et troublé et possiblement encore plus parce que Louise Portal récoltait un franc succès dans le monde des arts. Louise Portal joue plusieurs cordes à son arc et dégage une beauté et une sérénité enviables. Pauline, plus tumultueuse, avait décidé de faire partie du même milieu et éprouvait des problèmes d’excès qui la menaient, par exemple, à des prises de décisions impulsives et, entre autres, un poids yoyo.

C’est un peu de tout ça qu’il est question, mais plus encore. Cette relation nous est montrée de l’intérieur, et on passe de la vie à la mort. Comment Louise Portal a vécu cette relation. qui ne pouvait être que tortueuse, tout en conservant sa précieuse sérénité ? C'est la grosse question. J’irais encore plus loin, le thème est à mes yeux : savoir poser ses limites. La question vaut pour toutes les relations, mais quoi de mieux qu’une relation entre jumelles pour la mettre en scène ? Laisser l’autre nous envahir est facile, placer des limites tout en l’aimant et le respectant, c’est une affaire délicate et d’autres fois de gestes et de paroles arrache-cœur.

Louise Portal a dû passer pour la « pas fine » à certains moments, ce qui me touche personnellement. J’ai connu de près des personnes qui ont dues endosser cette épithète seulement parce qu’elles demandaient le respect de leur limite.

On y aborde également la relation avec leur père et à un certain moment intervient le mari de Louise Portal. Les hommes restent cependant en arrière-plan de cette relation.

Par ce récit empreint des mots spirituels de Louise Portal, vous apprendrez beaucoup sur Pauline et vous serez captivé par ce caractère déchiré qui a mal, et qui se fera du mal. Ce récit résonne comme une prière, un hommage également, pour toutes les archives et les lettres non envoyées à celle qui a quitté avant l’autre. D’une manière ou d’une autre, c’est touchant car vibrant de vérité.

J’ai lu ce récit en convalescence, je n’étais pas à cent pour cent de ma forme et j’ai pourtant dansé sur les mots. Le sujet est transcendé par l’auteure, ce qui aide à y voir plus clair. Transcender un sujet ne veut pas dire s’en tenir loin et devenir froid. L'émotion est palpable et elle vous ramène à vos propres émotions.

Pauline et moi aborde un sujet universel sur le mode intime avec beaucoup de doigté.

dimanche 25 octobre 2015

La déesse des mouches à feu de Geneviève Pettersen

Il n'y a pas que le titre qui fesse, le résumé aussi, et même la dédicace que m'a écrite l’auteure :  «  Des histoires de petites crisses, de skidoos qui vont vite et de bataille épique derrière le centre d’achats ».

Le franc-parler québécois, sans censure, sans gants blancs, sans mots à « 1,000 piastres », voici La déesse des mouches à feu, malgré un titre aux allures poétiques. S’il y a de la poésie dans cet ouvrage, c’est involontaire et je dirais que c’est surtout décelable « après » l’avoir vécu, peut-être pour le côté excessif tragico-comique. Car lorsque l’on vit l’adolescence, et Catherine la vit la pédale poussée au maximum, tout est si intensément vécu qu’il s’en dégage plutôt des relents sérieusement dramatiques.  

Faut dire, à sa décharge, que tout arrive en même temps. La vie se serait consulté pour concocter l’adolescence la plus ardue possible qu’elle n’aurait pas faite autrement, ne serait-ce qu’avec des parents qui divorcent. Mais des parents où l’histoire d’amour ne semble pas finie. On est loin de la sérénité ici. C’est la guerre douce ou hostile et en silence chez la fille à l’égard de sa mère qu’elle trouve cruelle à l’égard de son naïf de père. Il est question de clans et de tranchées, de prendre partie dans cette histoire qui concerne pourtant que les parents.

Sous l’œil impitoyable de Catherine, qui commence à se prendre pour un adulte, les parents sont sots ou ils ont tort sur toute la ligne. On connait cette rengaine chez les ados, à la différence près que cette fois, on croit Catherine. La force de sa voix retentit avec des accents criants de vérité. Je me suis même surprise à remercier le ciel d’avoir eu une mère plutôt potable, si je la compare aux parents de Catherine, particulièrement son père aussi immature qu'un enfant.

Quand on y regarde de près, c’est le tour de passe-passe de cette histoire, les parents se transforment en enfants, par leur chicane, et l’enfant tente de se transformer en adulte. Mais un instant, pas en adulte responsable qui pèse chacune de ses décisions mais en adulte étourdi par toutes les possibilités qui s'offrent tout à coup. Une ado se retrouvant seule devant sa vie à quatorze ans, à cause de la surveillance allégée des parents, veut goûter aux fruits défendus de la vie mais tous dans la même fin de semaine !  

Jamais la voix de Catherine ne va défaillir, elle gardera le même ton jusqu’au dernier mot. Jamais le lecteur ne se dira, je ne la reconnais pas. C’est la force de ce roman ; la vérité du personnage qui résonne fortement dans des lignes dialoguées. Elle dialogue avec elle-même, pour nous, les lecteurs. On s’abreuve donc à un dialogue parfois fougueux et toujours entrainant : « Je savais que, si je toffais, ma mère se tannerait de me surveiller sans arrêt. Je veux dire, elle pouvait plus coucher chez son chum ni souper au restaurant avec son amie de fille. C’est impossible qu’elle ne trouvait pas ça dull ».

La langue des jeunes et des mots de tous les jours du Saguenay, tiendrait à préciser Geneviève Pettersen, alias Madame Chose.  Si jamais « La déesse des mouches à feu » vous titille pour une lecture aux allures poétiques, oubliez ce roman qu’il faut apprécier pour un langage cru et "archi" québécois. C’est à prendre ou à laisser. Je l’ai pris et ne l’ai pas regretté, malgré quelques réticences aux premières pages. Il y a tant de rebondissements et de dynamisme que j'y ai trouvé amplement mon compte dans cette galerie de personnages jeunes qui cachent leur jeu aux adultes. Il faut un temps pour s’ajuster mais une fois que l’on syntonise clairement la voix, on vit l’intimité d’une adolescente qui n’a pas froid aux yeux et qui a du gros bon sens…. malgré tout ! 

Catherine, jeune fille qui a du caractère tout autant que cette histoire en a.

mardi 20 octobre 2015

Les chroniques d’une fille indigne 2 : Affreusement heureuse

Vous avez besoin d’une demi-heure de détente, de décrispation, d’éclats de sourire ? Ces chroniques de Caroline Allard sont pour vous. Encore plus, si vous aimez la jeunesse un peu insolente parce que très intelligente. Par contre, l’envers de la médaille, attendez-vous à éprouver une crispation au niveau de la mâchoire car vous n’aurez pas le temps de la laisser tomber assez longtemps que déjà un mot d’esprit vole et vous devrez de nouveau vous crispez de sourire. Un conseil : riez au lieu de sourire, il y aura moins de séquelles après la lecture.

Vous y trouverez exactement 145 anecdotes savoureuses illustrées. Donc, si les mots de l’auteure, qui les a volés de la bouche de sa fille ne vous font pas rire dans votre tête, ce n’est pas grave car Francis Desharnais vous fera rire de son crayon.

Il arrive que certaines situations ne vous fassent pas rire immédiatement, c’est possible, faut dire que parfois on s’entête, on se dit « non, c’est trop niais, il n’est pas question que je me remonte la commissure pour ça ! C’est votre droit le plus strict mais je vous avertis, qu’à la longue, il y en aura une encore plus niaise qui vous fera éclater. J’ai bien dit « éclater » puisque tout ce qui se retient, finit par éclater un jour et plus fortement que si le relâchement a prévalu. Mais c’est de vos affaires, je ne vous dirai certainement pas comment rire ce petit bouquin. C’est votre demi-heure et même plus, car vous avez le droit de lire plus lentement que je l’ai fait, cela peut être votre 45 minutes. Faites-en ce que vous voulez. Tant qu’à moi, vu que je vous ai au bout de la ligne, je vous confierai que j’ai été d’une gourmandise gargantuesque. Je les avalées vite, vite, je n’avais pas fini de la mastiquer, que dire de l’assimiler, que j’en voulais une autre, tout de suite il me fallait une sensation aigüe au niveau du plexus solaire. Je désirais continuellement qu’on me le chatouille, tu parles d’une affaire. J’ai pensé à l’effet d’une drogue, c’est ça, un genre de drogue douce.

Alors, attention, ma conscience exige que je vous avise que c’est à consommer avec modération, surtout que vous n’avez pas le choix, il n’y a que 145 anecdotes savoureuses. Donc, mettez la pédale douce. Autrement dit, ne faites pas comme moi (ni comme Marsi), n’avalez pas trop vite sans assimiler chaque case. Arrêtez-vous. Dans le milieu ou, au mieux, au quart. Tiens, consommez le tout en 4 fois. Vous aurez le temps d’y penser, d’y repenser, d’avoir hâte, de désirer, de fabuler. Tout ça est bon pour la santé.

Par contre, je vais être franche avec vous, vous ne soupçonnez pas une seconde combien ce que je vous demande va exiger de vous un effort. Attendez-vous à un énorme effort de rétention. Cette halte ne se fait pas facilement, cela équivaut à laisser tomber une drogue (même douce, c’est dur), avant qu’elle, ne vous laisse tomber.

Cette enfant issue de sa mère est de la plus épaisse mauvaise foi qui soit. N’importe quelle mère aurait donné sa démission mais voilà, une mère indigne, ça ne donne pas sa démission, ça encourage la mauvaise foi, surtout quand elle peut être drolatique. Je soupçonne cette mère d’être continuellement à l’affût d’une perle. De toutes manières, entre mère et fille, on s’échange la mauvaise foi comme les élastiques à cheveux. La grande sœur de fille indigne est un témoin silencieux sur laquelle nous pouvons projeter beaucoup. On se dit, pauvre enfant, avoir à supporter 365 jours par année une paire de femmes de mauvaise foi, une petite et une de plus grande taille. On pourrait aussi se dire que n’importe qui aurait l’air sage aux côtés de cette paire impayable. Rien à redire puisque c’est vrai.

Le père maintenant. Le père est peu présent et semble un genre de témoin à certains moments. De lui se dégage surtout l’odeur de l’être manipulé à souhait. Avec les mimiques qu’il nous offre, on sent que les relations à petites doses, et à sa fille indigne et à sa mère indigne a fini par l’affecter, probablement plus qu’il ne le pense. Le dessinateur, en professionnel du trait a su capter cette détresse devant ce quotidien qui se présente sans queue ni tête.
Encore un point, avant que je vous laisse aller quérir votre exemplaire, si jamais il vous arrive à une anecdote savoureuse de ne pas la rire et seulement la lire, un conseil, revenez au titre puisqu’il y en un a à chaque page. Peut-être comprendrez-vous mieux et laisserez-vous échapper un pet de rire. Ça se peut et ce n’est pas plus grave qu’il ne le faut, parce que ça sent bon.

Allez, je vous laisse aller le rire. Vous reviendrez m’en parler. J’aime entendre vos impressions et de n’importe quelle anecdote savoureuse, je suis preneuse.

jeudi 8 octobre 2015

3 romans pour 1 : Cent mètres - Concerto pour petite noyée - La malédiction

J’innove. Encore une fois, j’innove afin que ce point de rencontre qu’est Le Passe-Mot reste agréable pour moi. Et du coup, je l’espère, pour vous. Durant ma convalescence suite à mon opération, j’ai lu, mais peut-être pas d’un esprit aussi alerte qu’habituellement. Vous savez ce que font les médicaments pour la douleur ? Bon, c’est ça.

Donc, aujourd’hui, j’aborderai trois lectures dans le même billet. Mes commentaires en seront écourtés, c’est à voir comme un garde-fou pour éviter de tomber dans le n’importe quoi et, en plus, une manière d’avancer dans mes commentaires, avec une douzaine de romans en attente.

J’ai lu « Cent mètres » de Pierre Gagnon avec curiosité, l’auteur ayant écrit Mon vieux et moi qui a obtenu un considérable succès ici et en Europe. Je me souviens vaguement du récit, à part d’un homme qui veut prendre le temps de vivre. Le narrateur fait l’éloge de prendre la vie comme elle vient et le personnage le mets en pratique en s'offrant l’amour avec une jeune femme pas du tout de son âge. C’est assez commun, avouons-le. L’écriture est fluide, elle coule mais, je ne peux pas dire qu’elle est entrainante. Il n’est pas évident de mettre en scène la lenteur dans un écrit, c’est même dangereux de côtoyer la langueur. Le texte est parsemé d’extraits de Léo Ferré, c’est à prendre ou à laisser. Comme j’ai conscience de ne pas avoir fait mes devoirs correctement, je vous laisse sur une critique étayée de Christiane Dubreuil et celle de Paul-André Proulx plus complète que la mienne. Et à noter que ce roman est parmi les 5 titres québécois meilleur vendeur à la librairie Vaugeois.

J’ai retiré plus de plaisir avec « Concerto pour petite noyée » d’Annie Loiselle. Cette auteure a un style particulier, découvert récemment avec ce Papillons et ses femmes qui m’avaient conquise. Cette fois, Valentine, une pianiste de concert m’a laissé sur mon île. Je l’ai regardé agir sans arriver à m’emballer pour elle ou, à peine, un effleurement de temps à autre. Pourtant, cette femme souffre intensément et en silence. Je l’ai pourtant observée, tentant de mon mieux d’entendre sa musique. Une autre femme est en selle, une mal-née et mal-aimée d’une mère trop endeuillée pour accueillir la venue au monde de cette belle rousse. Il n’y a aucun espace dans son cœur pour ce deuxième rejeton qui, à ses yeux, a volé la place de la première. La douleur de ne pas être aimé serait le thème central de cette œuvre à la troisième personne. Autant le style de Papillons m’avait fasciné, autant cette fois, j’y suis restée assez froide. J'ai tenté bien entendu de comprendre pourquoi. Peut-être est-ce le caractère des femmes assez froid nullement réchauffé par l’emploi des « elle ». À moins que ce soit le trop grand flottement de la fin qui m’a déçue, j’attendais plus d’éclaircissements. Ceci dit, je serai la première à sauter sur la prochaine publication d’Annie Loiselle.

Le troisième titre sous ma lorgnette est La Malédiction de Louise Simard, tome 2. Vous avez bien lu, tome 2, moi qui ne vous ai jamais présenté le tome 1. C’est la raison principale de mon bref recensement. Je compte lire le tome 1, que j’ai finalement reçu et pour lequel je compte rédiger un recensement plus complet. Je tenais à lire Louise Simard, c’était une première. J’y ai reconnu une expérience indéniable de la narration historique. Je me suis immédiatement attachée au personnage principal, une femme forte et avant-gardiste, tellement que j’en ai oublié que nous étions au Québec en 1825. Cette femme d’affaires à la tête de sa petite entreprise de confection de lainages fonce et les hommes qui l’entourent n’ont qu’à bien se tenir. Beau cadeau pour moi qui habite cette région, l’action se déroule aux alentours de Sherbrooke, ce qui m’a immédiatement intéressée autant que charmée. Imaginez, entendre parler de Magog dans ses années-là ! Par contre, le lecteur doit se tenir sur ses gardes et ne pas oublier le titre « La Malédiction », les départs définitifs survenant sans crier gare. L’avantage d’avoir lu le tome 2 avant le 1 est que certains personnages vont ressusciter sous mes yeux …

mercredi 30 septembre 2015

Monstera deliciosa de Lynda Dion

J’ai de nouveau goûté à la prose intime de Lynda Dion. Cette fois, c’est « elle » qui parle de la séparation d’un couple, autrement dit, tout le récit se décline à la troisième personne. Un choix assumé jusqu’au bout et qui va très bien à cette auteure pour l’effet de condensation. Ce procédé exacerbe la menace d’explosion des émotions. On s’en tient loin, on n’y touche pas avec le « je », de peur de se laisser avaler. 

À quel moment un couple doit-il prendre la décision de vivre sous le même toit pour couper dans les dépenses ? Bien sûr, les jeunes couples aménagent rapidement, tellement que parfois, la relation reste ambigüe : sont-ils des amis qui se donnent du bon temps, sont-ils des colocs avec accommodements ou des amoureux avec projets à long terme ? En ce qui concerne les couples dans la cinquantaine, comme ici ; est-ce que la décision se prend aussi rapidement et facilement ?
Ce petit bouquin peut faire réfléchir à cette question. On y cerne très bien la vie en commun avec un partenaire que l’on connait peu mais qu’on dit « aimer ». C’est « elle » qui en parle et elle a su cerner le « il » au point où j’avais l’impression de l’avoir déjà rencontré … à moins que plusieurs hommes se comportent de cette façon à cet âge-là !

Vivre sous le même toit en amoureux implique de s’aimer beaucoup pour que l’entreprise réussisse, c’est une opinion que j’émets. Et ce récit viendrait corroborer cette opinion. Qui ne s’est pas déjà embarqué un peu vite ?  La souffrance occasionnée par le doute : est-ce moi, est-ce lui, a-t-on tout essayé, puis ensuite, l’enfer de continuer à vivre ensemble un certain temps pour des raisons financières.

L’auteure a beau prendre l’approche à la troisième personne, nous soufflons et souffrons en même temps qu’elle.

Cette autopsie d’une relation naissante qui n’a jamais grandi décrit également le nid du couple, le fameux bungalow avec son sous-sol assiégé par le « il ». Le salon lumineux à l'étage sert surtout pour la visite et comme serre pour des plantes florissantes. Monstera deliciosa est une plante au feuillage persistant. J’ai aimé la comparaison à un certain moment, j’aurais aimé la voir prendre de l’ampleur …. la comparaison, je veux dire ! L’image est forte de cette plante qui prend de plus en plus de place, empiète sur l’espace vital. Cette plante difficile à dompter.

Sinon, le gros reproche que l’on peut adresser à ce récit est sa brièveté. J’aurais aimé creuser encore plus profondément. Il faut s’attendre à rester sur sa faim.

vendredi 25 septembre 2015

Connaissez-vous David Goudreault ?

Je ne le connaissais pas. Ou à peine. Est-ce connaître quelqu’un que d’en entendre parler entre les branches : « C’est un slameur » « Il habite Sherbrooke » « Il est poète et parolier à ses heures » « Son premier roman "La bête à sa mère"* est dérangeant » et ... « Il se vend ! » * c'est La Recrue du mois !

C’est remarquable, un premier roman qui en est à sa quatrième impression, donc épuisé 3 fois ! On rit pu ! Ou plutôt, on rit à gorge déployée ! Je l’ai rencontré et il rit à gorge déployée mais pas nécessairement pour le succès financier du roman. Car ce succès-là, en chiffres, ça signifie tout au plus 10,000$ en poche. Tout n’est pas gagné et surtout pas la vie d’un jeune homme qui mord dans une vie moderne. Mais David Goudreault accepte les propositions connexes à son travail d’auteur et il fonce. À ce titre, il est aujourd'hui chroniqueur pour Ici Estrie Radio-Canada. Pour ce faire, il se promène continuellement avec un mini dictaphone et attrape toutes les idées qui risqueraient de s’enfuir, sinon.

J’en ai conclu après cette causerie de plus d’une heure qu’il est un être généreux. Et la générosité, c’est un boomerang, ça reviens. En autant qu'on ne le fasse pas pour ça. On pose des gestes parce qu’ils sont l'enchaînement naturel d’un autre geste et on n’attend surtout pas de résultat immédiat. On laisse à la graine du « temps » l'espace pour pousser dans la terre friable. C’est un être croyant, il l’a affirmé sans aucune gêne. Il ne sait pas exactement à qui ou à quoi il croit, mais il est fondamentalement certain qu’il y a un « plus » et que ce « plus » harmonise et compile les gestes gratuits et puis les fait fleurir. En tout cas, je l’ai compris comme ça. C’est matière à plusieurs interprétations quand on croit, même quand on ne sait pas à qui et à quoi ! J’ai aimé l’idée de croire au geste de croire en soi. Il me semble que c’est encore plus fort.
Cette rencontre a eu lieu à Magog le 12 septembre et j’y ai assistée, que dis-je, participé, au très convivial salon Chochoco*. L’homme s’est entretenu longuement et intimement devant une quinzaine de personnes. Sous l’invite tacite de Marion Transetti (Austin tout va bien), la responsable de cette rencontre, cette rencontre s’est rapidement transformée en causerie où chacun y allait spontanément de sa question ou de sa remarque. Elle a en effet accordé carte blanche à chacun, nous faisant remplir une feuillet avec des commentaires, conseils, questions. Chaque personne s’est mouillée, et remouillée car plusieurs – dont moi, ont posé d'innombrables questions. 

Ça fait deux semaines que j’y ai assisté (déjà !), je n’ai pris aucune note mais j’ai été assez frappé pour me souvenir de quelques réflexions. La liberté qu’il a trouvée dans le roman est précieuse pour le slameur qu'il est. Il a pu aller loin dans le comportement de son personnage principal justement parce qu’il ne parlait aucunement en son nom. Tandis qu’il a conscience de porter une certaine responsabilité de chacun de ses mots via la poésie et le Slam.
Une personne de l’assistance, qui semblait le connaître lui a demandé comment il se sentait depuis ce succès. Par la question, il y avait une manière de suggérer qu’en n'oeuvrant plus comme travailleur social, il y avait une part de sa responsabilité d’aidant éclipsée ; Comment le prenait-il ? C’est avec plaisir que j’ai entendu qu'il considère que grâce à sa tribune de romancier, il peux rejoindre encore plus de personnes. Il pousse un soupir de soulagement « Enfin ! ». Il est clair que cet homme est convaincu qu’il a à apporter un message ressemblant à un témoignage. Ce que j’ai remarqué et tout de suite aimé, il le fait à la manière d'un témoin, sans aucune prétention. J’ai senti la mission qui dépassait l’égo de l’homme. De toutes manières, si ce n’était pas le cas, le succès ne serait pas aussi marqué.

Vous savez que le deuxième (la suite du premier) est écrit ? Non ? Eh bien, je suis contente de répandre cette bonne nouvelle. Et même le troisième tome serait prévu. Sa créativité est effervescente. Quand on y pense, il jongle avec plusieurs paroles : celle du poète, du slameur, du parolier, du romancier.

Un point m’a frappé, c’est son rire et sourire quand il nous raconte les anecdotes horribles du roman ou celles tirées de son (ex) travail social. Ce sourire dénote la distance qu’il a avec son personnage, il en est assez détaché pour se permettre d'en jouer et d'en jouir. Pour jongler, il lance les balles et les rattrape avant qu’elles ne tombent et sourit à belles dents. De loin, sans l'avoir vu, je vous permets cette question : serait-il sadique ? Pas une miette ! C’est un joyeux, un heureux, un reconnaissant. Il ne cache pas qu’il en a bavé un coup dans sa jeune vie (il ne s’étend pas sur ce sujet probablement parce qu’il la transcendée), c’est clair qu’il a trouvé la voie pour s’en sortir et qu’avec sa voix particulière, il nous l’indique, avec ou sans musique.

Évidemment qu’un être qui a fait chanter les mots avant d’écrire son premier roman a des chances de les faire défiler enchanteurs. S’il y a une personne qui pouvait aborder de front un personnage aussi dur, aussi déroutant, aussi délinquant que son personnage (mozaille, que j’ai hâte qu’il lui donne un nom ! – au deuxième, dit-il), c’est lui, David Goudreault. Ne mettez surtout pas ce personnage entre les mains de n’importe qui!).

Bref, cet auteur ne se prend pas pour un autre, il se prend pour plusieurs autres ; des  personnages ancrés dans la matière lourdement humaine.

Café Bistro avec salon à multiples vocations
259 rue Principales Ouest - Magog

samedi 19 septembre 2015

Pas d'autres dieux de François Lepage

Normalement, je passe mes livres à tour de rôle, par ordre chronologique mais avec ma convalescence d’un gros « 3 semaines », je ne suis plus dans la normalité. Donc, je vais vous parler du roman dont j’ai fermé la couverture hier soir. Tout chaud dans mes neurones, je me dis qu’il sera plus facile à recenser.

Un roman que je n’ai pas réclamé mais que les Éditions Triptyque ont jugé qu’il me convenait. J’ai en effet été attirée par le titre « Pas d’autres dieux » ainsi que par le parcours atypique de l’auteur avec son Bac en physique à l’Université de Montréal et son doctorat en logique de l’Université de Paris. En plus, il est prof de philo !

C’est l’histoire de frères jumeaux, Antoine et Lucas. Le premier est autiste, le deuxième, dit « normal », a choisi d’étudier l’économie. De ces frères absolument différents, l’auteur fera ressortir un point commun : leur amour des mathématiques. Par contre, leur but respectif pour approfondir cette matière est diamétralement opposé. Lucas aime manier habilement les chiffres afin que le cours de la Bourse joue en sa faveur et vienne en faire un homme riche et surtout réputé pour sa perspicacité. On comprend par là qu’il pêche par orgueil. Tandis qu'Antoine est complètement indifférent aux biens matériels tels qu’ils soient, de même que sa propre réputation le laisse indifférent. Tellement que sous l’invitation du père Augustin, Antoine consent à résider dans une abbaye où la vie austère s’avère lui aller à ravir. De toutes manières, comment savoir s’il y est heureux, étant donné qu’il projette constamment un air neutre, assez souvent pris pour de l’indifférence.

Mais là n’est pas question que pose ce roman qui en est plutôt une d’ordre moral ; jusqu’où peut-on mener une recherche sur la Bourse en exploitant les talents de génie d’un autiste ? Lucas se laissera progressivement entrainé sur cette pente par un ami impressionné par la capacité surhumaine d’Antoine de prédire l’imprévu, à commencer par la météo et en se terminant par le cours de la Bourse.

J’en suis venu à supposer que cette question morale aurait pu susciter mon intérêt si les personnages avaient été plus ancrés. Par exemple, Lucas qui vit dans une société de consommation ne consomme pour ainsi dire rien, pourtant il a un appétit pour la matérialité puisqu’il veut réussir comme courtier à la Bourse. Autre point qui n’arrange rien, il est précisé qu’il n’a aucune pulsion sexuelle. On le voit donc fréquenter une seule personne, un ami qui ne l'est pas tant que ça. Voyez ce que je veux dire, à un moment donné, les frères perdent leur mère suite à un cancer, ce qui ne va pas du tout chercher leurs émotions, ni à l’un ni à l’autre. Cela rend ces frères assez désincarnés. Cela ne donne pas beaucoup de jus romanesque, si je peux m’exprimer ainsi.

J’essaie de cerner avec justesse ce qui a fait que je me suis ennuyée à cette lecture et que les explications me sont apparues fastidieuses comme si je lisais un essai, plus qu’un roman. L’ami cupide est certes plus incarné mais aucune perche n’est lancée par l’auteur pour qu’on s’attache à ce personnage présenté comme un être fourbe et sans morale.

Bien sûr, mon intérêt a tenu le coup à cause du mystère entourant Antoine. Comment se vit l’autisme chez un adulte et, surtout, est-il possible de voir apparaitre une émotion chez ces individus ? Antoine fait office de victime naïve puisqu’il est manipulé par son frère et l’ami mais heureusement, il est protégé par les religieux de l’abbaye (qui sont tout de même plus mercantiles que lui !) et peut-être est-il plus protégé par lui-même qu’on ne le suppose à prime abord.

J’imagine que ce roman pourra plaire à certains, j’espère que vous saurez voir à travers mon opinion s’il est pour vous, mais tant qu’à moi, j’ai été déçue de cette lecture pour laquelle j’avais des attentes de matière à réflexion plus approfondie. 

mercredi 16 septembre 2015

La chaleur avant midi de Mylène Durand

On entre dans cette histoire comme dans une bulle chaude et un peu étouffante. J’ai instantanément senti la lourdeur sur ma peau de lectrice. Il est tout à fait normal qu’il fasse chaud, nous sommes au Costa Rica où l’on retrouve Clarissa, une Québécoise oeuvrant comme femme de chambre dans un hôtel achalandé. Elle n’est pas une femme de chambre ordinaire, elle possède des parts dans l’hôtel. De ce lieu de transit pour touristes, elle a fait son home. Elle y séjourne depuis son départ du Québec, voici quelques années. Si on la sent si familière avec la forêt tropicale, la mer, les autres propriétaires de la station balnéaire, c’est qu’elle voue une tendre affection pour son environnement et pour son genre de vie. Elle s’y est même fait un amoureux, le guide et moniteur de planches.

L’arrivée d’une jeune femme Québécoise, Éloïse, va venir bouleverser le semblant d’équilibre que Clarissa s’était forgée autour d’elle et en elle. Éloïse est atteinte d’une maladie sournoise et Clarissa est aimantée par cette femme silencieuse qui est alitée. Elle ressent le besoin irrépressible d’en prendre soin, de mieux la connaître. De l’identifier. Elle la confond avec ses souvenirs en provenance du Québec et la culpabilité vient entrelacer leurs liens.

La vie dans cette station balnéaire est décrite avec tant de réalisme que l’on sent continuellement sur nos épaules le poids de la chaleur. J’ai aimé découvrir la forêt tropicale, l’explorer, en entendre les sons, les cris, les craquements inquiétants. J’ai aimé habiter ce lieu. Il est intéressant de vivre le contraste entre le monde insouciant des visiteurs, que je vois comme une scène, et en coulisses, la ronde routinière des employés qui exécutent leur rôle.

Plus on avance, plus Mylène Durand creuse les relations entre les personnages, les points d’interrogation surgissent, se densifient. Le mystère empreint de mysticisme épaissit l’air, pourtant déjà lourd. Les relations entre les divers personnages s’intensifient : entre les deux jeunes femmes, entre Clarissa et son amoureux, entre Clarissa et un des enfants des propriétaires, s’ajoute une vieille femme qui lance des imprécations. Des intrigues amoureuses viendront mêler les fils de l’intrigue et le lecteur tentera de se frayer un sentier dans cette forêt enchevêtrée de branches, pour y voir plus clair. Au centre du lieu, un volcan règne et pour se donner des frissons, les touristes viennent voir le brassage de son cœur bouillant.

J’ai pris un grand plaisir à baigner dans ce roman d’ambiance opaque au style subtilement suggestif. Il est rare que soit mise de l’avant à ce point une ambiance, suffisamment pour que les intrigues nous paraissent naturellement mystérieuses. Nous avançons dans un banc de brouillard.

Un roman à lire, et pourquoi pas en plein hiver pour se réchauffer la couenne (!), pour l’ambiance et les relations entre les personnages, pour le style enveloppant et le lieu si bien planté.

mercredi 19 août 2015

Le tao du Taggeur de Serge Ouaknine

Bonjour ! J'ai programmé ce billet pour le jour où je serai à l'hôpital pour une opération importante : arthroplastie totale du genou droit. Je devrais être hospitalisée environ six jours. L'idée est de reprendre de longues marches.... et dans quelques mois, ce sera le tour du gauche.

J'en profite pour vous présenter un billet déjà publié à la Recrue. Un roman que j'étais pas mal certaine de ne pas aimer, les débuts ont été ardus et décourageants. Et puis .... voyez qu'il vaut la peine de persévérer parfois.

Un roman venu me chercher. Et j’étais loin.

Je l’avoue d’emblée, j’éprouve une certaine difficulté avec les histoires morcelées et ce roman se présente en 187 paragraphes numérotés avec des titres assez longs. Il faut donc que le sujet et le ou les personnages exploités me séduisent. Au départ, cela n’a pas été le cas. Pas du tout même.
Le personnage principal disserte sur l’univers du tag et on le sent meurtri et amer. On apprend la différence entre un graffiti et un tag, un style ou un autre. Le moment de taguer, la beauté du geste, sa pureté, même si pour la préfecture, tout tag reste de la souillure. Un discours un peu pointu pour celui qui, comme moi, ne s’est jamais penché sur le sujet.

Avant même d’être tagueur, l’homme est itinérant; sans domicile fixe et surtout sans travail fixe. Il se donne la liberté de choisir sa misère. Il en a eu marre d’être exploité par les bonzes de la boite de pub pour laquelle il bûchait sans aucune considération pour sa créativité. Il a tout quitté de corps, mais pas encore d’esprit.    

Une femme m’a aidée à accueillir cet être amer, ronchonneur, apprivoiser son soliloque sur la place de l’art dans sa vie : Leily, jeune étudiante chinoise qui l’accueille dans son minuscule logement sous les combles. La relation entre ces deux personnes, dans une vie que l’on sent entre parenthèses, demeure fascinante. Grâce à cette femme, on découvrira mœurs et coutumes chinoises fort intrigantes. Sa détermination, sa sagesse et son dévouement nous élèvent. Et pour celui qu’elle finira par appeler son Panda, elle aura cette phrase qui pour moi résume son essence : « Pour moi, tu n’as jamais été un tagueur, mais un poète qui cherchait sa parole. »  

Cette affirmation pourrait d’ailleurs s’appliquer autant à l’auteur qu’au personnage. Combien de passages j’ai dû relire pour les comprendre quand, en fait, j’aurais dû les laisser filer comme le cours d’un fleuve.

mardi 11 août 2015

Grand entretien avec Serge Bouchard aux Correspondances d'Eastman

Serge Bouchard est un conteur
L'arrivée...
« Comment allez-vous ? » est la première question de Catherine Voyer-Léger. Pensez-vous qu’un Serge Bouchard va répondre en s’épanchant sur ses petits bobos ? C’est mal connaître l’anthropologue qui entraine dans ses réponses toute la société avec lui. La question « Comment ça va ? » est un code, une clé sociale qui ne veut pas dire grand-chose. Quand ça va mal, c’est déjà rendu trop loin pour en parler et être corrigé.

La salle était bondée. L’homme attire. Faut dire que c’est un conteur hors pair. Je le réalise plus que jamais en rédigeant ce Café à l’aide de mes notes. Je réalise que rien d’extraordinaire n’a été dit, mais pourtant, nous étions tous subjugués, car la manière de le dire n'est pas sur ni entre ces lignes. C’est une question d’amour, nous aimons cet homme. Et s’il y a une personne qui comprend ce que j’avance là, c’est lui. Quand il parle de son amitié indéfectible pour son compère Bernard Arcand mettant de l’avant combien ils étaient des êtres différents, leurs avis divergeaient couramment, son ami était religieux, conventionnel, mais qu’importe, ils s’aimaient tous les deux.

Complicité
Quel beau sourire !
S'il n’a pas tout de suite répondu comment il allait, au cours de l’entrevue, il dira qu’il a de la misère à se trainer (sic) et qu’à 68 ans, le camion de la vie lui a passé sur le corps. À notre époque, si tu es malade, c’est de ta faute, si tu en meures, c’est de ta faute. On est loin de nos ancêtres qui se berçaient sur le balcon en contemplant le paysage, il faut faire du ski, jouer au tennis, au bridge… On augmente le temps d’être vieux.

Heureusement, son travail se situe au niveau intellectuel, avance l’animatrice (peut-être pour l’encourager !). Il tombe rapidement dans la dérision : « Ah oui, maintenant, il faut muscler son cerveau » (rire devant son ton très sarcastique). La peur de perte de mémoire est intense, s’il oublie ses clés, il atteint d'Alzheimer !

La peur est normale, saine. Il est recommandable d’avoir peur. Si on rencontre des ours par exemple, vaux mieux en avoir peur, sinon on est à risque (autre rire). Le courage est une suspension temporaire du jugement. J’ai admiré Catherine V.L. qui le ramène sur le courage intellectuel. À cette voie qui s’ouvre devant lui, il s’allume, avance vers l’engagement. Un courage souhaitable est celui de s’engager, ce qui implique nécessairement, l’endurance. Devenir quelqu’un, c’est long, ça exige du temps. Il haïssait l’école pour mourir (C’est plate l’école, et on devrait le dire aux jeunes au lieu de faire semblant !) et il a été se chercher un doctorat.

Catherine Voyer-Léger a mis l'homme en lumière
Chez lui, il y avait un seul métier qu’il était exclu qu’il choisisse : camionneur. C’était le métier de son père qui n’avait pas été à l’école. Pour ses parents, les études avancées de leurs enfants, c’était leur vengeance. Ses parents étant anticléricaux, ce sont les études qui faisaient office de religion dans la famille, par exemple, il devait rédiger des rapports de ses lectures. Il a été élevé dans l’Est, près des raffineries, toutes ces cochonneries-là sont soufflés vers l’Est, tandis qu’à l’Ouest, l’air est pur pour les riches. Il a bouffé de la pollution toute sa jeunesse, a jamais porté un casque de vélo et même pas eu de frein quand il pédalait. Il s’en est sorti vivant.

Tout jeune, il est parti au Labrador avec le désir ardant d'apprendre la langue Innu. Il est arrivé sur ces terres, neuf et ouvert sur l’autre, et il a été accueilli à bras ouverts. C’est un peuple moqueur, où le rire est important, ce n’est pas toujours l’idée que l’on s’en fait. Quand il est revenu au Québec, c’était la crise d’octobre, il s’est senti déconnecté, d’autres paysages s'étaient imprimés sur son iris.

Il a des enfants, des petits-enfants, il dit vivre sur une autre planète que la leur. Sa petite-fille est branchée, elle se promène reliée à des fils, comme à un soluté…. Je vais me faire tuer en sortant, dit-il en catimini. Contraste frappant entre son enfance où, pour attraper un morceau de musique de 2 minutes 4 secondes, il fallait écouter les émissions de radio qui en intercalaient et maintenant où un petit gadget en contient des centaines. Il s’exclame sur la liberté de son enfance. Pas de camp de jour ou de soir, juste de la liberté du 23 juin au 6 septembre ! Le temps lui appartenait.

Concentration, pas question d'écrire n'importe quoi...
On n’était pas accaparé par les écrans dans son temps, il y en avait un, le téléviseur, et il fallait le ménager et ménager ses yeux. On pouvait s’abîmer les yeux à regarder la télévision, disait la croyance populaire. Une émission de prédilection chez lui, la lutte du mercredi avec des petits nains. La menace planait toute la semaine, il fallait être sage pour y avoir droit !

Longue file pour la dédicace après la causerie
Il se donne le droit d’être nostalgique, même si elle a mauvaise presse. Elle est bonne à consommer, c’est une manière de s’inscrire dans la temporalité. Une manière de faire ressortir l’actualité. Car, après tout, quelle est la définition d’un jeune ? Un jeune n’est rien d’autre qu’un futur vieux.

Pour ceux et celles qui aiment le suivre, il est à l'émission C'est fou à Ici Radio-Canada tous les samedis de 19 h à 20 h. Catherine Voyer Léger y a parfois des chroniques. D'ailleurs, leur complicité était palpable.

dimanche 9 août 2015

La parole conteuse : Les Correspondances d'Eastman

Audrey Wilhelmy
N’est-ce pas un joli titre de causerie ? Catherine Leroux (La marche en forêt et Le mur Mitoyen), Simon Boulerice (Plus léger que l'air), et Audrée Wilhelmy (Oss et Les Sangs) l’ont servi avec verve et brio. La très intense animatrice, Sarah Rocheville les a stimulés à se dévoiler, son enthousiasme donnant le ton à ce Café frémissant de vie. D’entrée de jeu, elle les a béni chacun d’un qualificatif : Catherine Leroux : légendaire - Simon Boulerice : feu d’artifice - Audrey Wilhelmy : corsé

Catherine Leroux - songeuse
Animatrice se prépare ...
Simon Boulerice - mode expressif
Commençons par Catherine Leroux, la plus réservée. Remarquez que c’est assez facile de le paraitre à côté des autres ! Née en 1979, elle vient de Rosemère et, attention, je m’adresse à ses nombreux fans, son troisième titre « Madame Victoria » sort en septembre chez Alto. Exclamation de l’animateur « encore un titre inspirant ! ». C’est Mur Mitoyen qui était sous la lorgnette et l’auteure a particulièrement parlé du couple des petites sœurs qui se dépose dans le roman d’une manière ordonnée, calculée, l’auteure utilisant même l'expression d'une manière « mathématique». Ce n’est pas loin de l’obsession. Elle place, déplace, ordonne et exclue l’asymétrie. Elle va jusqu’à ajouter le 7 degrés de séparation entre les humains, ce qui devient un réel casse-tête. Il a également été dit qu’elle ne s’adresse à personne mais à une idée.

Pour Simon B, les héroïnes vertueuses sont sans intérêt, on le croit d’emblée avec sa Javotte (quel prénom laid, s’exclame-t-il !), cette peau de vache (sic) et Anastasie, ces sœurs méchantes, mesquines, à l’âme mal lunée. Je pense qu’il aime faire éprouver des sensations fortes à ses lecteurs, qu’ils n’aient pas besoin de se pincer pour vérifier s’ils sont encore en vie. Ce jeune homme porte une bombe de joie à l’intérieur de lui, toujours prête à exploser. C’est l’impression qu’il me donne et, il faut que je le dise, cela me fascine complètement. Ne serait-ce que parce qu’il dit tout, qu’il ne semble pas connaître la censure. Par exemple, lorsqu’il est monté sur l’estrade, il était excité de réaliser qu’Audrey W. et lui ont une inspiration commune : l'oeuvre de Walt Disney. Il lui lance même « Tu es ma sœur ! ». Malgré son côté givré, il garde les pieds sur la terre ferme au niveau de ses inspirations, par exemple, les lieux de ses romans sont souvent tirés d'où il est né : St-Rémi. 

Toute sage dans sa jolie robe
Audrey Wilhelmy, que je mélangeais avec Pascale Wilhelmy, je m’en confesse (gare, il y a également l’auteure Mylène Wilhelmy) a publié Oss et Les sangs, est née en 1985, a un doctorat en lettres et tient un blogue soutenu et, d’après l'animatrice Sarah Rocheville, se compromettant dans les qualificatifs : elle est dotée d’une écriture furieuse, pleine, généreuse, volontaire et sérieuse. Rien que ça ! Les narratrices dans « Les sangs », ne veulent pas être contrariées, et avec raison. Elles ne doutent pas. La jeune auteure opte pour l’univers du conte, une des raisons est l’absence de contraintes morales et sociales. Oss fut son œuvre de maîtrise et son directeur littéraire fut sans pitié, encourageant les coupures drastiques. Par exemple : tu as de la difficulté à faire parler un personnage, tue-le. Pour cette première œuvre, elle a choisi un endroit clos, circonscrit. « Chaque mot tombe à la bonne place » confirme l’animatrice. Pour Les Sangs, c’est du Barbe Bleue mais l’attention se porte sur les femmes qui désirent être tuées. Pourquoi ? C’est leur journal respectif qui nous le révèle.

Cela lui arrive d'être tranquille
Sarah Rocheville - Intense !
Chacun s’est exprimé sur l’enfance, le thème après tout. Catherine L. a répété une phrase d’Anne Dorval « C’est grave, l’enfance ». Pour Audrey W. enfant, tu suis, tu subis, tu te poses pas de question. Elle avait 4 sœurs et son père les amenait près du fleuve pour donner du répit à sa mère.  Simon B. a fait allusion au désir trop encombrant des ados. Impossible à contenter.

Nicole Fontaine
Catherine Leroux - plein sourire
Bref, une causerie pétillante, sautillante. Catherine Leroux, toute de rouge vêtue, nous a offert son plus sourire lorsque Nicole Fontaine (auteure et conseil d'administration de l'évènement) lui a parlé de Mur Mitoyen choisi pour l’activité « Un livre-un village » qui consiste à ce que tout le village le lise pour ensuite partager ses commentaires. Belle manière de délier les langues et encourager une auteure par l’achat d’une « tonne » de copies !


samedi 8 août 2015

L'enfance par elle-même : Les Correspondances d'Eastman

À droite Elsa Pépin, Andrée A. Michaud
À gauche Marie-Josée Martin
Un Café causerie où la communication n’a pas été à son meilleure malgré la bonne volonté de chacune. Ceci dit, cette causerie apporte tout de même son lot de réflexion.

Dans Un jour, ils entendront mes silences, Marie-Josée Martin a mis en scène une fillette de 5 ans qui ne bouge pas et ne parle pas. Elle est morte, ce que le lecteur apprend d’entrée de jeu, elle s’adresse donc au lecteur. J’ai été un certain temps à penser que le personnage avait 5 ans tout au long du récit, heureusement que l’auteure a précisé qu’elle finissait par atteindre l’âge de 12 ans.

Bondrée, ce roman que j'ai tant aimé est celui de plusieurs frontières, dont celle qui sépare l’enfance de l’adulte, comme l’héroïne, 12 ans. Elle dit s’être fait plaisir en parlant de son enfance, et des années 60. Elle tenait à faire revivre un lieu, celui de ses souvenirs, là où elle prenait ses vacances scolaires. L’enfance n’est pas aussi idyllique ni aussi insouciante que l’adulte le voudrait. Les enfants s’imprègnent de l’inquiétude des adultes, Bondrée en est un bon exemple. Les adultes pensent bien faire en cachant la vérité aux enfants, pourtant, ne pas savoir les fait inventer et s’inquiéter. Prendre peur. Elle en profite pour faire une distinction entre la naïveté et l’insouciance chez l’enfant

Avant le début : Andrée A. Michaud
Marie-Josée M. a pris le temps d’entendre clairement la voix de l’enfant qu’elle voulait mettre en scène. Trouver le ton juste pour un enfant, c’est beaucoup de travail. Un livre sur le mode intime puisqu’il n’y aura que le lecteur qui entendra l’enfant.  De sa propre enfance, elle a accumulé une abondance d’observations des autres enfants handicapés, particulièrement de leur difficulté à communiquer. Cela l’a beaucoup aidé pour installer de la crédibilité à son personnage qui ne parle pas, ni ne bouge.

Elsa Pépin a demandé pourquoi ne pas parler de l’enfant à la troisième personne au lieu d’à la première ? J’ai aimé la réponse franche et sans fard de A. Michaud : « Je ne sais pas. Dans mes romans, c’est toujours la première personne qui me vient naturellement » Marie-Josée M. trouve que la première personne s’impose quand tu veux une œuvre intime, ce qu’elle tenait à livrer.
Elsa Pépin les a amenées sur le thème des enfants et la mort. Andrée M. affirme qu’un enfant ne croit pas à la mort, c’est un concept trop abstrait. Elle-même a perdu son père jeune et elle est restée convaincue, enfant, qu’il allait revenir. L’enfant peut avoir peur des fantômes cependant.

Avant le début : moment de réflexion
Qu’est-ce que vous pensez de l’adage : La vérité sort de la bouche des enfants ? C’est un cliché, précise Andrée M., ils n’ont pas de filtre et pas de censure, ce qui est différent.
L’animatrice a suggéré que la littérature québécoise déborde de voix enfantines narratives, que nous en sommes spécialistes. Est-ce la peur de vieillir, est-ce un idéal de pureté que nous nous nourrissons ? Réponse des deux femmes : « C’est instinctif ». Je crois avoir vu clairement en leurs figures ou détecté dans leurs tons, qu’elles ne poussent pas leurs questions jusque là !

À la question : quels sont les livres avec des voix enfantines qui ont frappé votre enfance ? Pour Andrée M., c’est clairement les personnages du roman « Le nez qui voque » de Réjean Ducharme qui l’ont ravie. Elle aurait aimé être « eux ». Pour Marie-Josée, c’est le Petit Prince de Saint-Exupéry et Les Fous de Bassan d’Anne Hébert. À la question, si on écoute suffisamment les enfants, Marie-Josée a eu la judicieuse réponse qu’on les sous-estime surtout. À celle si l’enfant est narcissique et se croit le centre du monde ? Marie-Josée répond par la bouche de Corinne, son personnage principal qu’elle a placé dans une situation dépendante (handicapée) et détachée (morte).

André Vanasse tenait à s'entretenir
avec l'auteure à la fin du Café
Quand le corps est un poids lourd, l’imagination est une porte de sortie. Je ne sais pas à quel propos Marie-Josée a prononcé cette phrase mais comme je l’ai transcrite mot pour mot, et que je l'aime, alors je vous l’offre ! 

Les enfants, ces spécialistes de la peur, auraient-ils une connaissance innée du danger ? Non, tout au contraire, ils se croient invulnérables. Pas du tout conscient du danger, déclare l’auteure de Bondrée.

Est-ce que l’impuissance de l’enfance provoque une souffrance en lui ?  La réponse d’Andrée M. est un deuxième « Je ne sais pas ». Je pense que c’est à ce moment là, que j’ai entendu Marie-Josée M. passer la remarque sur un ton ch
armant, qu’elle laissait ses questions aux analystes littéraires ! Personnellement, j’ai adoré cette réponse.

Elsa Pépin est certes une analyste littéraire pertinente, mais elle a la fâcheuse manie d’inclure ses réponses dans ses questions, ce qui n’en fait pas des questions assez ouvertes. Elle gagnerait à utiliser le « je » à ce moment-là. D’ailleurs, elle a reformulée sa dernière question au « je » et elle a récolté des réactions plus vives de ses participantes.
Le plaisir de dédicacer de Marie-Josée Martin
(derrière accourt Catherine Leroux, robe rouge
& Audrée Wilhelmy, robe bleue)

vendredi 7 août 2015

Apprivoiser l’effroi de vivre : Les Correspondances d'Eastman

Caroline Allard & G.Pettersen
À mon avis, il y a que Tristan Malavoy pour surmonter ce thème aux allures mélodramatiques pour aller cueillir les confidences de trois auteures, somme toute, assez réservées.

J’ai trouvé un trait commun à ces trois gentes dames : elles sont « mortes de peur » mais s’emploient habilement, et laborieusement, à ce que rien n’y paraisse. J’en ai conclu qu’elles sont courageuses. C’est connu, le courage n’est pas d’éprouver des peurs mais de les affronter. Quelle belle démonstration elles nous en ont donnée ! Et bien plus, elles donnent le goût d’écrire pour tout le bien que ça semble leur faire. D’une manière ou d’une autre, il en ressort qu’elles se libèrent de leurs peurs en écrivant.

La première question fut pour Geneviève Pettersen (Madame Chose, La déesse des mouches à feu). Sa réaction prévisible sous un tel thème « Ah, c’est moi qui commence … » sur le ton inquiet d’une personne sur le bord d’un précipice. Après ce réflexe empreint d’effroi, elle répond d’un ton ferme et assuré. Plus rien n’y parait. En quoi l’écriture permet de dompter ses peurs ? De sa réponse, le mot « peur » rebondit d’une phrase à l’autre, elle a certainement peur de tout, mais cela ne semble pas l’empêcher d’oser, et j’arrive à me demander si ce n’est pas le contraire. Même chose pour Caroline Allard qui se libère de sa culpabilité en écrivant. Si l’on rit des tares ou des torts qu’elle expose sous forme de blagues, elle est absoute. Et même, ce faisant, si on n’en rit pas, juste le fait qu’un personnage le porte à sa place, la soulage d’un poids.

Pour revenir à « Madame Chose », celle-ci fait une scission nette entre la chroniqueuse et la romancière. Au niveau de la chronique, elle pense à ses lecteurs pendant qu’elle écrit, elle les jauge, elle se doute de la phrase qui va créer du remous. Comme romancière, elle n’y pense plus, elle se retire dans ses champs intérieurs. Elle tient mordicus à deux éléments : conserver le naturel de la langue et planter l’action dans un environnement qu’elle connait. Dans son premier roman, l’action est au Saguenay, d’où elle vient. Elle a eu peur, particulièrement du premier lecteur, son conjoint qui est lui-même auteur. J’ai trouvé frappant qu’elle parle de son héroïne ado, Catherine avec une grande familiarité, comme d’une grande amie.

Gauche G. Petterson - Droite C.Legendre
Nous avons eu de nouveau droit à la question à mille piastres : comment faire pour que le texte « témoin de vécu » se transforme en une œuvre esthétique. Je ne me souviens pas qui a risqué que c’est le même principe que de la traduction.

Claire Legendre, cette auteure française déménagée au Québec depuis quelques années est professeur de création littéraire à l'Université de Montréal. Malavoy a parlé d’une commande pour « Le nénuphar et l’araignée », elle préfère le mot invitation, puisque les éditions Les Allusifs lui ont donné page blanche pour parler de ses peurs. C'est un essai autobiographique, endosse le mot autofiction sans peur, ni reproche car elle admire Serge Dabrowski, le précurseur de l’autofiction (elle a donné un petit cours sur lui mais je ne m’en souviens plus). Elle a aussi déclaré que l’hypocondrie se règle quand une « vraie » maladie survient, et semblerait que ce soit son cas. On laisse entendre qu’elle a dû être opérer d’une masse maligne, Le nénuphar et l’araignée l’aborde, mais pas de front.

Caroline Allard nous a parlé de son quotidien qu’elle a tendance à romancer. Autrement dit, un statut facebook peut être de la pure fiction, elle transforme son entourage en personnages, tellement que sa cadette est devenue l’héroïne des Chroniques d’une fille indigne. Elle avait la fille idéale pour en faire un personnage de roman, une fantasque. Sa fille ainée, non. Autodérision rime bien avec autofiction, particulièrement pour Caroline Allard. À la période de questions, une dame lui a demandé où elle avait trouvé l’inspiration « Pour en finir avec le sexe » ; sur un ton incrédule, elle a demandé "Tout ne vient pas de vous?" Aussi rose qu’une rose aux cheveux blonds, Caroline a répondu « Oui, tout ça vient de moi » et elle a expliqué ses motivations en parlant de la position 69 qui la hérissait.
Pas besoin de vous dire qu’au kiosque Archambault, à la sortie du Café, j’ai vu plusieurs personnes feuilleter l’album. En passant, vous ne serez pas déçus si vous osez acheter cet album osé ! Malavoy a également fait remarquer que son roman Universel Coiffure était d’un autre registre, aux allures très disjonctés.

J’ai énormément apprécié ce Café avec trio d'auteures sous le mode intime, blogueuses et courageuses. Difficile d’en rendre la saveur, surtout sans appareil photo*, ni carnet de notes ! Cela n’arrivera plus, je les avais aujourd’hui et les aurais demain.

***Photos prises avant la séance de dédicaces après la tenue du Café littéraire